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Cette année, le centre Jean Gol ne pourra pas participer à la Foire du Livre. Le Conseil d'administration de la Foire l'a fait savoir via communiqué, ce lundi 2 mars. "Dans le cadre de l'édition 2026 qui aura lieu du 26 au 29 mars, après analyse de risque, le Conseil d'administration de la Foire du livre de Bruxelles a décidé de ne pas valider en l'état la demande de participation du Centre Jean Gol", a-t-il écrit. Une décision directement taxée de "censure" par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui annonce entamer des actions en justice. Interrogé par La Libre, le président de la Foire du Livre de Bruxelles Tanguy Roosen se défend.
Pourquoi avoir pris cette décision ?
Tout d'abord, on n'a pas censuré ni refusé la participation du centre Jean Gol à la Foire du Livre de Bruxelles. On a voulu redimensionner cette participation compte tenu d'un certain nombre d'éléments liés à la sécurité que nous avons recueillis ces derniers mois. Cela fait aussi suite aux difficultés que l'on a rencontrées ces deux dernières années, notamment l'an dernier, quand les murs de Tour et Taxis ont été tagués la veille de la rencontre organisée par le centre Jean Gol. Suite au refus du centre de tenir la réunion dans un lieu plus facilement contrôlable, on avait dû mobiliser plus de 25 policiers, en plus d'agents de sécurité.
Ces derniers mois, nous avons également constaté qu'il y avait des manifestations autour de rencontres de ce centre, comme lors de la célébration de Monsieur Jean Gol à Liège. Georges-Louis Bouchez a lui-même indiqué "qu'il existe aujourd'hui une menace réelle autour en particulier de sa personne, mais pas uniquement".
Sur quoi vous êtes vous concrètement basés ?
Nous avons commandé une analyse auprès d'une société spécialisée dans l'étude de la sécurité et des dangers dans l'organisation d'événements. Cette étude n'est pas consultable en l'état, nous en réserverons la primeur au centre Jean Gol, s'il décide de nous assigner devant les tribunaux.
Nous sommes aussi en dialogue permanent avec les renseignements généraux de la police de Bruxelles (PolBru). Nous prenons contact chaque année régulièrement – et singulièrement encore plus souvent en situation de crise – avec eux. Je ne peux pas laisser dire que nous n'avons rien fait.
Hommage à Jean Gol chahuté à Liège: Georges-Louis Bouchez réagit et accuse "la gauche"Vous réfutez l'accusation de censure faite à votre encontre par le président du MR…
Notre propos est loin d'être celui de la censure, mais au contraire de prendre des mesures de sécurité, comme on en a pris par le passé à l'occasion de la présence d'un stand des Lettres d'Israël en 2015, ou suite aux attentats de Bruxelles en 2016. À chaque fois, on essaie de redimensionner notre sécurité. À Tour et taxis, il y a une gare maritime qui a 14 portes d'entrée, des hangars qui ont deux portes d'entrée, avec plus de 8000 personnes de l'heure qui circulent durant le week-end, avec des présences de familles, d'enfants… On leur a dit qu'il n'était plus possible d'organiser ça sous cette forme, on a formulé des propositions alternatives, qui ont été refusées.
Quelles étaient justement ces alternatives ?
La première alternative, présentée lors du débriefing que l'on a eu avec le centre Jean Gol, consistait en l'organisation d'une conférence pluraliste, qui aurait pu impliquer différents centres d'études politiques sur une thématique internationale. Nous avions suggéré d'organiser cette rencontre à un autre moment que la Foire du Livre, dans un autre lieu, sous forme de grande conférence où chacun aurait pu s'exprimer.
Ensuite, nous avons proposé dans notre dernier courrier de permettre au centre Jean Gol d'être présent à la Foire, mais lors de moments limités. Cela permettrait de mobiliser moins de coûts de sécurité, dans un lieu plus contrôlable. Cela nous paraissait être une mesure proportionnée, qui leur permettait d'être présents, tout en assurant la sécurité et le confort de l'ensemble du personnel, des exposants et des publics, mais aussi du centre lui-même, sans mobiliser de frais disproportionnés.
Les coûts que représentent la mobilisation de policiers pour assurer la sécurité des personnes participant aux rencontres du centre Jean Gol représentent plus de 30 000 euros. Mais cela vaut pour un moment limité, dans des lieux fermés. Nous, on est un lieu ouvert qui se tient durant 4 jours et demi, voire plus d'une semaine en comptant l'installation. Nous n'avons les moyens financiers suffisants pour assurer une telle sécurité.
L'ombre de Jean Gol, le jusqu'au-boutiste, plane encore sur le MR : Il exécrait la médiocrité du "compromis à la belge"Il ne s'agit donc pas de viser délibérément le MR ?
Si nous avions un exposant qui posait les mêmes problèmes de sécurité ou risques, nous appliquerions exactement les mêmes décisions, qu'ils soient de gauche, de droite, du centre… peu importe. Ce que l'on veut, c'est que les 85 000 visiteurs, les centaines d'exposants et les centaines de personnes qui travaillent pour la Foire puissent travailler dans le confort et la sécurité, et non pas dans le stress. On est un événement culturel : une Foire du Livre, ce n'est pas une foire d'empoigne !
Les centres d'études des autres partis disposeront-ils de stands ?
S'ils le veulent, ils peuvent. Pendant des années, nous n'avions plus que le centre Jean Gol et c'est très bien qu'il ait profité de la Foire pour montrer ses écrits. Cette année-ci, l'Institut Émile Vandervelde (du PS) revient. En tout cas pour le moment, parce que nous procédons aux mêmes études de sécurité par rapport à ce centre. Pour le moment, on n'a pas d'indication particulière qui nous ferait changer d'avis. La question se pose d'ailleurs très concrètement. Est-ce que la Foire du Livre, telle qu'elle est imaginée aujourd'hui, doit être un lieu d'accueil de centres d'études de partis politiques ?
Doit-on entendre une remise en cause de ce modèle dans les prochaines années ?
On va en tout cas faire un sérieux débriefing à l'issue de la Foire sur ses participants. On est dans une tension grandissante entre les différents points de vue, une polarisation de la société où les gens ont de moins en moins l'envie de discuter, mais de plus en plus l'envie de s'invectiver. Les partis politiques, malheureusement, polarisent les attentions. Si c'est pour se retrouver à avoir des gardes du corps autour de partis politiques parce que les gens de droite ou de gauche n'apprécient pas la présence d'un centre, alors, que ces centres se réunissent dans un autre contexte.
Par ailleurs, nous avons déjà accueilli plusieurs représentants politiques à la Foire. L'année dernière, on a eu Yvan Verougstraete (Les Engagés) et Sophie Wilmès (MR), avec qui j'ai fait un tour de la Foire un samedi matin. Ça s'est bien passé, il n'y avait pas de sécurité. Mais malheureusement, au sein du MR, il y a un centre et un président qui polarisent l'attention et qui entraînent des difficultés…
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