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On s’obstine tous à voir le Sahara comme un désert de toujours, alors que ses rochers gravés montrent des girafes, des hippopotames et des scènes de pêche

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Le Sahara n’a pas toujours été cette étendue de sable et de roche brûlante que l’on imagine depuis toujours. Il y a plusieurs milliers d’années, avant que le désert ne s’impose durablement, la région a connu des lacs, des rivières permanentes et une végétation de savane qui n’a rien à voir avec le paysage actuel. Les preuves ne sont pas de simples suppositions : elles sont gravées dans la pierre, à même les falaises du désert.

Des girafes gravées dans le grès, en plein cœur du Sahara.

À retenir

  • Le plateau du Tassili n’Ajjer en Algérie renferme plus de 15 000 gravures datant de 11 000 ans représentant des girafes, hippopotames et éléphants
  • Des ossements fossilisés de crocodiles, girafes, hippopotames et poissons-chats découverts dans le sable confirment une faune fluviale abondante
  • Des scènes de pêche gravées dans la roche montrent que des populations sédentaires vivaient au bord de lacs permanents du Sahara
  • La précession de l’axe terrestre a affaibli la mousson africaine, transformant la savane verdoyante en désert en quelques décennies à siècles

Sommaire

  1. Ce que racontent les gravures et les os retrouvés dans le sable
  2. Des hommes qui pêchaient là où il n’y a plus une goutte d’eau
  3. Un basculement climatique piloté par l’orbite terrestre

Ce que racontent les gravures et les os retrouvés dans le sable

Sur le plateau du Tassili n’Ajjer, en Algérie, plus de 15 000 gravures et peintures sont exposées, certaines datant de 11 000 ans selon les techniques de datation scientifique. Ces œuvres ne montrent ni dunes ni aridité. Curieusement, ces images ne représentent pas le paysage aride et stérile que l’on trouve aujourd’hui dans le Tassili N’Ajjer, mais une savane vivante peuplée d’éléphants, de girafes, de rhinocéros et d’hippopotames.

Au Niger, sur le site de Dabous, des gravures de girafes grandeur nature ont été réalisées durant cette même période humide, quand la région était une vaste savane. On y a aussi retrouvé des restes de bois pétrifié, preuve qu’une végétation arborée poussait là où s’étend aujourd’hui le sable.

Les ossements exhumés dans le sable racontent la même histoire que les gravures. Le corpus fossilifère daté de cette période comprend des ossements d’antilopes, crocodiles et girafes, de babouins, de rhinocéros, de poissons-chats, de tilapias, de bubales et hippopotames, de perches du Nil, de pélicans et de tortues. En Égypte, des restes de buffles d’Afrique, de hyènes tachetées, de gnous et de zèbres ont également été mis au jour. Ces trouvailles ne concernent pas une poignée de sites isolés : elles s’étendent sur l’ensemble du désert actuel. Difficile d’imaginer, en observant ces os fossilisés, que le sable ait un jour recouvert des rives peuplées d’hippopotames.

Des hommes qui pêchaient là où il n’y a plus une goutte d’eau

Ce climat plus clément a attiré des populations entières.

Cette période humide a permis une vaste implantation humaine au Sahara et dans les déserts d’Arabie par des populations initialement nomades d’éleveurs-chasseurs, cultivateurs d’abord occasionnels puis de plus en plus sédentaires. Au Niger, le site de Gobero révèle un ancien cimetière installé au bord d’un lac aujourd’hui disparu, avec des squelettes humains témoignant de cette vie lacustre. Les scènes de pêche gravées dans la roche, avec des personnages nageant ou lançant des filets, confirment que l’eau douce faisait partie du quotidien.

Des troupeaux de bovins, de chèvres et de moutons complètent le tableau. Les peuples du Sahara élevaient des bovins, des chèvres et des moutons, comme en témoignent les sites archéologiques et les peintures rupestres. Ce Sahara verdoyant ressemblait alors davantage à certaines régions actuelles du Sahel ou d’Afrique de l’Est qu’au désert que l’on connaît aujourd’hui.

Un basculement climatique piloté par l’orbite terrestre

Comment expliquer un tel renversement de décor ? La réponse tient à la mécanique céleste plutôt qu’à un simple hasard climatique. L’axe de rotation de la Terre oscille lentement selon un phénomène de précession, ce qui modifie la répartition saisonnière du rayonnement solaire reçu par l’hémisphère nord. Cette oscillation a renforcé puis affaibli la mousson africaine, déplaçant sa position et donc les précipitations qui verdissaient le Sahara.

Le sujet fait toujours débat parmi les chercheurs.

Plusieurs études fondées sur des carottes de sédiments marins montrent que la période humide africaine correspondait à un Sahara presque entièrement végétalisé, entrecoupé de nombreux lacs permanents, et que l’installation comme la fin de cette période humide furent très abruptes, se produisant en quelques décennies à quelques siècles, lorsque l’insolation estivale franchissait un seuil quasi identique dans les deux sens. D’autres travaux nuancent ce constat : une synthèse des reconstitutions hydrologiques à travers l’Afrique montre que la fin de la période humide fut localement abrupte, mais qu’elle est survenue progressivement plus tard aux basses latitudes. le désert n’a pas gagné partout au même rythme ni au même moment.

La bascule vers l’aridité s’est faite en cascade. Une fois la végétation raréfiée par le recul de la mousson, le sol nu a renvoyé davantage de lumière solaire vers l’atmosphère, un phénomène qui a lui-même accentué l’assèchement et accéléré le transport de poussière, verrouillant le climat dans sa version désertique actuelle. Ce mécanisme d’auto-renforcement explique pourquoi le basculement, une fois enclenché, n’a pas connu de retour en arrière durable.

Il reste que la trace la plus parlante de ce monde disparu n’est ni un modèle climatique ni une carotte sédimentaire, mais une paroi rocheuse gravée par des mains humaines il y a des millénaires, dans un lieu où Plus personne ne pourrait aujourd’hui croiser une girafe ou pêcher un poisson-chat.

Sources : theconversation.com | laterredufutur.com

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