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Noir et francophone : le défi de vivre pleinement son identité

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Être noir et francophone, comment vivre cette double identité en contexte minoritaire? À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, plusieurs membres de la communauté francophone de l'Île-du-Prince-Édouard témoignent de leurs réalités.

Encore aujourd’hui, des gens s’arrêtent à la couleur de peau d’Isabelle Dasylva-Gill. Et ce, malgré des années d’engagement en faveur de la communauté francophone.

Comme femme noire et francophone, j'ai encore des situations où les gens ont des jugements. Ça fait partie des malaises et des silences, confie la directrice générale de la SAF'Île, l’organisme porte-parole des francophones et des Acadiens de l'Île-du-Prince-Édouard.

Son constat est clair : une communauté minoritaire n'est pas immunisée contre le racisme.

Sur le papier, on parle beaucoup de diversité et d'inclusion. Mais, dans le quotidien, les conversations deviennent parfois un peu plus difficiles.

Elle évoque des cas de micro-agressions ou de discriminations, dont les gens n’osent pas forcément parler publiquement.

Si on n’en parle pas de façon explicite, ça ne veut pas dire qu'il [le racisme] n’existe pas, c'est juste qu'on est dans le déni, assure-t-elle.

Il y a une réelle volonté d’être plus inclusif

Isabelle Dasylva-Gill se mobilise donc plus que jamais pour que tous les francophones, quelle que soit leur couleur de peau et leur origine, se sentent inclus et représentés.

Il y a des efforts concrets qui sont faits pour s'assurer que les gens puissent retrouver un bout de leur identité au sein de la SAF'Île, souligne-t-elle. Il y a une réelle volonté d’être plus inclusif, mais il reste du travail à faire.

Elle évoque notamment la communauté francophone accueillante Bienvenue Évangeline ou encore les soirées multiculturelles qu’organise le Carrefour de l’Isle-Saint-Jean à Charlottetown.

Isabelle Dasylva-Gill pose pour la photo dans son bureau.

«À la fin de la journée, il y a quand même des choses positives qui se passent pour favoriser la diversité et l'inclusion», estime Isabelle Dasylva-Gill. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Isabelle Dasylva-Gill juge ces initiatives d’autant plus importantes à l’heure où le profil sociodémographique de la communauté francophone est de plus en plus divers, avec de nombreux nouveaux arrivants originaires d’Afrique subsaharienne.

Marie Laure Efoua Mbo, venue du Cameroun, fait partie de ces nouveaux visages de la communauté. Elle est arrivée dans la province en août 2025.

J’avais de petites appréhensions, des questions, comme : "Oh, est-ce que je serai vraiment acceptée vu la couleur de ma peau?". Mais j’ai été agréablement surprise, une fois arrivée ici, les gens étaient vraiment très ouverts, raconte la jeune femme.

Marie Laure Efoua Mbo

« Les gens ici me posent des questions, ils me mettent tellement à l’aise. Ils mettent tout en œuvre pour m’inclure », salue Marie Laure Efoua Mbo.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Les hiérarchies raciales demeurent encore très fortes

L’étudiant à l’Université de l'Île-du-Prince-Édouard, Malik Conté, témoigne lui aussi d’une belle ouverture à la diversité, depuis son arrivée dans la province en septembre 2024.

Avec un parent blanc et un parent noir, dont l'un a le français comme langue maternelle et l’autre l'anglais, il vit une multiplicité d’identités depuis toujours.

J'ai appris très jeune à naviguer entre mes différentes identités, entre mon identité noire, mes identités culturelles canadienne avec un héritage africain, mes identités linguistiques anglophone et francophone. C’est très fluide, explique-t-il.

Malik Conté

« L'Acadie est une culture très riche et il y a de belles intersections entre cette culture et l'histoire des Noirs », affirme l'étudiant Malik Conté, originaire du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Pour Leyla Sall, professeur de sociologie à l’Université de Moncton, les communautés noires ne sont néanmoins pas assez mises en avant au sein de la francophonie minoritaire.

Il y a quand même un nationalisme ethnique, qui fait que les hiérarchies raciales demeurent encore très fortes, que les discriminations raciales vont être accentuées.

Les organismes francophones acadiens ont fait des efforts pour devenir plus inclusifs. Mais la question de la race n'est pas souvent abordée, regrette-t-il.

En face, les différentes communautés noires, extrêmement diversifiées, tentent de se regrouper pour faire avancer les choses, selon le sociologue.

Fatigue mentale à l’égard du Mois de l'histoire des Noirs

À cet égard, Leyla Sall considère que le Mois de l’histoire des Noirs contribue à sensibiliser la population à la lutte contre le racisme.

Le sociologue observe toutefois qu'une certaine fatigue mentale s'installe vis-à-vis de ce mois de célébration, parce que les obstacles à la lutte contre le racisme systémique demeurent encore trop nombreux, qu’on ne voit pas beaucoup de progrès.

Leyla Sall.

Le sociologue Leyla Sall constate que le Mois de l'histoire des Noirs est davantage célébré côté anglophone que côté francophone. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Malik Conté insiste, lui, sur l’importance de poursuivre la conversation tout au long de l’année.

L'histoire des Noirs ne se limite pas à un mois, elle fait partie de notre histoire collective. C'est une identité qui se vit tous les jours de l'année.

Au niveau de la SAF'Île, Isabelle Dasylva-Gill aimerait nouer davantage de partenariats pérennes avec des organismes qui défendent la communauté noire insulaire, comme la Black Cultural Society de l'Île-du-Prince-Édouard.

En attendant, la mère de famille s’inquiète pour l’avenir de ses trois enfants.

Mes enfants qui sont blancs et noirs, qui s'identifient comme insulaires et puis qui sont nés en Acadie, qu'on leur dise un jour, toi t'es pas de l'île ou toi t'es pas acadien, confie-t-elle.

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