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Pour se défaire des États-Unis, Ottawa mise sur les marchés agricoles

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Ce que mangent les Canadiens vient trop souvent des États-Unis et coûte trop cher, constate une vaste stratégie fédérale de sécurité alimentaire publiée jeudi qui annonce la création de grands marchés pour épiciers et de carrefours alimentaires pour les agriculteurs.

« Protéger notre souveraineté et prendre en main notre avenir, nous devons assurer le contrôle sur notre système alimentaire », a scandé Mark Carney au moment d’annoncer le dernier-né de ses stratégies économique.

Le constat initial est navrant : le Canada a beau être un exportateur mondial important de denrées alimentaires, il rachète trop souvent ses propres tomates, fruits de mer ou bœuf une fois ces produits transformés aux États-Unis, présente le document de 33 pages dévoilé jeudi.

En plus, l’épicerie est chère. Sur chaque dollar dépensé en nourriture à pays, seulement 11 sous se rendent jusqu’aux agriculteurs. Les épiciers indépendants sont étouffés par cinq grands joueurs qui contrôlent la distribution alimentaire. Et les inefficacités dans le transport, la transformation et les intermédiaires font gonfler le prix de la facture des consommateurs.

Pour renverser la tendance, Ottawa propose une panoplie de mesures au coût de 3,2 milliards de dollars sur 10 ans.

Des épiceries pour épiceries

Centrale à cette stratégie est la création de nouveaux marchés qui permettraient aux agriculteurs un accès plus direct aux épiciers indépendants et autres acheteurs de gros.

Il ne s’agit pas ici de copier les marchés publics comme les marchés Atwater ou Jean-Talon, à Montréal, ni même de concurrencer les entreprises d’achat en gros comme Costco. Il s’agirait plutôt d’un intermédiaire où il est possible de vendre et d’acheter de grandes quantités d’aliments locaux ou d’importation, principalement destiné aux épiciers indépendants, distributeurs aux restaurants ou grandes institutions.

Ce modèle existe déjà en Ontario, où un marché des produits alimentaires basé à Toronto existe depuis les années 1950. Il se présente comme une « Bourse » des fruits et des légumes, et c’est à partir de là que Mark Carnet a décidé d’annoncer sa stratégie jeudi. Il rêve d’en créer deux semblables au pays d’ici 2028.

En parallèle, Ottawa lancera aussi des « carrefours alimentaires », des institutions desservant chaque région du pays pour y vendre sa production agricole et de produits transformés locaux. Ces carrefours pourraient même avoir une présence en ligne, expédier leurs produits et, au final, aider les agriculteurs à trouver des clients. Ottawa souhaite en créer 10 d’ici la fin de 2028.

Le fédéral calcule que ces nouvelles options pour les consommateurs feront diminuer le gaspillage, appliqueront une pression à la baisse sur les prix et diminueront la dépendance du Canada aux aliments américains.

En plus de ces marchés et carrefours (1 milliard de dollars sur 10 ans), 750 millions de dollars doivent être investis pour multiplier la culture en serre au Canada. Le fédéral subventionnera les équipements de cette « agriculture en environnement contrôlé » pour augmenter la production de fruits et légumes frais à longueur d’année. Ce type de culture est surtout présent en Ontario.

Ottawa réserve aussi des millions de dollars pour une panoplie de petits programmes qui promettent de réduire la facture d’épicerie à des degrés variables. Cela va de l’aide aux jeunes agriculteurs qui se voient transférer la propriété d’une ferme à un renforcement des règles de la concurrence pour les épiceries, en passant par une permission facilitée d’utiliser des pesticides nocifs à l’environnement.

La plateforme électorale libérale de 2025 promettait de renforcer la souveraineté alimentaire du Canada dans un contexte où « les États-Unis tentent d’affaiblir notre économie » et où les agriculteurs doivent faire face « à l’incertitude engendrée par les politiques [du président] Donald Trump ». Plus d’un an plus tard, le discours du premier ministre ne faisait pas mention de ces éléments.

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