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On pensait que Paul Seixas devait sa force à l’entraînement : son préparateur physique pointe quelque chose qu’aucun stage ne peut donner

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Imaginez la scène : au sommet d’un col brûlé par le soleil de juillet, un gamin de dix-neuf ans distance des coureurs qui pourraient être ses grands frères. Paul Seixas, le prodige lyonnais, laisse chacun bouche bée. On a longtemps cru que cette insolence physique n’était qu’une question de travail forcené, de kilomètres avalés et de stages en altitude. Pourtant, son préparateur Arnaud Cornet pointe un ingrédient bien plus discret : une capacité aérobie en grande partie innée, que nul entraînement ne saurait fabriquer de toutes pièces.

Derrière chaque exploit de Seixas, un moteur qu’on ne voit pas travailler

À le voir grimper, on croirait un métronome qui aurait décidé d’ignorer la pesanteur. Seixas est déjà le plus jeune coureur engagé sur le Tour de France depuis 1937, et il a franchi la ligne de départ à dix-neuf ans et neuf mois. Cette année, lors de sa deuxième saison professionnelle, il a raflé le Tour du Pays basque, devenant le premier Français à s’imposer sur une course à étapes du World Tour depuis 2007. De quoi faire tourner les têtes.

Face à ces résultats, la tentation est grande de tout expliquer par la discipline. Le travail, encore le travail. Mais un moteur, aussi bien réglé soit-il, reste limité par sa cylindrée. Et c’est précisément là que se cache la clé. Christian Prudhomme, le patron du Tour, va jusqu’à le comparer à Bernard Hinault, affirmant n’avoir jamais vu un champion français comme ça depuis. Le dernier vainqueur tricolore de la Grande Boucle remonte tout de même à 1985.

La PMA décryptée : ce chiffre de cinq minutes qui change tout

Pour comprendre, il faut s’attarder sur trois lettres qui font frémir les physiologistes du sport : PMA, pour puissance maximale aérobie. C’est, en résumé, la puissance qu’un athlète peut soutenir pendant environ cinq minutes, lorsque son organisme consomme l’oxygène à plein régime. Une sorte de plafond de verre biologique. Plus il est haut, plus le coureur peut envoyer des watts sans s’asphyxier.

Pensez à une voiture : l’entraînement, c’est le pilote, la boîte de vitesses, l’aérodynamisme. Mais la PMA, elle, correspond à la taille du moteur. On peut affiner la conduite à l’infini, une petite cylindrée ne rivalisera jamais avec un gros bloc. Ce chiffre de cinq minutes explique pourquoi certains talents s’envolent quand d’autres, aussi travailleurs, plafonnent. Et Seixas, manifestement, dispose d’un moteur d’exception.

Arnaud Cornet lâche la vérité que personne n’ose dire aux jeunes talents

C’est ici qu’intervient le regard sans détour de son préparateur. Selon Arnaud Cornet, cette puissance maximale aérobie soutenue cinq minutes est essentiellement héritée, largement déterminée par la génétique. En clair : on naît en grande partie avec, ou sans. Voilà la vérité que peu osent formuler devant des adolescents rêvant de maillot jaune.

Cette révélation a quelque chose de vertigineux. Elle signifie qu’aucun stage, aussi intense soit-il, ne peut offrir à un coureur ce que la loterie biologique lui a refusé. On peut polir, optimiser, repousser des limites, mais le socle demeure. Seixas a donc reçu, à la naissance, une part de son avantage. Le reste, ce sont les années de sueur qui l’ont transformé en champion.

Ce que l’entraînement peut vraiment faire quand la nature a déjà tranché

Faut-il en conclure que l’entraînement ne sert à rien ? Bien au contraire. Si la nature fixe la cylindrée, c’est bel et bien le travail qui décide de la manière dont ce moteur exprime toute sa puissance. Endurance, seuil, récupération, gestion tactique : tout cela se cultive et fait souvent la différence entre deux athlètes pourtant équipés au départ de la même mécanique.

Le cyclisme a d’ailleurs vu son âge d’entrée dans l’élite chuter d’une décennie en vingt ans, sous l’effet de la détection précoce et de l’entraînement individualisé. Tadej Pogačar et Remco Evenepoel avaient tous deux vingt ans à leur premier grand tour. Warren Barguil estime qu’il deviendra de plus en plus normal de voir des juniors exploser à dix-neuf ou vingt ans. La science affine désormais les talents comme jamais, sans jamais pouvoir en inventer la matière première.

Alors, en observant Seixas écraser les pentes cet été, souvenons-nous que son talent tient à un équilibre subtil : un héritage biologique rare, sublimé par un travail méthodique. La vraie question, désormais, est peut-être ailleurs : jusqu’où un moteur d’exception, confié aux meilleurs ingénieurs de la performance, peut-il repousser les frontières du cyclisme mondial ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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