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Depuis la présentation des Métamorphoses d’Ovide en 2023, Michele Smith et Dean Gilmour se sont attaqués à un autre monument de la littérature merveilleuse, où la frontière entre le règne des animaux et celui des humains est aussi poreuse : les Contes étranges de Pu Songling, écrits dans la Chine du XVIIe siècle.
Ce spectacle est le résultat d’un long processus, dont certaines étapes avaient déjà connu des présentations publiques, comme en novembre 2024 à Burlington. Dans la version finale, c’est environ une vingtaine de contes qui ont été retenus, sur les 500 écrits par Pu Songling, pour un spectacle qui dure un peu moins de deux heures.
On y voit des histoires de femme-renard, de bandits et de soldats, d’héroïnes violées par des génies et des êtres malfaisants qui se rient de la société. Il est souvent question de meurtres et parfois d’inceste. Les historiettes sont généralement sombres, peuplées d’esprits et de mourants. On est loin d’un spectacle de contes pour enfants.
Bien qu’elles soient toutes étranges, il y a dans chacune de ces histoires des personnages très humains. De braves gens côtoient des idiots. Parfois il y a une morale, parfois non. On y trouve aussi de l’humour et des situations cocasses. Le spectacle nous porte à mi-chemin entre les fables de La Fontaine et les aventures de Nasr Eddin Hodja.

Dean Gilmour et John Ng sur scène.
Photo : Johnny Hockin
Une apparente simplicité
La production se déroule dans une ambiance de veillée. La technologie est réduite au minimum au profit d’une technique théâtrale rigoureuse basée sur le jeu corporel (ce qui nous rappelle au passage que le couple Smith-Gilmour s’est formé sur les bancs de l’école Jacques Lecoq de Paris). Sur scène, une grande table paysanne et quelques chaises qui se transforment en différents accessoires en fonction du besoin des histoires. Malgré une apparente simplicité de moyens, certaines images sont spectaculaires. S’il y a bien une compagnie à Toronto qui sait fabriquer du théâtre, c’est Smith-Gilmour.
Néanmoins, l’ensemble de ces aspects positifs ne masque pas certaines fragilités. La plus importante reste le choix des contes et le travail sur chacun d’eux. Certaines histoires sont très bien mises en scène et impliquent l’ensemble des acteurs. D’autres récits, plus dépouillés, mettent l’accent sur le jeu émotionnel de l’un ou l’autre. En revanche, certaines histoires semblent moins travaillées et viennent allonger inutilement le spectacle, donnant au sortir de la représentation une sensation de longueur et d’inégalité entre les parties.
Pu Songling : Strange Tales, mise en scène de Michele Smith, avec Dean Gilmour, John Ng et Diana Tso. Présenté jusqu’au 8 février au théâtre Crow’s à Toronto. Durée : 1 h 45.


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