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On pensait que le Débarquement n’avait laissé ses dernières traces que dans les musées : en 2024, la mer au large de la Normandie a encore rendu 8 346 kg d’explosifs

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En 2024, 200 engins historiques ont été détruits dans la zone de la Manche et de la mer du Nord, ce qui représente 8 346 kilos de TNT. C’est le dernier bilan annuel chiffré sur lequel s’appuie cet article. Le titre parle de la Normandie, mais les chiffres officiels couvrent un espace plus vaste, sans ventilation par région, et il serait faux d’écrire que 200 engins gisaient sur les plages normandes.

130 découvertes ont été signalées, du Mont-Saint-Michel à la frontière belge.

À retenir

  • En 2024, 200 engins ont été détruits dans la Manche et la mer du Nord, pour 8 346 kg de TNT.
  • Le plus lourd des engins détruits au large de Cherbourg pesait 1 122 kg d’équivalent TNT.
  • Le centre de Caen compte quatorze démineurs pour quatre départements et consacre 95 % de son temps aux interventions.
  • Les estimations convergent vers au moins un siècle de déminage, peut-être plusieurs.

Sommaire

  1. Un tonnage en équivalent TNT, pas un poids de ferraille
  2. Six bilans annuels, aucune pente régulière
  3. De Courseulles-sur-Mer au large de Cherbourg
  4. À terre, 14 démineurs et un chantier sans date de fin

Un tonnage en équivalent TNT, pas un poids de ferraille

Le chiffre mesure une puissance explosive, pas la masse des objets. À Octeville-sur-Mer (Seine-Maritime), le 28 mai 2024, un seul obus de 270 mm représentait 60 kg d’équivalent TNT. Les autorités ont tracé autour de lui un périmètre de sécurité de 950 m. Cette opération a été menée par les plongeurs-démineurs de la Marine nationale.

Ces plongeurs appartiennent au groupe de plongeurs-démineurs (GPD) de la Manche, créé en avril 1959 et basé à Cherbourg-en-Cotentin. Leur bâtiment, le Vulcain, y est en service depuis le 11 octobre 1986. En mer, les chasseurs de mines tripartites prennent le relais pour les cibles plus profondes ou plus lourdes. L’ensemble couvre 870 km de littoral, une longueur comparable à celle d’un trajet Paris-Marseille par la route.

Six bilans annuels, aucune pente régulière

Les chiffres de la préfecture maritime refusent le récit d’une décrue tranquille. En 2019, la Manche et la mer du Nord ont totalisé 1 786 engins pour 19 100 kg de TNT. L’année suivante, il n’y en a eu que 489, mais ils représentaient 33 947 kg. Puis 420 engins en 2021 pour 11 468 kg, et 1 007 en 2022 pour 15 675 kg.

Le calcul fait ressortir un écart frappant: environ 70 kg d’équivalent TNT par engin en 2020, contre environ 11 kg en 2019. Quelques pièces massives suffisent à faire exploser le tonnage.

2020 reste la pire année en tonnage de la série.

Viennent ensuite 2023, avec 252 engins et 11 727 kg (chiffres publiés par la préfecture maritime le 9 avril 2024), puis 2024, avec 200 engins et 8 346 kg. Ce dernier millésime est le plus bas des six années, en nombre comme en tonnage. La préfecture maritime liste désormais un bilan 2025 sur son site, mais ses chiffres de munitions n’ont pas pu être vérifiés ici, et 2024 reste donc la référence retenue.

Un seul facteur est connu pour faire varier les découvertes d’une année à l’autre: les tempêtes et les grandes marées, qui remuent les fonds et dégagent l’estran. L’automne, saison des coups de vent et des forts coefficients, est donc une période propice aux trouvailles.

De Courseulles-sur-Mer au large de Cherbourg

Les opérations les plus modestes passent presque inaperçues. Le 7 mars 2025, deux engins ont été détruits à Courseulles-sur-Mer (Calvados), pour 4,62 kg d’équivalent TNT au total. À l’échelle des bilans annuels, c’est une goutte d’eau.

À l’autre extrémité, en mai 2023, les moyens de la Marine nationale ont contreminé 83 munitions sur un même site, soit 3,6 tonnes d’équivalent TNT. Cela représente plus de 40 % du total détruit sur toute l’année 2024. Au large de Cherbourg, une seule munition atteignait 1 122 kg d’équivalent TNT, soit environ 13 % de ce même total annuel.

Le contreminage consiste à détruire sur place les engins que l’on ne peut ni déplacer ni désamorcer sans risque, en les faisant exploser de manière contrôlée. Il s’applique surtout en mer, où le transport serait un pari inutile. C’est aussi ce qui rend ces chantiers peu visibles: personne n’assiste à une détonation sous 20 ou 30 m d’eau.

À terre, 14 démineurs et un chantier sans date de fin

Sur le continent, le relais est tenu par les démineurs de la Sécurité civile. Le centre interdépartemental de Caen compte quatorze démineurs pour la Manche, l’Orne, le Calvados et la Seine-Maritime. Son chef, le commandant Stéphane, estimait le 5 juin 2026 que le centre traitait entre douze et quinze tonnes de munitions par an, et que 95 % de son temps allait à ces interventions.

La répartition des tâches est claire. Le centre fait une partie des plages, le reste revient aux plongeurs démineurs de Cherbourg. Pour le reste, il se déplace chez des particuliers qui trouvent un obus en jardinant, ou sur des chantiers de travaux.

À l’échelle du pays, entre 480 et 520 tonnes de munitions sont traitées tous les ans, un volume à peu près constant. Un ancien chef du centre de Caen, cité par la Sécurité civile pour le 80e anniversaire du Débarquement, évoquait 15 à 25 tonnes par an pour son secteur, un écart qui rappelle que ces volumes bougent d’une année et d’une source à l’autre.

Le 24 septembre 2026, la routine a donné lieu à une opération spectaculaire. Les démineurs du centre de Caen ont détruit plusieurs munitions, dont une bombe de 250 kg contenant plus de 120 kg de charge explosive. Il s’agissait d’une bombe d’aviation américaine, détruite près de Caen. Le commandant Stéphane rappelle que ces bombes peuvent aller jusqu’à 500 kilos, voire une tonne.

Combien de temps durera ce travail ? Personne ne peut chiffrer précisément ce qui reste sous les fonds et dans les sols. France 3 parlait en juin 2024 d’environ un siècle, sans source nommée. Le GPD Manche évoquait, lui, en 2019, « des centaines d’années ». Les estimations citées dans la presse convergent donc vers au moins un siècle, peut-être plusieurs.

Pour le promeneur qui croise un objet suspect sur l’estran après une tempête, les consignes diffusées par la préfecture de la Manche tiennent en trois gestes: ne pas y toucher, le baliser si c’est possible sans le déplacer, et faire alerter le déminage par la préfecture.

Sources : ici.fr | france3-regions.franceinfo.fr

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