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On rit pareil! : qu’est-ce qui fait rire les Canadiens?

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Entre accents, références culturelles et expériences personnelles, le rire devient à la fois un terrain commun et une façon de mieux comprendre l’autre au sein de la francophonie canadienne. C'est en cherchant une façon de « parler avec et de parler de la francophonie canadienne » que Morgane Lemée, chargée de projet multimédia au journal La Liberté, s’est arrêtée sur le thème de l’humour pour son balado On rit pareil!

À force de côtoyer l’écosystème humoristique franco-manitobain, notamment en assistant à des matchs de la Ligue d’improvisation du Manitoba (LIM), Morgane Lemée s'est rendu compte que les membres de la communauté franco-manitobaine ne riaient pas forcément de la même chose.

L'humour est source de rapprochement, de conflit, d’incompréhension.

On rit pareil! est un balado hebdomadaire qui a été lancé en partenariat avec la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.

Dans chacun des six épisodes du balado animé par l’humoriste acadienne Coco Belliveau, deux ou trois humoristes discutent de préoccupations communes, comme les accents ou des différences culturelles présents d’un océan à l’autre.

En parallèle, Boucar Diouf fait part de ses réflexions dans des capsules bonus intitulées Le moment Boucar.

Un épisode et une capsule sont mis en ligne en alternance, chaque lundi depuis le 27 avril dernier.

En analysant le contenu des épisodes, Morgane Lemée constate qu'il y a davantage de similitudes que de différences qui émergent au fil des discussions.

Je m’attendais à ce qu’il y ait un peu plus de barrières, d’exemples de chocs culturels ou de vocabulaire qui bloque, confie-t-elle.

Rire ensemble partout?

L’humour, pour susciter le rire, doit s’appuyer sur des références partagées, affirme Emmanuel Choquette, chercheur en communication à l’Université de Sherbrooke.

Il ajoute que chacune des communautés qui forment la francophonie a ses propres références culturelles.

Il cite l’humoriste Garihanna Jean-Louis : Le rire est universel, mais l’humour est culturel.

Les humoristes transgressent, ou traversent les cultures parce qu’ils utilisent des termes universels, explique M. Choquette. Il cite, par exemple, la famille comme thème rassembleur.

Pour Eric O’Brien, un finissant anglo-québécois de l’École nationale de l’humour (ENH), son rapport à la langue française constitue ce thème rassembleur.

Il articule sa proposition créative autour de la tension entre son attachement profond à la culture québécoise et le fait qu’il a été élevé en anglais. Tout en amour, précise-t-il.

Adapter sans se renier

Le partage de toutes les mêmes références n’est toutefois pas une condition sine qua non pour se retrouver autour de l’humour.

L’humour peut aussi être une porte d’entrée vers une culture, une réalité particulière.

Pour accrocher leur auditoire malgré la différence culturelle, les humoristes adaptent donc un peu leurs numéros pour y ajouter des références communes.

Emmanuel Choquette évoque également la notion de contrat humoristique, une idée selon laquelle il existe un contrat clair entre la personne qui fait la blague et celle qui la reçoit, ce qui nécessite de démontrer du respect envers son auditoire.

Un humoriste québécois peut se moquer d’une expression québécoise, mais pas forcément d’une expression franco-ontarienne ou franco-manitobaine, car le public local ne va pas lui accorder ce contrat-là, précise-t-il.

Les disparités peuvent d'ailleurs se présenter entre provinces, mais aussi au sein d’une même province.

Dans le premier épisode d’On rit pareil!, Louis-José Houde évoque la difficulté de faire rire au sujet de Tim Hortons à l'extérieur de Montréal.

C’est parce qu’on ne le consomme pas de la même façon à Montréal et ailleurs, explique Emmanuel Choquette.

À l’inverse, les humoristes d’une même province peuvent faire état de réalités très différentes en fonction de leur histoire personnelle.

Chacun à sa mosaïque personnelle, explique Louise Richer, la directrice générale de l’ENH.

Elle évoque, entre autres, l’humoriste franco-ontarienne Katherine Levac, qui a grandi sur une ferme et a fait un bac en études littéraires, soit des éléments qui font partie de son identité et de son appartenance à une communauté francophone minoritaire.

Selon Louise Richer, le public doit aussi s’adapter aux artistes. Elle cite l’exemple du duo Les Denis Drolet, dont l’humour absurde requiert une adaptation de la part du public.

Faire des compromis ne veut pas dire renier qui on est, dit-elle toutefois.

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