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On accuse le fromage depuis 40 ans : ce que 2 500 études disent de ses effets sur le cœur n’est ni le gras ni le sel

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Un plateau de fromages qui circule en fin de repas, une tranche de comté glissée dans la boîte à tartines des enfants, un morceau de roquefort qui accompagne une salade d’automne : le fromage fait tellement partie du quotidien qu’on a fini par oublier à quel point on le regarde de travers depuis des décennies. Trop gras, trop salé, mauvais pour les artères, voilà le procès qu’on lui intente presque sans jamais vérifier les pièces du dossier. Pourtant, une synthèse colossale rassemblant plus de 2 500 études vient bousculer cette idée reçue, et ce qu’elle révèle sur le lien entre fromage et santé cardiovasculaire n’a rien à voir avec ce qu’on nous répète depuis quarante ans.

À retenir

  • Une consommation modérée d’environ 40 g de fromage par jour est associée à une réduction du risque cardiovasculaire, notamment grâce à sa matrice alimentaire qui atténue l’impact des graisses saturées
  • Le calcium, la vitamine K2 et les bactéries lactiques issues de la fermentation contribuent à cet effet protecteur en agissant sur l’inflammation et la santé cardiaque
  • Les fromages fermentés comme le comté ou le camembert offrent les bénéfices les plus marqués, tandis que les fromages ultra-transformés ou consommés en excès n’apportent pas les mêmes avantages

Le fromage accusé depuis 40 ans, mais jamais vraiment jugé

Depuis les grandes campagnes de prévention cardiovasculaire des années 1980, le fromage traîne une réputation de mauvais élève. On lui reproche sa teneur en graisses saturées, son sel, sa richesse calorique, comme si chaque bouchée représentait une menace directe pour le cœur. Cette image s’est installée durablement dans les esprits, relayée par des recommandations nutritionnelles qui, à l’époque, se basaient surtout sur des hypothèses plutôt que sur des données solides et vérifiées sur le long terme.

Le problème, c’est que ce jugement s’est construit sur des raccourcis. On a assimilé la composition nutritionnelle du fromage à celle d’autres graisses animales, sans tenir compte de sa structure particulière ni de sa richesse en composés bénéfiques. Résultat, un aliment ancré dans la culture alimentaire européenne, notamment en France où l’on en consomme en moyenne 26 kilos par habitant et par an, s’est retrouvé accusé alors même que les pays qui en mangent le plus affichent parmi les taux de maladies cardiovasculaires les plus bas d’Europe occidentale. Un paradoxe qui méritait clairement d’être creusé.

Ce que révèlent 2 500 études quand on regarde enfin les vrais chiffres

Lorsqu’on compile l’ensemble des travaux disponibles sur le sujet, la tendance qui se dégage est étonnamment cohérente. Une consommation modérée et régulière, autour de 40 grammes de fromage par jour, soit à peu près l’équivalent de la consommation moyenne des Européens qui avoisine 49 grammes quotidiens, est associée à une réduction notable du risque cardiovasculaire. Certaines analyses portant sur plus de 30 000 participants évoquent une baisse d’environ 10 % du risque chez les consommateurs raisonnables.

D’autres travaux, encore plus vastes, vont plus loin. En combinant des dizaines de résultats portant au total sur près de 1,8 million de personnes, les chercheurs observent chez les plus gros consommateurs de fromage une réduction de 8 % du risque global de maladies cardiovasculaires, avec une baisse d’environ 3 % à chaque tranche supplémentaire de 30 grammes consommés par jour. Le lien se retrouve aussi du côté de la mortalité générale, puisque chaque portion supplémentaire de 30 grammes quotidiens serait liée à une diminution de 2 % du risque de décès toutes causes confondues. Des chiffres qui, mis bout à bout, dessinent une réalité bien différente du discours culpabilisant habituel.

Le vrai suspect n’est ni le gras ni le sel, mais la structure même du fromage

C’est là que l’histoire devient réellement intéressante. Contrairement à l’idée selon laquelle les graisses saturées seraient systématiquement néfastes pour les artères, les données actuelles montrent une association neutre, voire bénéfique, entre les produits laitiers riches en matières grasses et les maladies cardiovasculaires. Le fromage n’est donc pas jugé sur sa seule teneur en gras, mais sur la façon dont ce gras est intégré à sa matrice.

En réalité, le fromage forme ce que les spécialistes appellent une matrice alimentaire : un ensemble structuré où le calcium, les protéines, les graisses et les composés issus de la fermentation interagissent entre eux. Cette organisation modifierait la manière dont l’organisme absorbe et métabolise les lipides, atténuant leur impact négatif potentiel. Autrement dit, ce n’est pas tant ce que contient le fromage qui compte, mais la manière dont ses éléments sont assemblés et libérés lors de la digestion.

Calcium, fermentation et bactéries : le trio qui change tout dans l’organisme

Le fromage n’est pas qu’une source de graisses, loin de là. Il apporte aussi du calcium, des protéines, de la vitamine B12, de la riboflavine, du zinc et du phosphore. À lui seul, il peut couvrir jusqu’à 18 % des apports journaliers recommandés en calcium chez l’adulte, un minéral essentiel non seulement pour les os, mais aussi pour le bon fonctionnement du muscle cardiaque. Il constitue également une source intéressante de vitamine K2, impliquée à la fois dans la santé osseuse et dans la régulation cardiovasculaire.

À cela s’ajoute un acteur longtemps sous-estimé, le microbiote. Les bactéries lactiques présentes dans les fromages, en particulier ceux issus de fermentations complexes comme le camembert, le roquefort ou le comté, semblent jouer un rôle dans l’équilibre de la flore intestinale. Cet équilibre intestinal influence à son tour l’inflammation générale de l’organisme, un facteur aujourd’hui reconnu comme central dans le développement des maladies cardiovasculaires. Le fromage agirait donc sur le cœur par des voies bien plus subtiles que le simple calcul des graisses ingérées.

Pourquoi certains fromages protègent le cœur pendant que d’autres l’exposent

Tous les fromages ne se valent évidemment pas dans cette équation. Les bénéfices les plus marqués sont observés chez les consommateurs de fromages fermentés et de produits laitiers allégés en matières grasses. Une analyse portant sur 31 études de cohorte a d’ailleurs mis en évidence une réduction de 18 % du risque de maladies coronariennes et de 13 % du risque d’accidents vasculaires cérébraux chez les personnes qui en consommaient régulièrement.

Une grande étude suédoise, qui a suivi plus de 4 000 personnes âgées de 60 ans pendant seize années en moyenne, a montré que celles présentant des niveaux élevés d’acides gras d’origine laitière affichaient un risque cardiovasculaire plus faible que les autres. Un signal supplémentaire qui rejoint les observations menées sur près d’un million de personnes à travers différentes populations, confirmant qu’une consommation régulière de fromage, notamment fermenté, est associée à une baisse du risque d’AVC ischémique et de certaines formes de maladies coronariennes. À l’inverse, les fromages ultra-transformés, très salés ou consommés en excès dans le cadre d’une alimentation globalement déséquilibrée, ne bénéficient évidemment pas des mêmes vertus protectrices.

Fromage et santé cardiaque : ce que la science corrige enfin après 40 ans d’erreur

En croisant l’ensemble de ces données, un constat s’impose : le fromage a longtemps été jugé sur des critères trop simplistes, alors que sa relation avec la santé cardiovasculaire est bien plus nuancée et, dans bien des cas, plutôt favorable. La quantité joue un rôle clé, avec un optimum qui semble se situer autour de 40 grammes par jour, une portion somme toute raisonnable et proche de ce que consomment déjà de nombreux foyers français.

Ce réexamen scientifique ne doit pas pour autant transformer le fromage en aliment miracle à consommer sans limite. Il invite plutôt à sortir d’une vision binaire opposant bons et mauvais aliments, pour privilégier une lecture plus fine, tenant compte du type de fromage, de la fréquence de consommation et de l’ensemble du régime alimentaire. À l’heure où l’on retrouve les tablées familiales et les plateaux de fromages avec le retour de la rentrée et l’approche des soirées plus fraîches, cette mise au point tombe plutôt bien.

Au fond, ce que révèle cette masse d’études, c’est qu’un aliment traditionnel, mangé avec mesure et dans le cadre d’une alimentation variée, peut coexister sereinement avec la santé du cœur. De quoi reconsidérer, avec un peu moins de culpabilité et un peu plus de nuance, ce morceau de fromage qui accompagne si souvent nos repas.

Sources : Fondation pour la biodiversité fromagère,  Zhang M. et al., Advances in Nutrition, 2023 — Van Parys A. et al., ANSES

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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