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Le pont international Gordie-Howe a finalement ouvert lundi à la circulation des véhicules. Sylvain Charlebois, économiste spécialiste de l’agroalimentaire et professeur à l'Université Dalhousie à Halifax, affirme que des passages frontaliers plus rapides pourraient entraîner une baisse des coûts et des chaînes d'approvisionnement alimentaire plus résilientes.
M. Charlebois souligne la désuétude du pont concurrent, le pont Ambassador, qui, selon lui, ralentit le commerce entre les deux pays.
Le pont Ambassador n’est pas efficace, pas en bonne condition, on passe dans un secteur résidentiel et ça ralentit les camions. [...] Le pont Gordie-Howe va faire gagner du temps et permettre d’aller à sa destination plus rapidement.
L’ouverture du nouveau pont va ainsi permettre, selon M. Charlebois, d’améliorer l'efficacité logistique et d’accélérer le transport des marchandises vers leurs destinations.
Michel Dignard, vice-président de l'Union des cultivateurs franco-ontariens et producteur agricole à Embrun, dans l'Est de l'Ontario, estime que cette ouverture arrive à point nommé, alors que débute la saison des récoltes de plusieurs fruits et légumes. Pour les producteurs, rappelle-t-il, chaque minute compte.
Les produits périssables sont particulièrement vulnérables aux retards, poursuit-il. Avec un seul passage routier possible, en cas d'accident ou de congestion, les pertes peuvent rapidement s'accumuler.
Le corridor Windsor-Détroit représente environ le quart de la valeur totale des échanges de marchandises entre le Canada et les États-Unis, dont des milliards de dollars en produits agroalimentaires. En 2024, les échanges agricoles et agroalimentaires entre les deux pays ont atteint 74,3 milliards de dollars américains. L'Ontario demeure de loin la province qui commerce le plus avec les États-Unis, avec 18 milliards de dollars américains d'exportations agricoles et agroalimentaires et 17,6 milliards d'importations, selon Statistique Canada.
Quand on transige des fruits ou des légumes qu'on envoie aux États-Unis, ou qui viennent de là-bas, c'est important qu'ils arrivent le plus frais possible. Plus longtemps tu attends, plus le risque de gaspillage augmente, explique M. Dignard.
À ses yeux, le nouveau pont offrira surtout une solution de rechange en cas d'imprévu. Ce sera bon d'avoir un backup. Avec deux ponts, il va y avoir moins de trafic. S'il y a un accident quelque part, les autres pourront continuer et on perdra moins de temps.
Quels impacts pour les consommateurs et les producteurs?
L'amélioration de la fluidité aux frontières ne devrait pas se traduire immédiatement par une baisse du prix des aliments à l'épicerie, selon Sylvain Charlebois. En revanche, l'expert croit qu'une chaîne d'approvisionnement plus efficace contribuera à limiter les fluctuations des prix à long terme.
Le nerf de la guerre, c'est la volatilité des prix. Plus on investit en logistique, moins on a de chances de voir les prix fluctuer au détail à long terme.
Selon lui, les principaux bénéficiaires seront les aliments les plus sensibles aux délais de transport, comme les fruits et légumes frais, la viande et les produits surgelés. À l'inverse, les produits transformés sont généralement moins vulnérables aux retards.
Michel Dignard estime quant à lui que la nouvelle infrastructure pourrait réduire les pertes financières pour les agriculteurs. Lorsque des marchandises arrivent détériorées à destination, les coûts sont en effet souvent assumés par les producteurs, affirme-t-il.

Pour Michel Dignard, vice-président de l'Union des cultivateurs franco-ontariens, les premiers effets de l’ouverture du pont se feront surtout sentir sur la qualité des aliments plutôt que sur leur prix. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin
À plus long terme, M. Dignard croit que les producteurs pourront adapter leur planification. Cette année, ça va probablement améliorer la qualité. L'année prochaine, en sachant que le transport est plus fiable, les producteurs vont pouvoir augmenter leur production.
Des occasions d'investissement pour la région
Au-delà des gains logistiques, Sylvain Charlebois croit que le pont Gordie-Howe pourrait devenir un moteur d'investissement pour le Sud-Ouest de l'Ontario.

Sylvain Charlebois, économiste spécialiste de l’agroalimentaire et professeur à l'Université Dalhousie à Halifax, affirme qu’une liaison plus efficace entre les deux pays rendra la région encore plus attrayante pour les entreprises du secteur agroalimentaire. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Samuel Lapointe-Savard
C'est certain que ça peut inciter des investissements des deux côtés de la frontière. Comme il y a déjà beaucoup de transformation alimentaire dans la région de Windsor-Essex, le pont peut devenir un véritable levier d'investissement à long terme. C'est une très bonne nouvelle, affirme le professeur en économie.
Michel Dignard estime toutefois que ces retombées dépendront aussi des choix politiques. Il souhaiterait notamment voir davantage d'investissements dans la transformation alimentaire en Ontario afin que les producteurs puissent créer davantage de valeur ajoutée avant d'exporter leurs produits.
On a beaucoup de produits de qualité. Quand tu les transformes ici, les marges sont meilleures et tu contrôles mieux la qualité. C'est là que le gouvernement pourrait aider les entreprises à investir, conclut le producteur.


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