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Longtemps considérée comme une simple barrière protectrice, la peau abrite en réalité un écosystème composé de millions de microorganismes invisibles à l'œil nu : le microbiote cutané. Celui-ci comprend des bactéries bénéfiques (Staphylococcus epidermidis, Cutibacterium acnes, etc.), des champignons (comme Malassezia), des virus (notamment le papillomavirus) et des parasites (notamment des acariens) qui vivent en équilibre à la surface de notre épiderme.
Et cette harmonie est un gage de santé ! D'abord parce qu'en occupant la place à la surface de la peau et en sécrétant certaines molécules acides et antibactériennes (« bactériocines »), les microorganismes du microbiote empêchent les pathogènes de proliférer. Ensuite, parce que le microbiote cutané stimule les mécanismes de défense immunitaire de l'épiderme et de l'organisme et apaise les processus inflammatoires nocifs. On sait aujourd'hui que plus le microbiote de la peau est riche et diversifié, plus son efficacité contre les pathogènes est élevée et plus ses effets sur le système immunitaire sont bénéfiques.
Saine saleté
De plus en plus d'études montrent que le contact avec des éléments naturels, comme la terre et les plantes, est un moyen simple d'accroître la diversité microbienne de notre peau, ce qui profite non seulement à cette dernière, mais aussi à notre système immunitaire. En d'autres termes, se laver systématiquement les mains au retour d'une balade n'est pas forcément une bonne habitude.
L'écologue et chercheuse spécialisée dans les liens entre nature et santé à l'Institut finlandais de l'environnement Mira Grönroos l'a mis en évidence. Elle a demandé à des participants de se frotter les mains avec de la terre, de la tourbe et de la mousse pendant 20 secondes et a analysé les changements de leurs microbiotes cutanés.
Allergie : hypothèse hygiéniste ou théorie des vieux amis ?
Petite mise à jour dans le monde de l’allergologie : l’hypothèse hygiéniste défendue depuis 20 ans pour expliquer la résurgence des allergies pourrait être remplacée par une version plus moderne appelée « théorie des vieux amis ». Au lieu de considérer que le manque d’exposition à tous les microbes empêche le système immunitaire de fonctionner correctement, des scientifiques britanniques estiment que seules les bactéries qui coévoluent avec nous depuis des millénaires nous sont indispensables. Petites explications…... Lire la suite
Publiés en 2019 dans Microbiology Open, les résultats montrent que le contact avec des éléments naturels modifie temporairement le microbiote en améliorant de manière significative la diversité des microorganismes présents à la surface des mains, notamment les bactéries des phylums Acidobacteria, Actinobacteria, Bacteroidetes et Proteobacteria. Pour la chercheuse, cette approche pourrait être un jour utilisée pour traiter certains troubles immunitaires, comme les allergies ou la dermatite atopique.
En 2024, la chercheuse et son équipe ont publié dans Scientific Reports les résultats d'une autre étude montrant que le contact avec le sol module significativement le système immunitaire. Elle a demandé à 25 personnes de se frotter leurs mains trois fois par jour avec de la terre riche en microbes, et ce durant une période de deux semaines. À l'issue de la phase d'expérimentation, les participants ont reçu une vaccination contre le pneumocoque afin de provoquer une réaction du système immunitaire.
Résultats : non seulement le microbiote de la peau était modifié de manière importante, mais également les cellules immunitaires réagissaient davantage aux antigènes du vaccin (par rapport au groupe témoin qui n'avait pas frotté ses mains dans de la terre). Il semblait que le système immunitaire était davantage préparé à reconnaître et à réagir aux antigènes pneumococciques.
Plusieurs études menées dans des crèches montrent qu’en permettant aux enfants d’évoluer dans un environnement naturel, on favorise la diversité du microbiote cutané et la régulation du système immunitaire. © Irina, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)
Laisser les enfants se salir
Une autre étude est actuellement menée dans 43 crèches finlandaises participant au projet de recherche appelé Vahvistu, axé sur la renaturation des cours de maternelle et d'école. L'objectif : étudier l'impact de la biodiversité environnementale sur le système immunitaire, la santé et le bien-être des enfants.
Se laver les mains trop souvent peut-il rendre le système immunitaire plus faible ? Nous démêlons le vrai du faux entre hygiène essentielle et excès, en explorant l'impact sur le microbiote et la validité scientifique de la théorie de l'hygiène.... Lire la suite
Des aires de jeu boisées, comportant des buissons, des arbres, des bacs à sable sont ainsi mises à disposition des enfants qui sont invités à sauter dans les flaques d'eau, à construire des châteaux de sable ou encore à saisir la terre et les copeaux de bois à pleines mains. Les scientifiques vont analyser, durant trois années, les microbes présents sur la peau, dans la salive et dans les selles des enfants, ainsi que des échantillons de sang et de cheveux afin de mesurer l'évolution de leurs systèmes immunitaires.
L'idée est venue de travaux menés par Marja Roslund, une spécialiste en sciences de l'environnement, qui avait montré dans un article publié dans Environment International, que, par rapport aux enfants jouant dans une cour bétonnée, ceux qui avaient bénéficié d'un sol forestier présentaient une plus grande diversité microbienne cutanée un an plus tard, un facteur essentiel à la santé de la peau.
La chercheuse a également démontré dans une étude publiée dans Ecotoxicology and Environmental Safety, chez des enfants jouant dans un bac à sable enrichi avec une terre comportant des microbes variés, que le contact avec les éléments naturels module de manière bénéfique certains marqueurs d'inflammation appelés cytokines en favorisant l'immunorégulation, c'est-à-dire la capacité du système immunitaire à combattre les menaces, sans entrer en hyperactivité.
Lorsque votre enfant rate son « entraînement immunitaire », les allergies le menacent à vie...
Les allergies explosent chez les enfants, sans que la génétique seule puisse l’expliquer. Une étude récente suggère que notre environnement moderne, de plus en plus aseptisé, pourrait jouer un rôle clé dans ce phénomène.... Lire la suite
On soupçonne depuis longtemps que la perte de biodiversité dans notre environnement pourrait être à l'origine de la hausse actuelle des affections liées au système immunitaire ; les travaux de Marja Roslund pourraient aider à expliquer les mécanismes et les raisons de ce phénomène.


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