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On vit avec cette certitude qu’il sert à nous reposer, mais personne ne sait vraiment pourquoi nous dormons

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Un tiers de notre existence. C’est le temps que nous passons à dormir, les yeux fermés, coupés du monde… et pourtant, aucun chercheur sur Terre n’est capable d’expliquer avec certitude pourquoi. Étonnamment, les scientifiques ne savent pas encore exactement pourquoi l’on dort, et en dépit des indices d’une grande importance fonctionnelle pour le sommeil, il n’y a pas de consensus sur ce qui fait précisément son importance. Une anomalie scientifique presque comique quand on y pense : on maîtrise la fusion nucléaire, on séquence des génomes entiers, mais on ignore la fonction première d’une activité que chaque être humain répète chaque nuit de sa vie.

Le paradoxe ne date pas d’hier. Les Grecs anciens s’interrogeaient déjà sur la question, et les scientifiques étudient le sommeil depuis au moins 500 avant J.-C., et probablement bien avant. Ce qui frappe, c’est la constance du phénomène à travers l’évolution : du point de vue évolutif, cette fonction a été universellement conservée tant chez les oiseaux que chez les mammifères. Même les organismes les plus rudimentaires y sacrifient une partie de leur temps. Tous les animaux dorment, y compris le minuscule ver rond Caenorhabditis elegans. Des chercheurs ont même tenté de faire disparaître ce comportement chez des souris de laboratoire en bidouillant leur génome. Résultat ? Échec total : même en sectionnant les circuits favorisant le sommeil dans leur cerveau, le repos ne disparaît jamais entièrement. Comme si la nature refusait obstinément qu’on s’en passe.

À retenir

  • Les scientifiques maîtrisent la fusion nucléaire mais ignorent la fonction première du sommeil
  • Quatre théories concurrentes existent, mais aucune n’explique complètement le phénomène
  • La nature refuse obstinément de se passer de sommeil, même face aux manipulations génétiques les plus extrêmes

Sommaire

  1. Quatre théories, aucune vérité définitive
  2. Ce que l’on sait vraiment (et ce qui reste flou)

Quatre théories, aucune vérité définitive

Face à ce vide explicatif, les chercheurs n’ont pas manqué d’hypothèses. La première, la plus intuitive, invoque l’économie d’énergie. Selon la théorie de la conservation de l’énergie, nous aurions besoin de dormir pour économiser nos ressources, en réduisant nos besoins caloriques via un métabolisme ralenti. Des travaux évoquent même un chiffre impressionnant : huit heures de sommeil produiraient une économie d’énergie de 35% sur un cycle de 24 heures. Séduisant sur le papier, mais l’hypothèse se fissure vite. Des chercheurs ont fait remarquer qu’il n’y avait aucune raison de penser que les besoins énergétiques ne pourraient pas être satisfaits par de simples périodes de repos et d’inactivité, sans sommeil proprement dit, certaines études révélant même une corrélation inverse entre dépense énergétique et durée de sommeil chez différentes espèces.

Deuxième piste : la restauration cellulaire. Le corps profiterait de la nuit pour se réparer, comme une équipe de nettoyage qui investit les bureaux une fois les employés partis. L’image est parlante : un peu comme les équipes de ménage qui interviennent la nuit dans des bureaux vides, un processus essentiel et réparateur se déroule après que nous avons sombré dans le sommeil. Le neuroscientifique Emmanuel Mignot, dans une synthèse publiée par PLOS Biology, propose une lecture proche : le sommeil serait avant tout une forme résiliente de récupération cellulaire, organisée anatomiquement et temporellement par l’évolution, qui aurait ensuite acquis des fonctions supplémentaires au fil du temps.

Une troisième école mise sur la plasticité cérébrale. Pendant le sommeil, en particulier la phase paradoxale, le cerveau réorganiserait les informations accumulées dans la journée, un peu comme un archiviste qui trie les dossiers du jour. C’est ce que propose la théorie de la plasticité cérébrale, qui avance que pendant le sommeil, notamment la phase de mouvements oculaires rapides, notre cerveau traite et organise les informations captées durant la journée. Cette hypothèse expliquerait pourquoi les nourrissons, dont le cerveau se construit à toute vitesse, dorment tant. Une quatrième théorie, plus behavioriste, invoque la protection contre les prédateurs : nos habitudes de sommeil auraient évolué en réponse adaptative aux risques de prédation, qui augmentent dans l’obscurité, nous poussant à dormir dans des endroits sûrs pour réduire les dangers.

Le problème, c’est qu’aucune de ces théories ne suffit à elle seule. Certains chercheurs penchent désormais pour une explication composite : le sommeil servirait plusieurs objectifs complexes à la fois, englobant plusieurs, voire toutes ces théories combinées. Une manière élégante de dire qu’on additionne les pièces d’un puzzle sans être certain qu’elles forment vraiment une image cohérente.

Ce que l’on sait vraiment (et ce qui reste flou)

Là où les scientifiques s’accordent, en revanche, c’est sur le caractère vital du sommeil. On peut jeûner des semaines, mais priver un organisme de sommeil trop longtemps devient rapidement dangereux, jusqu’à mortel dans des cas extrêmes comme l’insomnie fatale familiale, une maladie génétique rarissime. Le sommeil obéit aussi à une logique proche de la faim ou de la soif : comme le poids corporel ou l’hydratation, il semble « homéostatique » — il existe un niveau que notre organisme cherche à maintenir, ni trop, ni trop peu. Mais si plusieurs circuits neuronaux ont été identifiés comme impliqués dans cet équilibre, la manière exacte dont ils le déterminent et déclenchent le sommeil lui-même reste floue.

Autre bizarrerie qui alimente le mystère : la durée du sommeil varie énormément selon les espèces, sans logique évidente. Pourquoi avons-nous besoin d’environ huit heures de sommeil par nuit, quand un éléphant s’en sort avec trois à quatre heures, et un cachalot avec moins de deux ? Et pourquoi nos propres besoins chutent-ils drastiquement entre l’enfance et l’âge adulte, passant d’environ 16 heures par jour chez les bébés (comparable au sommeil d’une souris ou d’une musaraigne) à huit heures à l’âge adulte ? Personne n’a de réponse solide. Les équipes de recherche du Franks-Wisden Lab, à l’Imperial College de Londres, planchent justement sur ces questions depuis près d’une décennie, espérant que percer ce mystère améliorera un jour les anesthésiques et les traitements contre les démences.

En attendant une théorie unificatrice, une chose reste certaine : ignorer nos besoins de sommeil n’a jamais rendu personne plus productif ni en meilleure santé. La science ne sait pas encore pourquoi on dort — mais elle sait très bien ce qui se passe quand on arrête de le faire correctement, et ce constat-là, lui, ne souffre d’aucun débat.

Sources : objetsscientifiques.com | query.libretexts.org

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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