Des robots humanoïdes bipèdes, pilotés à distance par des chirurgiens, ont retiré la vésicule biliaire de porcs vivants anesthésiés. Une première mondiale, réalisée à l’Université de Californie à San Diego. Le plus troublant ? Il n’aura fallu que neuf mois pour passer de l’idée à cette opération réussie.
Ce que vous allez apprendre :
- Pourquoi des robots humanoïdes ont opéré là où les bras fixes du da Vinci régnaient jusqu’ici
- Comment une équipe est passée de zéro à une chirurgie réussie en seulement neuf mois
- En quoi cette technologie vise l’espace et les régions dépourvues de chirurgien
Une vésicule biliaire retirée par un robot qui tient debout
Le geste peut sembler banal pour un chirurgien : une cholécystectomie, c’est-à-dire l’ablation de la vésicule biliaire, réalisée par voie mini-invasive. Sauf qu’ici, ce ne sont pas des mains humaines qui tenaient les instruments. Une équipe d’ingénieurs et de chirurgiens de l’Université de Californie à San Diego a confié ce travail à des robots humanoïdes, sur des porcs vivants anesthésiés. Les résultats ont été publiés le 8 juillet dans la revue Nature, sous le titre « In vivo feasibility study of humanoid robots in surgery ».
La grande nouveauté tient à la nature même de ces machines. Jusqu’à présent, la chirurgie assistée par robot reposait sur des systèmes à bras fixes, dont le célèbre da Vinci : une console qui pilote trois ou quatre bras articulés, caméra 3D comprise. Ici, on parle de tout autre chose : des robots humanoïdes bipèdes, capables de tenir debout, en l’occurrence des Unitree G1 fabriqués en Chine et affectueusement surnommés « Surgie ». Les équipes ont dû concevoir des adaptateurs physiques pour que ces robots saisissent des instruments médicaux standards. C’est d’ailleurs la première fois qu’un robot réussit une opération en utilisant des outils pensés pour la main humaine.
Le protocole a été progressif. Avant d’approcher un être vivant, les machines ont été entraînées à la motricité fine sur des objets inanimés et des instruments chirurgicaux. Les essais du laboratoire couvraient sept procédures, de l’examen physique jusqu’à la chirurgie complexe. Lors de la première opération, un robot a retiré la vésicule avec un chirurgien présent à la table. Lors de la seconde, deux robots ont travaillé ensemble, sans assistant humain au chevet. Les Surgie étaient pilotés à distance par capture de mouvement, suivi des gestes, pédales et affichage stéréo.
Neuf mois contre plusieurs décennies : le calendrier qui interpelle
Crédit : © UCSD Jacobs School of Engineering/Flickr / CC BY 4.0C’est peut-être le détail le plus vertigineux de toute l’histoire. Le chercheur Shanglei Liu souligne que ce projet a pris seulement neuf mois, de la conception à la chirurgie sur porcs. À titre de comparaison, les premières plateformes robotiques classiques ont demandé plusieurs décennies pour arriver au même stade de maturité. Autant dire un raccourci saisissant.
Ce rythme laisse entrevoir une progression bien plus rapide qu’auparavant. Mais prudence : une faisabilité démontrée ne signifie pas un déploiement clinique. L’UC San Diego parle clairement d’un essai préclinique. Il n’y a, à ce stade, ni autonomie complète, ni validation réglementaire, ni le moindre usage chez l’humain. On mesure ici une possibilité technique, pas une révolution déjà installée dans nos blocs opératoires.
Ce qui bloque encore : collisions, latence et un saignement maîtrisé
Le tableau n’est pas parfait, et les chirurgiens ne cherchent pas à le cacher. Shanglei Liu évoque des limites qui rappellent les débuts de la chirurgie robotique moderne : collisions d’instruments, délai de signal (cette fameuse latence entre le geste du chirurgien et la réaction du robot) et besoin de repositionnement constant. Des contraintes bien connues des pionniers du secteur.
Les deux opérations ont néanmoins réussi. Un saignement mineur est survenu dans l’un des cas, mais il a été rapidement maîtrisé. Le chirurgien Ryan Broderick, qui pilotait le robot humanoïde, a décrit une sensation proche de celle éprouvée avec les robots commerciaux déjà utilisés. Autrement dit, la prise en main n’a rien d’un saut dans l’inconnu total pour un praticien expérimenté. On reste toutefois à un stade précoce et pleinement expérimental.
De la salle d’opération à l’orbite : l’horizon visé
Alors, pourquoi tant d’efforts pour faire opérer des humanoïdes bipèdes ? La réponse tient beaucoup à la polyvalence et au gabarit. Un système spécialisé comme le da Vinci pèse près d’une tonne et coûte plusieurs millions de dollars. Le Unitree G1, lui, affiche à peine 27 kg pour 1,50 m. Léger, compact, il pourrait se glisser là où les mastodontes n’entrent pas.
Shanglei Liu avance des pistes d’usage aussi variées qu’audacieuses : les zones rurales éloignées de tout hôpital, les champs de bataille, et même l’espace. Imaginez un robot pilotable à distance, capable d’assister une opération là où aucun chirurgien ne peut se rendre. Voilà le genre d’horizon que cette étude de faisabilité entrouvre.
Première mondiale, robots humanoïdes maniant des instruments humains, délai de développement record, limites techniques encore bien réelles : cette étude coche beaucoup de cases fascinantes sans jamais franchir la ligne des promesses intenables. Reste une question ouverte, presque philosophique : jusqu’où sommes-nous prêts à confier le scalpel à des machines qui tiennent debout comme nous ?


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