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On pensait qu’un arbre se construisait avec la terre de la forêt : plus de 90 % de la masse d’un tronc vient d’ailleurs

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J’ai suffisamment d’éléments. Rédaction de l’article.

Un chêne adulte peut peser vingt tonnes. Racines, tronc, branches, feuillage : une masse colossale accumulée en un siècle ou deux. Et pourtant, si l’on pesait le sol avant et après cette croissance, on ne trouverait quasiment aucune différence. La terre n’a presque rien donné. Le bois n’est pas fait de terre. Il est fait d’air.

Cette réalité, largement documentée par la biologie végétale, contredit une intuition installée depuis l’école primaire : celle d’une plante qui « se nourrit » du sol comme nous nous nourrissons d’une assiette. Cette idée bouscule une intuition installée depuis l’école primaire, celle de la plante qui « se nourrit » du sol comme nous nous nourrissons d’une assiette. En réalité, l’essentiel de la matière sèche d’un arbre provient du dioxyde de carbone capté dans l’atmosphère par les feuilles, puis transformé grâce à l’énergie lumineuse. Le physicien Richard Feynman avait résumé cette idée d’une formule restée célèbre : les arbres, disait-il en substance, sortent littéralement de l’air.

À retenir

  • Un chêne adulte pèse vingt tonnes, mais le sol autour de lui ne perd presque rien de sa masse
  • Les feuilles sont la véritable usine : elles capturent le CO2 de l’air et le transforment en bois
  • À l’échelle d’une forêt entière, ce mécanisme devient un système planétaire de régulation du climat

Sommaire

  1. Le sol ne fournit presque rien à la charpente de l’arbre
  2. Le vrai chantier se joue dans les feuilles
  3. Une mécanique qui se compte à l’échelle des forêts entières

Le sol ne fournit presque rien à la charpente de l’arbre

Alors à quoi sert le sol, si ce n’est pas lui qui construit le tronc ? Il fournit l’eau, sans laquelle la photosynthèse ne démarre pas, ainsi qu’une poignée de minéraux (azote, phosphore, potassium) nécessaires en quantités infimes. Ces éléments jouent un rôle de catalyseurs et de régulateurs biologiques, un peu comme les vitamines dans notre propre alimentation : indispensables, mais négligeables en poids face à l’ensemble de la structure.

Le sol fournit l’eau et quelques minéraux indispensables, mais en quantité dérisoire comparée à ce que l’arbre prélève dans l’air qui nous entoure. C’est justement ce paradoxe qui a longtemps intrigué les scientifiques : selon Michigan State University Extension, les problèmes surgissent typiquement quand on demande d’expliquer pourquoi il n’y a pas un grand trou autour d’un arbre. Si l’arbre utilisait le sol, il devrait y avoir moins de sol autour de lui. Mais les études montrent qu’il n’y a quasiment aucune différence dans la quantité de terre d’un pot avant et après la croissance de la plante. Un constat simple, presque enfantin dans sa logique, mais qui suffit à démonter des siècles d’intuition erronée.

Le vrai chantier se joue dans les feuilles

La véritable usine de construction du tronc, c’est la feuille. Chaque feuille capte le dioxyde de carbone présent dans l’air ambiant à travers de minuscules pores appelés stomates. Le processus commence quand le dioxyde de carbone entre dans le tissu foliaire par ces pores microscopiques. À l’intérieur, les molécules de chlorophylle dans le chloroplaste absorbent les photons, et cette lumière absorbée excite des électrons vers des états d’énergie supérieurs, initiant une chaîne de réactions. Ces réactions débouchent sur la fabrication de glucose, la brique de base à partir de laquelle tout le reste se construit.

Le glucose ne reste pas isolé : à partir du glucose, l’arbre construit davantage. Les unités de glucose se lient en cellulose, le long polymère qui forme la matrice structurelle des parois cellulaires végétales. La cellulose, associée à la lignine, constitue l’essentiel de ce que l’on appelle communément le bois. Le carbone qui la compose, capté molécule par molécule dans l’atmosphère, finit par représenter la quasi-totalité de la matière sèche de l’arbre, ce qui explique pourquoi les chiffres avancés dépassent régulièrement les 90 %.

L’eau, elle, n’est qu’un intermédiaire chimique, pas un matériau de construction à proprement parler. Un grand chêne peut pomper environ 100 gallons d’eau par jour chaud, mais l’eau est un réactif dans la photosynthèse, pas un matériau structurel : son hydrogène et son oxygène sont séparés et traités, l’oxygène étant relâché dans l’atmosphère tandis que l’hydrogène participe aux réactions biochimiques en aval. La colonne vertébrale moléculaire du bois n’est pas l’eau. l’arbre boit énormément, mais il ne se construit pas avec ce qu’il boit.

Une mécanique qui se compte à l’échelle des forêts entières

Le volume d’air traité par un seul arbre donne le vertige. Pour produire 1 m³ de bois, l’arbre extrait le dioxyde de carbone d’1 million de m³ d’air. Un chêne isolé n’absorbe pourtant qu’une quantité modeste chaque année, de l’ordre de 22 kilos de CO2 selon certaines estimations. À l’échelle individuelle, la performance semble presque anecdotique.

Mais multipliez ce chiffre par les milliards d’arbres d’une forêt tempérée, puis par des décennies de croissance ininterrompue, et le mécanisme change de dimension. Multiplié par une forêt entière, sur des décennies, cela devient un mécanisme planétaire de régulation du climat, littéralement construit brindille après brindille à partir de l’air ambiant. Chaque tronc, chaque branche, chaque racine devient alors une sorte d’archive solidifiée du carbone atmosphérique capté année après année, un peu comme les cernes d’un tronc racontent les saisons passées.

Cette mécanique n’est pas seulement une curiosité de manuel scolaire. Elle explique pourquoi la déforestation libère autant de carbone stocké depuis parfois des siècles, et pourquoi la reforestation, à condition de laisser le temps aux arbres de grandir, agit comme un puits de carbone naturel. La prochaine fois qu’un chêne centenaire se dressera sur votre chemin, une chose à retenir : ce tronc massif n’est presque pas sorti de la terre sous vos pieds. Il vient de l’air que vous respirez, capté feuille après feuille, génération après génération.

Sources : afsq.org | ecotree.green

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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