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Le paysage global est incertain et cela a des conséquences majeures. Face à cela, l'Europe vit un gigantesque bouleversement et elle doit trouver des solutions pour assurer son avenir. C'était l'objet de la conférence « Les conséquences du contexte géopolitique pour l'action sur le climat » organisée par l’association Météo et Climat à Paris ce mardi 3 mars.
Paul Watkinson est négociateur et facilitateur international, expert de haut niveau sur le changement climatique et conseiller au ministère de la Transition écologique et solidaire. En 2023, il a conseillé la présidence de la COP28 aux Émirats arabes unis qui a réalisé le premier bilan mondial de l'Accord de Paris.
D’un monde plein d’espoirs à un monde bouleversé par la mondialisation
« Remontons dans le temps, à la fin des années 1980, au début des années 1990 : une époque qui semblait plus heureuse qu'aujourd'hui, avec la fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin. Il y avait un peu d'espoir et la question du climat est arrivée à un moment propice, à un moment où il était possible de trouver des solutions conjointement », explique Paul Watkinson. C'est à cette période-là qu'a été créé le Giec, en 1988. « On a reconnu le climat comme une préoccupation de l'humanité, et on a mis en place les bases d'une action commune ».
La société humaine est confrontée à une crise multiple. © Karine Durand, image Bing
Mais il y a eu un grand mouvement qui a eu un impact majeur dans les années 1990 : c'est la mondialisation. Cela s'est traduit par la « désindustrialisation des pays développés et la montée en puissance de la Chine : c'est ce pays qui a été le grand gagnant. Cela a entraîné un changement dans les rapports de force », estime l'expert.
L’Europe est confrontée à un problème immense de dépendance
À l'heure de la transition énergétique, « la Chine est devenue, à la fois un concurrent et un partenaire, avec une grande question : la dépendance qu'elle a mise en place pour les métaux rares ». La Chine domine de nos jours le secteur des énergies renouvelables et en particulier celui des panneaux solaires, autrement dit, l'énergie du futur.
« L'Europe est confrontée à un dilemme : un choix à faire entre la compétitivité et la transition. La tentation, en ce moment, c'est de remettre en cause ses objectifs climatiques et de revenir en arrière », déplore Paul Watkinson.
"Il faut se mettre d’accord sur le paquet de décisions, ce qui permet à chacun d’y insérer ses points, comme lors de l’Accord de Paris" déclare Paul Watkinson, qui était membre de l'équipe de la présidence française de la COP21.
Retrouvez son passage : [SHORTLINK] pic.twitter.com/QLpvpNwjF8
Or, le spécialiste le rappelle : « nous l'avons vu il y a 4 ans déjà avec la guerre en Ukraine : notre dépendance aux énergies fossiles, c'est une faiblesse. Si on est tenté de ralentir, c'est une erreur ». Les conflits se multiplient dans le monde et après la guerre en Ukraine, c'est la guerre en Iran qui aura des répercussions sur le secteur de l'énergie, et donc sur notre économie.
La sortie des énergies fossiles devient plus que jamais une évidence, mais l’Europe hésite, par peur de perdre sa compétitivité
La sortie des énergies fossiles devient plus que jamais une évidence, mais l'Europe hésite, par peur de perdre sa compétitivité. Autre conséquence de ces conflits, la nécessité d'augmenter le budget de la Défense, et pour cela, il faut prendre de l'argent ailleurs.
« Avec les coupes dans les budgets, on peut craindre une baisse de l'assistance prévue pour l'international, pour les pays du Sud : cette absence de financement dans l'adaptation aux risques climatiques pour les pays du Sud aura des conséquences. Elle va simplement aggraver les crises ».
La priorité pour l'Europe, c'est de sortir de la dépendance aux énergies fossiles, estime l'expert en négociations climatiques. © De Pixto, Adobe Stock
Il faut « récolter l’énergie en France et non pas l’importer »
Alors, dans ce contexte instable au niveau politique et économique, que peut-on faire ? « Mettre le climat au cœur de la souveraineté et de la compétitivité », estime Paul Watkinson.
L'Europe doit donc s'affranchir de sa dépendance, selon Paul Watkinson, sans nécessairement suivre l'exemple américain et cela passe par le fait « d'investir dans la Défense et dans la diversification de l'industrie de demain : si les États-Unis décident de s'enfermer dans les industries du XIXe siècle, c'est leur choix, mais notre choix doit être différent ».
Pour gagner la bataille du climat, mais aussi de l'économie, « l'importation des énergies fossiles doit être arrêtée, c'est un frein sur nos économies. L'Europe n'a rien à y gagner ». Plus concrètement, nous devons « massivement décarboner et électrifier nos économies : il y a un pays qui le fait, c'est la Chine. On doit récolter l'énergie en France et non pas l'importer ».


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