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Opération séduction à l’Opéra de Vienne

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La soprano lituanienne Asmik Grigorian

La soprano lituanienne Asmik Grigorian Olivia Kahler

Arte retransmet le grand concert de gala en plein air, donné par le Staatsoper le 6 septembre dernier en ouverture de sa saison.

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Les premières images d’un drone survolant les toits du Palais du Belvédère et les jardins du Burggarten ce 6 septembre 2026, avec en fond l’ouverture de Guillaume Tell, menée à un train d’enfer par Marco Armiliato, donnent le ton. Celui d’une soirée où vont s’enchaîner, jusqu’à la tombée de la nuit, les plus grands tubes du lyrique.

Créé en 2025 seulement, le grand gala de rentrée, en plein air, de l’Opéra de Vienne, est sans doute l’une des meilleures opérations de communication et de démocratisation du classique de ces dernières années. Le principe en est simple : offrir, à près de 5 000 Viennois, une heure trente de musique déroulant par extraits le programme de la saison à venir pour aiguiser les appétits des uns et des autres… Le tout avec les forces musicales de la maison au grand complet. Et une poignée de chanteurs stars qui feront l’événement quelques mois plus tard sous les ors du Staatsoper. Ni billets, ni fauteuils, ni codes vestimentaires, donc. Juste l’obligation d’arriver le plus tôt possible pour s’assurer d’avoir son pré carré sur la pelouse du Burggarten, devant le regard bienveillant de Mozart. Le parc ouvre ses portes à 17 heures, pour un « lever de rideau » trois heures plus tard. Les plus prévoyants viennent avec un pique-nique. L’ambiance est bon enfant. Cela se voit à l’image.

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Cadors du lyrique

En septembre 2025, lors de la première édition de cette opération séduction en mode majeur de l’une des plus grandes maisons d’opéra du monde, quatre cadors du lyrique avaient fait le déplacement : Elina Garança, Camilla Nylund, Jonas Kaufmann et Benjamin Bernheim. Cette année, notre carré d’as comptait parmi ses reines de cœur la soprano Asmik Grigorian. La nouvelle star du lyrique, à qui rien ne semble pouvoir résister et qui incarne à partir d’aujourd’hui Judith dans Le Château de Barbe-Bleue, de Bartok, au Staatsoper, avait l’insigne honneur d’ouvrir le bal après Rossini avec la célèbre « Habanera » de Carmen . Dans les jardins de François-Joseph, la diva plus impériale que gitane captive autant par son regard que par la qualité du timbre, sa diction et sa maîtrise absolue de l’émission du son. Sous sa conque de verre et d’acier, l’orchestre viennois rutile de plaisir. Les chœurs font trembler le petit écran. La soirée commence sous les meilleurs auspices.

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Elle se poursuit avec Andrea Chénier, porté par un Piotr Beczala toujours aussi démonstratif. Celui que l’on retrouvera cette saison à Vienne pour une prise de rôle de taille (Parsifal) ne manque pas de bravoure pour aller chercher son si bémol. Il émeut davantage une trentaine de minutes plus tard, avec le grand air de Lohengrin « In Fernem Land… » Avant de s’octroyer le mot de la fin dans l’indémodable « Nessun dorma. »

Autre ténor qui n’a jamais manqué de bravoure, Juan Diego Florez se montre peut-être aujourd’hui un peu plus précautionneux dans les neuf contre-ut de son fameux « air de Tonio », tiré de La Fille du régiment… Tout de même. Continuer d’enfiler les aigus comme il le fait à 53 ans, avec toujours l’œil qui frise, le front qui plisse à peine plus qu’il y a vingt ans, et en s’offrant en sus le luxe d’une tenue de huit secondes sur le dernier contre-ut, n’est pas donné au premier venu.

À tout seigneur tout honneur, enfin, c’est à notre Ludovic Tézier national que revient sans conteste la palme de l’autorité dans ses deux Verdi (l’« Alzati » du Bal masqué et le « Pietà, rispetto, amore » de Macbeth), lors d’une soirée pourtant riche en émotions, notamment chez Puccini, où Grigorian touche littéralement au sublime dans Manon Lescaut.

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