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Noémie Halioua : «La “nouvelle France” de LFI est le contraire de la République défendue par Marc Bloch»

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Suzanne Bloch, petite-fille de Marc Bloch, pose aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et de plusieurs élus LFI.

Suzanne Bloch, petite-fille de Marc Bloch, pose aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et de plusieurs élus LFI. Capture d'écran compte X @Manuel Bompard

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors qu’avait lieu ce mardi 23 juin, la cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch, des élus LFI et Jean-Luc Mélenchon se sont affichés aux côtés de la petite fille du résistant. L’essayiste dénonce un contresens historique et une instrumentalisation politique.

Noémie Halioua est journaliste et essayiste. Elle a notamment publié La terreur jusque sous nos draps (Plon, 2024).


Au soir du 23 juin 2026, alors que la canicule écrase la capitale et que le quartier latin est placé sous haute sécurité, la nation rend hommage une dernière fois à Marc Bloch et à son épouse, avant leur entrée définitive dans le temple des grands hommes.

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Ce soir-là, dans la grande nef, alors que des personnalités triées sur le volet se retrouvent après la cérémonie officielle, la petite-fille du résistant pose en photo, tout sourire, aux côtés d’une délégation de La France insoumise dont son chef de file, Jean-Luc Mélenchon. Publiée presque instantanément sur les réseaux sociaux par des élus du parti, la photographie est exhibée tel un brevet de respectabilité alors que s’ouvre la campagne présidentielle pour les élections de 2027. Plus qu’une instrumentalisation politique, ce cliché apparaît comme une profanation symbolique de la mémoire du résistant. «Voir les pires antisémites et antisionistes de gauche glorifier le capitaine Dreyfus et hier Marc Bloch m’écœure, résume le sénateur Roger Karoutchi. (…) Ils sont flatteurs à l’égard de Juifs morts il y a 100 ans ou 80 ans pour pouvoir se donner bonne conscience et débiter des horreurs aujourd’hui. Personne n’est dupe.», résume-t-il.

Car au-delà des sourires de circonstance, que révèle ce cliché ? D’abord, une proximité affichée entre l’héritière d’une mémoire patriotique et le chef de file d’un parti qui s’emploie avec insistance, depuis des années, à déconstruire le récit national. Sur ce que beaucoup ont baptisé la «photo de la honte», apparaît par exemple la députée LFI Danièle Obono. La même qui, en 2017, refusait de prononcer «Vive la France» mais qui défendait la liberté d’un artiste chantant «Nique la France». La France insoumise se présente comme le porte-voix de ce qu’elle appelle «La nouvelle France», c’est-à-dire une France hostile au modèle d’intégration promu par l’idéal républicain, en ce qu’il traduit la volonté de transformer, voire faire disparaître, l’héritage français.

Pour nombre de Français juifs, dont l’histoire a forgé une méfiance instinctive à l’égard de ceux qui les pointent du doigt, Jean-Luc Mélenchon incarne la personnalité politique la plus inquiétante pour leur sécurité.

Une vision aux antipodes des références patriotiques et républicaines auxquelles Marc Bloch demeura attaché toute sa vie. Lui qui insistait, dans L’Étrange Défaite : «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l’orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l’enthousiasme collectif suffit à les condamner.»

À lire aussi Pourquoi Marc Bloch entre-t-il au Panthéon ?

La photo traduit aussi un autre contresens historique. L’homme qui fut fusillé par la Gestapo se retrouve, plus de 80 ans après sa mort, associé à ceux qui alimentent chaque jour le feu antisémite en France. Sur ce fameux cliché apparaît donc, sourire aux lèvres, Jean-Luc Mélenchon. Quelques jours plus tôt encore, il accusait le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) d’avoir des ministres «aux ordres». Quelques semaines auparavant, il faisait rire son public en singeant la prononciation ashkénaze du nom d’«Epstein», comme s’il était indispensable de rappeler les origines du prédateur sexuel à la tête de l’un des plus vastes réseaux de trafic sexuel de son époque. Et les exemples sont nombreux : au point que la justice n’interdise pas désormais d’affirmer que son parti est «passionnément antisémite». Pour nombre de Français juifs, dont l’histoire a forgé une méfiance instinctive à l’égard de ceux qui les pointent du doigt, Jean-Luc Mélenchon incarne la personnalité politique la plus inquiétante pour leur sécurité. Comment dès lors comprendre cette association maléfique, sinon comme un contresens historique voire révisionniste ?

N’oublions pas les combats de Marc Bloch qui, alors que la collaboration triomphe, rédige son testament spirituel. Déchu de sa chaire, traqué parce que juif, bientôt engagé dans la Résistance jusqu’à son exécution par la Gestapo, il rappelle son attachement indéfectible à son pays et son amour de la vérité. «Je souhaiterais volontiers que, pour toute devise, on gravât sur ma pierre tombale ces simples mots : Dilexit veritatem», écrit-il. Deux mots latins qui disent : «Il aimait la vérité.» Aujourd’hui, la vérité impose de dire que Marc Bloch aurait probablement combattu La France insoumise.

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