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Le paysage des entreprises en Belgique est moins dynamique que dans d'autres pays. Et c'est dû notamment à une "formation des salaires assez figée." C'est un des constats délivrés par le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, lors de la présentation du rapport annuel 2025. Et, pourtant, a-t-il reconnu, "on ne peut pas dire que rien ne s'est passé." Il a même qualifié "d'ambitieuses" les réformes qui ont été initiées par le gouvernement De Wever, en particulier sur le marché de l'emploi (durée limitée du chômage, etc). " Ces mesures vont globalement dans la bonne direction. Sont-elles parfaitement calibrées ? Probablement pas", a-t-il ajouté.
Deux régents (Thierry Bodson, l'ex-président de la FGTB) et Marthe Nyssens (professeur à l'UCLouvain) se sont abstenus d'approuver le rapport 2025. Pour le représentant du syndicat socialiste, la BNB fait preuve de suivisme trop marqué par rapport à certaines mesures phares de l'Arizona (pensions, marché de l'emploi, etc).
Rotation des travailleurs
Lors de la conférence de presse, Pierre Wunsch a expliqué que "la formation assez figée des salaires ne favorise pas la rotation des travailleurs des secteurs en déclin vers les secteurs en croissance. Ceux-ci ne peuvent pas octroyer facilement des hausses de salaires." Sans conseiller ouvertement la fin de l'indexation des salaires, le gouverneur a estimé qu, "dans un monde idéal" et s'il y avait un "consensus", une mesure de cet ordre "serait sans doute favorable au développement de notre économie. Il faudrait que des secteurs en déclin ne puissent pas indexer les salaires." Et de citer un pays comme la Suède "qui est parvenue à trouver ce consensus" et qui a développé une importante activité tech.
Il y a des périodes où les hausses de salaires sont trop importantes. Cela reste un facteur qui handicape le dynamisme économique."
Et quels seraient ces secteurs en déclin ? "L'idée n'est pas de les définir mais d'ouvrir le jeu. Il y a des périodes où les hausses de salaires sont trop importantes. Cela reste un facteur qui handicape le dynamisme économique. Le raisonnement peut être fait d'un point de vue régional. Il faut que les marchés du travail répondent à ces logiques régionales." On sait que la Flandre est dans une situation proche du plein emploi.
Subsides aux entreprises : pourquoi l'étude de la Banque nationale suscite la controverseÉvidemment, il y a des "sous-secteurs très dynamiques", a-t-il dit, citant notamment Odoo pour la Wallonie ou l'écosystème qui s'est développé à Gand. Mais, "pour une économie riche comme la Belgique, le dynamisme est plutôt en retrait." Et la remarque vaut aussi pour les initiatives en matière de capital à risque, qui sont nettement moins importantes en Belgique que dans des pays voisins.
Croissance des entreprises ©IPM GraphicsÉconomie moins flexible
Comme le rappelle le rapport de la Banque nationale, la Belgique dispose d'un système de formation des salaires très centralisé, dans lequel l'indexation automatique et les normes salariales fixées au niveau interprofessionnel s'équilibrent mutuellement.
Cette formation centralisée des salaires a pour corollaire la distribution la plus homogène de la zone euro en la matière; ce qui rend l'économie moins flexible. "Cela contribue à réduire les inégalités mais limite la dispersion des salaires au niveau des entreprises et surtout complique les transitions intersectorielles. Les différences de productivité se reflètent alors moins dans les écarts salariaux; ce qui atténue la fonction de signal favorisant la mobilité entre les branches d'activité et entre les entreprises. De ce fait, les travailleurs restent en moyenne plus longtemps auprès d'un employeur en Belgique que dans les autres pays de la zone euro."
Il y a quelques jours, le Premier ministre Bart De Wever avait fait savoir qu'à l'effort de 9,2 milliards, il faudrait ajouter trois à quatre milliards. Mais, aux yeux de Pierre Wunsch, cela ne sera "pas suffisant."
Effort budgétaire
Au niveau des finances publiques, le gouverneur a tenu son discours habituel en faveur de la rigueur. Il y a quelques jours, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) avait fait savoir qu'à l'effort de 9,2 milliards d'euros, il faudrait ajouter trois à quatre milliards. Mais, aux yeux de Pierre Wunsch, cela ne sera "pas suffisant." Pour stabiliser la dette, il faut "un déficit de 3 %. Il est important de montrer année après année qu'on réduit le déficit." Le déficit de la Belgique a atteint 5,5 % du PIB (Produit intérieur brut) en 2025.
Le rapport annuel souligne aussi que les bons résultats de l'économie belge dans de nombreux domaines "ont créé une grande prospérité" mais le "moteur de cette croissance (1 % en 2025) se grippe un peu. Il en découle un ralentissement de la progression de l'emploi comme de celle de la productivité du travail." Il pointe du doigt le peu de mesures prises pour "stimuler la croissance en berne de la productivité."
Montée en puissance de la N-VA à la Banque nationaleParmi les éléments qui contribuent à la rigidité de l'économie, il y a, comme déjà écrit, le manque de flexibilité dans la formation des salaires. La Banque nationale relève aussi "une réglementation relativement plus lourde en Belgique." Tout en reconnaissant "qu'il n'y avait pas de solution miracle", Pierre Wunsch a pointé du doigt certaines législations notamment en matière des faillites ou de protection des consommateurs.
"Les prochaines réformes devront de préférence être axées sur l'augmentation de la productivité", insiste la Banque nationale.
2025, "année de rupture"
Pierre Wunsch n'a pas peur d'employer des termes forts quand il s'épanche sur les grands thèmes économiques. Lors de son introduction sur le contexte international, il a souligné que 2025 a été "l'année où notre monde s'est effondré. Il a en partie disparu. Tout ce à quoi on est habitué en Europe est remis en cause."
"On a découvert un Trump 2.0 mieux préparé et plus ambitieux que durant son premier mandat." Avec ses tarifs douaniers, il a "frappé fort." Mais l'économie mondiale "a globalement bien résisté." Et de glisser au passage "la capacité pas très bonne" à estimer les effets de ce genre de choc, comme cela s'est déjà vérifié avec le Brexit.
"Grâce à ces subsides, on peut maintenir l'activité de recherche en Belgique face à des pays voisins très compétitifs"Nouvelle période d'eurosclérose ?
Il a rappelé "les prestations économiques assez correctes" en Europe même si celle-ci affiche "un décalage de croissance de plus en plus marqué" par rapport aux États-Unis, comme d'ailleurs le montrait clairement le rapport Draghi. "En Europe, il y a un manque de dynamique structurel." Et Pierre Wunsch d'alerter sur le risque d'une nouvelle période d'"eurosclérose." À moins que ce soient "les États-Unis qui font exception." Et de glisser au passage que la politique "anti-woke" outre-Atlantique est telle que "les éoliennes sont qualifiées de woke."
L'Europe est "clairement en retrait" par rapport à la vague IA qui déferle aux États-Unis qui, il faut dire, "bénéficient d'une énergie très bon marché."
On vit aujourd'hui un second choc chinois."
Quant à la Chine, elle concurrence de plus en plus un pays comme l'Allemagne qui, pour la première fois, a connu un déficit commercial en 2025. "On vit aujourd'hui un second choc chinois."
La croissance plus faible sur le Vieux continent est le résultat d'un choix pour une économie plus prévisible. "Les Américains sont plus à l'aise avec la prise de risque. L'Europe est compétitive dans des secteurs prévisibles." Il cite, par exemple, le secteur des voitures électriques où l'Europe est à la traîne notamment par rapport à Tesla ou Byd notamment.
Autre avantage des États-Unis : sa capacité à attirer des talents liés au niveau des salaires mais aussi à l'accès au capital à risque. Et de poser la question : "est-ce grave, docteur d'être en retard dans la course" ? Le gouverneur n'a pas donné la réponse…
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