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On pensait que rien ne pouvait vivre à une telle profondeur: c'était sans compter sur le «ver du diable»

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On pourrait légitimement penser qu'aucune forme de vie ne peut subsister à 1,3 km sous nos pieds, là où la lumière du soleil ne se pose jamais et où la pression et la température augmentent drastiquement. Pourtant, des milliards de bactéries y prospèrent, offrant un repas de choix à un minuscule ver capable de se propulser le long de la roche grâce à des appendices buccaux.

Ce nématode, c'est Halicephalobus mephisto, également appelé «ver du diable». Bien que minuscule (à peine quelques centaines de micromètres), il domine cet écosystème lilliputien. Lorsqu'il meurt dans le film microbien qui recouvre la roche, son corps est consommé par les bactéries, alimentant ainsi un étrange cycle de vie souterrain.

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Avant les années 1980, les biologistes pensaient que la vie n'existait pas au-delà de 30 cm de profondeur, explique un article de la BBC. La détection de bactéries profondes, puis la découverte de ce ver en 2011, a bouleversé cette vision, démontrant que la vie animale peut prospérer sans énergie solaire ni atmosphère riche en oxygène.

L'histoire commence réellement au début des années 2000, lorsque le biologiste Gaetan Borgonie se demande si des nématodes peuvent exister dans les profondeurs. En 2008, son équipe explore la mine d'or de Beatrix en Afrique du Sud où elle filtre près de 6.000 litres d'eau à 1,3 km de profondeur. Un unique petit ver est capturé.

Pas d'accouplement, pas de problème

Ce ver, blessé lors de la filtration, était une femelle parthénogénétique capable de se reproduire seule. Avant de mourir, elle a pondu huit œufs viables, permettant aux scientifiques d'étudier ses descendants. Borgonie n'a jamais retrouvé un autre spécimen de cette espèce, rendant cette découverte d'autant plus exceptionnelle.

Les recherches ont révélé comment cet étrange animal pouvait survivre dans des conditions aussi extrêmes: il possède par exemple un nombre exceptionnellement élevé de gènes produisant des protéines de choc thermique pour résister aux températures les plus élevées.

La reproduction parthénogénétique du ver du diable constitue probablement une stratégie de survie cruciale dans cet environnement où les rencontres entre individus sont rares: une capacité à se reproduire sans accouplement qui compense l'isolement total des profondeurs terrestres.

Les microbes de la biosphère profonde représentent 12 à 20% de la biomasse microbienne totale de la Terre. Ces bactéries souterraines fournissent non seulement de la nourriture aux nématodes, mais produisent aussi de petites quantités d'oxygène et créent un environnement propice à des formes de vie plus complexes.

Ces écosystèmes souterrains pourraient prospérer discrètement sous nos pieds depuis des éons, certaines bactéries étant présentes depuis la fragmentation de la Pangée, il y a 165 millions d'années. L'existence de tels organismes extrêmophiles ouvre de nouvelles perspectives sur l'origine de la vie sur Terre, mais aussi sur la recherche de vie extraterrestre.

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