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Pleins feux sur les récits jeunesse autochtones

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Comme une façon de palper l’existence, de créer des liens entre les cultures et les âges d’une même terre, l’organisme Je lis autochtone ! revient en force avec cette 6e édition présentée sous le signe de la littérature jeunesse. L’ethnologue, autrice et chroniqueuse wendate Isabelle Picard porte avec enthousiasme et fierté la parole de cet événement rassembleur organisé par la librairie Hannenorak.

Il y a à peine dix ans, l’existence de la littérature jeunesse autochtone n’en était encore qu’à ses balbutiements. Quelques titres ici et là avec en tête le travail immense de Michel Noël qui a ouvert la voie, sans doute, à cette prise de parole. Or, le chemin parcouru en si peu de temps est plus qu’admirable. Pour Isabelle Picard, cette avancée est une porte d’entrée extraordinaire sur les histoires, les imaginaires des Premières Nations qui libèrent et partagent leurs écrits. Si c’est une façon pour elle de se retrouver, de se reconnaître, c’est aussi et surtout une façon de mieux vivre ensemble, de défaire les stéréotypes, les préjugés et d’enrayer le racisme. « Ça remet les choses en perspective. C’est nous qui parlons, c’est notre parole […] J’aime ça, comme autochtone, de me retrouver dans les livres […] parce que quelque part, quand on lit [une histoire qui nous raconte], ça permet de valider nos existences. » Partager ces univers avec des enfants enrichit ainsi le dialogue, tisse des liens et met en lumière le fait que nous tous — gens du pays — sommes interreliés, ensemble sur un même territoire. « Ça permet de faire en sorte que l’Autre ne sera pas l’autre avec un grand A. Parce que si les enfants grandissent en ayant des voix autochtones autour d’eux, que ce soit par les livres, la radio, les films, ça fera en sorte qu’on fait partie d’un même monde, qu’on n’est pas à l’extérieur », explique l’ethnologue.

Bien au-delà des pensionnats

Et cette littérature jeunesse en pleine effervescence va bien au-delà aujourd’hui de la mise en scène de récits traditionnels. Visiblement emballée, l’autrice de la série Nish (Les Malins) vante la diversité et adore l’élan présent dans la production actuelle. Bandes dessinées — K-Boom de Jay Odjick et KC Oster (Scholastic) —, albums — Shirley de Joanne Robertson —, poésie ou romans du quotidien — Un roi sans couronne de Moira-Uashteskun Bacon (UNIK, chez Héritage) — ou récits fantastiques qui naissent des légendes, des mythes — Tête pleine de feuilles de Jocelyn Sioui (Hannenorak) — : les imaginaires foisonnent. « On s’invente à plein de niveaux. On n’est plus juste dans le passé et c’est ça qui est intéressant […] et qui va faire en sorte qu’on va se rapprocher […] En tout cas, moi, c’est pour ça que j’écris de la littérature jeunesse. J’ai envie que, dès leur jeune âge, les enfants voient qu’on fait partie de la même société. Oui, on a des différences, mais on a plein de similitudes. Et, ça, je pense que c’est extrêmement important. » Soulignant la nécessité qu’il y a eu — et qu’il y a encore — de raconter les pensionnats afin de rétablir certaines choses, l’autrice de la nouvelle série fantastique Simon Wendat — dans lequel le héros fait un voyage dans le temps — salue ardemment l’audace et la vitalité ambiante.

Lectures autochtones en classe

C’est ainsi un euphémisme de dire que l’entrée officielle de la littérature jeunesse autochtone dans les classes est accueillie avec joie par l’autrice Isabelle Picard. Une avancée qui va donner la chance, dit-elle, de faire voir autre chose que les tipis et les maisons longues. « On est autre chose. On existait avant 1750 et après […] Les textes jeunesse à l’école vont permettre justement d’aller plus loin, d’ouvrir des portes sur les différents univers autochtones (fantastique, réaliste, historique, futuriste, etc.). Je comprends que les enseignants n’aient pas toutes les clés pour enseigner l’histoire autochtone, c’est normal, mais il fallait trouver une solution. »

Cette solution est par ailleurs très bien accueillie par Marie-Andrée Arsenault, autrice et professeure de français au collège Saint-Hilaire, qui intègre déjà cette littérature à son corpus depuis un moment, mais qui compte notamment exploiter l’album avec Mingan, mon village, des poèmes d’écoliers innus illustrés par Rogé (La Bagnole). Elle a aussi l’intention de sélectionner des textes dans le recueil Nin Auass. Moi l’enfant dirigé par Joséphine Bacon et Laure Morali (Mémoire d’encrier). Des poèmes écrits par des jeunes qui sont, selon l’enseignante, très parlants pour les élèves, surtout « quand l’objectif de ces lectures est de les inciter à écrire à leur tour », explique-t-elle. Elle envisage par ailleurs d’inclure pour ses élèves de 3e secondaire Un roi sans couronne déjà recensé par Isabelle Picard. Selon Mme Arsenault, c’est une richesse, autant pour les élèves que pour les professeurs, « d’apprendre à découvrir cette littérature et, à travers elle, un peu de la culture autochtone que nous devrions mieux connaître (et pas seulement pour la terrible histoire des pensionnats) ». Les libraires sont également préparées à faciliter le travail des enseignants. Éléna Laliberté, de la librairie La Liberté, à Québec, souligne que les livres en littérature autochtone sont bien codifiés dans [leur] système afin que [l’]équipe puisse guider la clientèle, peu importe le genre littéraire recherché. Au besoin, [ils ont] des listes de propositions qu’[ils peuvent] envoyer à la demande et adapter selon l’âge du lectorat visé. Parmi ces perles, soulignons Le petit livre pour les géants d’Obom (Comme des géants), On y va ! de Julie Flett (Pastèque), 8tlokaw8ganal. Légendes de Nicole O’Bomsawin et Sylvain Rivard (Hannenorak), Pilleurs de rêves de Cherie Dimaline (Boréal) et l’incontournable série Nish d’Isabelle Picard (Les Malins). Pour ne nommer que ceux-là.

Mais d’ici cette entrée, il y a ce mois de célébrations pendant lequel les librairies et bibliothèques participantes proposent différentes activités afin de mettre en valeur la voix des auteurs et autrices autochtones jeunesse. « Bien que nous ayons une large sélection de littératures autochtones en librairie en tout temps, nous nous faisons un devoir de commander une grande diversité d’ouvrages en juin (parfois plus nichés, pour faire faire de belles découvertes à la clientèle) », explique Laliberté. L’organisme sans but lucratif Je lis autochtone ! et l’arrivée des œuvres en classe participent ainsi d’un grand tout, celui de permettre aux peuples des Premières Nations de partager leurs histoires de façon tangible, de faire partie de la société à travers l’école, à travers les apprentissages, à travers l’éducation. Et pour Isabelle Picard, « il était temps que ça se passe ! ».

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