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CHRONIQUE - La blanquette de veau est préparée aux ciseaux : il s’agit d’ouvrir le sachet en plastique dans lequel elle a été achetée
Déjeuner dominical dans un bistrot de quartier où l’on avait ses habitudes, mais qui entame un long déclin culinaire. Pas le choix : les autres dans les environs sont tous fermés.
« Bonjour, quel est le plat du jour ?
– C’est les coquillettes de risotto…
– Pardon ?
– Heu, je voulais dire le risotto de coquillettes.
– Merci bien. Je vais prendre la bavette, saignante.
– Vous voulez dire la pièce du boucher ? »
Car sur la carte, la bavette s’est miraculeusement transformée en « pièce du boucher ». C’est sans doute plus chic. Mais tous les morceaux de bœuf ne sont-ils pas des pièces de boucher ?
En attendant, le plat du jour a de quoi surprendre. Qui veut avaler un « risotto de coquillettes » ? Quoi qu’il en soit, lorsque le « chef » fait un risotto normal – cet accompagnement qui exige du temps et de la patience –, c’est avec du riz basmati trop cuit noyé dans un bouillon Kub. Voici où nous en sommes rendus. Il y a le sempiternel burger qui semble contenter tout le monde, et une entrecôte de moins d’un centimètre d’épaisseur. Adieu museau vinaigrette, rognons et bœuf bourguignon.
La blanquette de veau est préparée aux ciseaux : il s’agit d’ouvrir le sachet en plastique dans lequel elle a été achetée. Le cuisinier se prend pour un artiste : il s’agit d’innover à moindres frais, d’où les coquillettes. Parfois, il sert de l’osso-buco au curry vert. Il se voit en peintre. En dessert est proposé un « tiramisu aux spéculoos », rencontre improbable entre la Flandre et l’Italie. Bientôt dans vos assiettes : la tarte maison au Nutella.


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