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«Oui, les musulmans ont le droit de fêter Noël»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Contrairement à une idée largement répandue, rien dans le Coran n’interdit aux musulmans de célébrer Noël, explique l’islamologue Razika Adhani. L’interdiction invoquée relève davantage d’interprétations religieuses anciennes que du texte fondateur de l’islam, affirme-t-elle.

Razika Adnani est une philosophe, islamologue et conférencière franco-algérienne.


Rien n’interdit aux musulmans de fêter Noël. Rien n’interdit sur le plan religieux aux musulmans de fêter Noël, autrement dit de célébrer la naissance de Jésus tout comme ils célèbrent le « Mouloud » qui correspond à la naissance de Mohamed le prophète de l’islam. Le Coran, livre fondateur de l’islam, reconnaît Jésus comme un prophète important. La preuve en est qu’il mentionne son nom, Aïssa, 25 fois et plusieurs fois il parle de lui comme Messi ou comme fils de Marie qu’il évoque elle aussi à 34 reprises. Marie ou Mariam est la seule femme dont le nom est cité dans le Coran. Selon plusieurs versets coraniques, Jésus est le fruit d’une conception miraculeuse. Il n’est pas un être humain comme les autres, car il n’est pas né d’un homme et d’une femme. Dieu l’a créé en insufflant dans le corps de Marie le Saint-Esprit. « Quant à Marie fille d’Imran qui a préservé son vagin et Nous y insufflâmes alors de Notre Esprit » affirme le verset 12 de la sourate 66, L’interdiction.

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« Certes Nous avons envoyé le Livre à Moïse d’autres prophètes le suivirent et Nous avons donné des preuves à Jésus fils de Marie et Nous l’avons renforcé du Saint-Esprit », dit également le verset 87 de la sourate 2, La Vache, ce qui démontre l’importance que le Coran accorde à Jésus et par conséquent à la religion chrétienne. Dans le Coran, Jésus et Moïse, dont le nom, Moussa, est cité 130 fois, sont des prophètes privilégiés. « Nous avons privilégié certains de ces Messagers par rapport à d’autres Dieu a parlé à quelques-uns et a élevés d’autres à de hauts rangs Nous avons permis à Jésus fils de Marie de réaliser des miracles éclatants et l’avons assisté du Saint-Esprit », comme le dit le verset 253 de la sourate 2, La Vache.

Selon le dogme de l’islam, tel qu’il est établi par les religieux, être musulman ou musulmane consiste à croire en Dieu, en ses messagers et ses livres révélés (la Tora, les Évangiles et le Coran) et cela conformément au discours coranique : « Dites, nous croyons en Dieu […] en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus et en ce qui a été donné aux prophètes venant de leur Seigneur nous ne faisons aucune distinction entre eux […]" ( verset 136 de la sourate 2, La Vache). « Croyez donc en Allah et en Ses messagers » ordonne le verset 171 de la sourate 4, Les femmes. Fêter la naissance de Jésus pour les musulmans n’est donc pas seulement une question de partage d’une fête avec les chrétiens, mais également un moment de célébration de la naissance.

Les musulmans ne peuvent pas continuer encore aujourd’hui à se référer aux fatwas de religieux qui ont vécu il y a des siècles.

Pourtant, chaque année les musulmans extrémistes et fondamentalistes affirment qu’il est interdit aux musulmans, au nom de l’islam, de fêter Noël et même de souhaiter une bonne fête aux chrétiens. Ils s’appuient pour justifier leur position sur des paroles et des ouvrages de religieux qui ont vécu il y a des siècles, tels que le Syrien Al Djawziya (1292- 1350), l’Égyptien Ibn Hajar Al Haytami (1504-1567) et le Turc ibn Taymiyya (1269-1328). Dans son ouvrage « Les lois des dhimmis », Al Djawziya a écrit : « Il n’est pas permis au musulman d’assister aux fêtes des mécréants par consensus des gens de science. […]». Quant à Ibn Hajar Al Haytami (1504-1567), il a affirmé dans son ouvrage « Les Grandes Fatwas » que « parmi les plus mauvaises innovations le fait que les musulmans se conforment aux chrétiens dans leurs fêtes, ceci en imitant leur nourriture, en leur faisant des cadeaux ou en acceptant leurs cadeaux ».

Cependant, le consensus des religieux est un consensus d’hommes qui ne détiennent pas la vérité absolue. Selon le premier principe fondateur de l’islam, l’unicité divine, quelle que soit la parole humaine elle ne peut pas être égale à celle de Dieu, le seul être parfait. Si plusieurs versets rejettent l’idée de la Trinité, aucun ne dit qu’il est interdit aux musulmans de fêter la naissance de Jésus ou de participer aux fêtes des chrétiens et des juifs et la parole des religieux ne peut en aucun cas être plus véridique que celle du Coran.

Pour affirmer que les musulmans ne doivent pas participer aux fêtes des chrétiens et des juifs, Ibn Taymiyya s’appuie, dans son ouvrage Être différent des gens de l’enfer, sur un hadith dans lequel le prophète aurait dit : « Celui qui ressemble à un peuple fait partie d’eux ». Or, ce hadith ne dit pas qu’il ne faut pas fêter la naissance de Jésus ou de Moise ni souhaiter bonne fête aux chrétiens et aux juifs. Par ailleurs, il faut se souvenir en parlant des hadiths qu’ils sont mentionnés dans des recueils écrits par des hommes 150 ans après la mort du prophète. Ibn Taymiyya appuie également sa position sur des commentaires d’autres versets coraniques qui accusent ces derniers de ne pas respecter le message de Dieu, mais qui ne disent en aucun cas qu’il est interdit aux musulmans de fêter la naissance de Jésus.

À lire aussi «Ne fais pas comme les mécréants» : ces islamistes qui exigent de ne pas fêter les anniversaires, le Nouvel an ou la Saint-Valentin

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Les musulmans ne peuvent pas continuer encore aujourd’hui à se référer aux fatwas de religieux qui ont vécu il y a des siècles et qui ont pensé et conçu des lois pour les dhimmis ce qui est la preuve que leurs valeurs et les nôtres ne sont pas les mêmes. Rappelons que dans le verset 5 de la sourate 5, La Table Servie, le Coran dit que la nourriture des gens du Livre, donc des chrétiens et des juifs, est permise pour les musulmans. Or, si les musulmans peuvent partager avec l’autre son repas, pourquoi ne pourraient-ils pas fêter avec lui ses fêtes ? Ce qu’il faut retenir des propos d’Al Haytami, c’est qu’ils constituent un élément historique important révélant qu’en Égypte au XVI siècle, les musulmans participaient aux fêtes des chrétiens et qu’il y avait des liens de bonne convivialité entre les deux communautés au point de s’offrir des cadeaux autrement Al Haytami n’aurait pas parlé d’innovation.

En conclusion, les fondamentalistes ne veulent pas uniquement interdire à la célébration de Noël, mais aussi du Mouloud. Par ailleurs, depuis quelques années, le sapin de Noël a trouvé sa place dans toutes les sociétés musulmanes ou presque. Il s’est assurément imposé pour son esprit festif et surtout pour le fait qu’il est une occasion commerciale importante. Cependant, la place privilégiée de Jésus dans le Coran a assurément contribué à la généralisation de ce phénomène.

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