La cour d’assises spéciale de Paris va juger dès ce lundi le djihadiste Othman Garrido pour assassinat et meurtres dans l'ancien califat de l'État islamique en Syrie et en Irak.

La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 10:06 | mis à jour aujourd'hui à 10:07 - Temps de lecture :

Le djihadiste sera jugé dès ce lundi par la cour d'assises spéciale de Paris. Photo d'illustration Sipa Le djihadiste sera jugé dès ce lundi par la cour d'assises spéciale de Paris. Photo d'illustration Sipa

Il serait l’homme posant devant un cadavre décapité, sur une photo retrouvée dans un portable. La cour d’assises spéciale de Paris va juger à partir de ce lundi le djihadiste français Othman Garrido pour assassinat et meurtres dans l'ancien califat de l'État islamique (EI) en Syrie et en Irak. Le dossier va raviver le souvenir des années de terreur imposée par Daech dans la décennie 2010 sur de vastes pans de territoires en Syrie et en Irak, où Garrido a vécu huit ans, avant d'être arrêté et expulsé par la Turquie vers la France en 2020.

Aujourd'hui âgé de 32 ans, le Montpelliérain, jugé pour un assassinat et deux meurtres en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste, encourt la perpétuité. Il va devoir s'expliquer sur des photos retrouvées dans le téléphone qui aurait appartenu à son épouse. Ce sont les principales pièces de l'accusation, transmises sur un disque dur aux enquêteurs français par les Américains, qui dirigeaient la coalition internationale ayant défait l'EI en 2019. L'une d'entre elles montre un homme au visage partiellement masqué par un foulard posant devant un cadavre décapité, la tête du supplicié à ses pieds. L'homme lève un index au ciel (signe d'allégeance à l'EI), présente du sang sur les mains, et peut donc être considéré comme l'auteur de l'assassinat, selon l'enquête.

Othman Garrido a admis une ressemblance mais a toujours démenti être le bourreau présumé de la photo. La photo n'est ni datée ni géolocalisée, l'identité de la victime reste inconnue, et les experts ne sont pas parvenus à formellement identifier l'homme masqué. « Il ne faut pas faire dire à une photo plus que ce qu'elle dit », insiste l'avocat de Garrido, Me Antoine Ory. « Même à supposer que ce soit lui sur la photo, ça ne permet pas de dire qu'il est l'assassin », souligne-t-il.

Meurtres de deux Iraniens 

L'autre volet du dossier porte sur les meurtres de deux Iraniens (pendant la guerre civile syrienne, l'Iran soutenait le régime de Bachar al-Assad), exécutés en place publique en 2015 à Al-Qaryatayn, dans le centre de la Syrie, dans une de ces mises en scènes macabres qu'affectionnait l'EI. Une série de photos extraites du même téléphone montre un groupe de djihadistes posant autour des cadavres, dont la tête tranchée est posée sur le corps. Othman Garrido apparaît souriant sur les clichés, tenant par les épaules chacun des deux bourreaux, qui ont été identifiés comme deux djihadistes français, Yacine Rettoun et Oumar Diaw, présumés morts depuis. Il y a également des photos de lui dans le pickup de djihadistes amenant les Iraniens sur le lieu de leur exécution. Lors de l'enquête, Othman Garrido a reconnu avoir assisté à l'exécution.

Condamné en 2017 à 15 ans de réclusion criminelle pour avoir rejoint les rangs de l'EI, participé à des combats sur place et exhorté les musulmans de France à commettre des actions violentes, Othman Garrido doit également être rejugé pour ces faits dans une procédure distincte. Le procès, prévu jusqu'au 21 septembre, va faire une large place aux témoins familiaux et aux experts pour tenter de cerner la personnalité et l'histoire de l'accusé.

« Garrido a fait un chemin »

Né dans une famille baignant dans l'idéologie djihadiste, Othman Garrido a eu une enfance dominée par la radicalisation religieuse et a été déscolarisé à 12 ans pour travailler sur les marchés avec son père. Parti de son plein gré en Syrie à 18 ans, en 2012, il rejoint les rangs de Jabhat al-Nosra, la branche syrienne d'Al Qaïda, puis ceux de l'EI après la scission entre les deux groupes. Il est le dernier homme encore en vie de sa famille, son père, un franco-espagnol converti à l'islam, s'est fait exploser dans un attentat suicide en 2016 en Syrie et ses frères y sont morts au combat.

Les experts psychiatres et psychologues qui l'ont interrogé ont relevé que le Français semblait avoir amorcé en détention une prise de recul par rapport au discours djihadiste. Il paraît avoir amorcé « une déconstruction idéologique », note en avril 2023 l'instance pénitentiaire d'évaluation de la radicalisation à Fleury-Mérogis (Essonne), où il est incarcéré. « Garrido a fait un chemin, et est engagé dans une démarche sincère », assure son avocat.

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