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FIGAROX/TRIBUNE - L’Assemblée nationale a voté mercredi en troisième lecture en faveur de la proposition de loi sur l’aide à mourir, qui devrait être votée définitivement le 15 juillet. L’avocat, atteint d’un syndrome thalamique aigu, adresse une lettre ouverte aux députés pour leur demander de faire marche arrière.
François-Henri Briard est avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation.
Mesdames et Messieurs les députés,
C’est un malade souffrant qui vous parle, un malade vivant, mais atteint d’un syndrome thalamique aigu extrêmement douloureux, un malade dont le pronostic vital a été trois fois engagé, un malade qui demain pourrait remplir les conditions de l’article 4 du projet proposé à votre vote et accéder à ce dispositif.
Vous êtes désormais 63 à constituer cette courte majorité qui pourrait permettre l’adoption ou le rejet de ce texte relatif à l’aide à mourir. Ne commettez pas ce geste irréparable d’un vote favorable : les Français, croyant au Ciel ou n’y croyant pas, les patients, les soignants, les juristes vous le demandent. Ils vous supplient tout d’abord de ne pas basculer dans le vide anthropologique de la mort, de ne pas abandonner ce qui a fait la grandeur de l’humanité pendant des millénaires : tu ne tueras point. Ce précepte est absolu, partagé par toutes les religions et tous les univers culturels développés. Il protège les êtres humains, en particulier les plus faibles et les plus démunis, de la barbarie ; c’est sur lui, et lui seul, que repose l’universalisme français qui condamne la peine de mort, rappelé avec force par le président de la République. Comment la France peut-elle sombrer dans une telle contradiction ? La mort serait-elle à la fois élevée au sommet des interdictions et proclamée comme un droit fondamental ? Ils vous supplient ensuite de ne pas voter ce texte, au-delà des très nombreuses et graves imperfections dont il est atteint et sur lesquelles votre collègue le docteur Philippe Juvin a récemment attiré votre attention, au-delà de tous les abus auxquels il pourrait donner lieu, parce que la loi ne doit jamais instituer un droit de mort, en aucune façon. Toutes les lois modernes de notre pays, quelles que soient les majorités politiques, visent à protéger l’être humain vivant, sa dignité et son intégrité.
C’est pourquoi ces situations de fin de vie exigent, non pas l’isolement d’un être social par la mort, auto-administrée ou administrée comme le dit ce texte qui est proposé à votre vote, mais l’aide de l’autre, membre de la famille, ami, soignant, sa compassion, son humanité vivante.
François-Henri BriardLa Convention européenne des droits de l’homme, adoptée quelques années après l’horreur des crimes de la Seconde Guerre mondiale et dont l’autorité juridique s’impose à vous, vous le dit solennellement : le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. Le droit à la vie, qui conditionne tous les autres droits, doit être protégé par le législateur, pas un quelconque droit à la mort. Vous avez un devoir de protection de la vie. Enfin, avez-vous vraiment conscience des conséquences de votre vote à l’égard de vos compatriotes souffrants ? Sollicitez votre imagination quelques secondes. Avez-vous jamais expérimenté dans votre chair une souffrance paroxystique, permanente, réfractaire, qui hante vos jours et vos nuits, qui vous enferme dans une extrême solitude ? Avez-vous jamais, pendant des semaines et des mois, marché sur des morceaux de verre brûlants et ressenti une vibration électrique intolérable qui parcourt le corps en permanence ? Malgré la lutte acharnée, malgré le courage dont il est un devoir de faire preuve, malgré les traitements, malgré les soins, cette souffrance peut conduire celui ou celle qui en est atteint à désirer ardemment qu’elle cesse. Ce désir est légitime et connu de tout temps ; La Fontaine le dit dans la bouche du bûcheron accablé de souffrance, qui appelle la mort à l’aide : « le trépas vient tout guérir ». Toutefois, si ce désir de fin terrestre est humain, il est par nature fluctuant et il se retire toujours lorsque l’apaisement est donné, lorsque l’altérité se manifeste, lorsqu’une main se tend, lorsque la nuit de la douleur disparaît. Quand comprendrez-vous que la souffrance extrême abolit la liberté, cette fameuse liberté brandie devant vous pour vous convaincre de cette autonomie de la volonté de l’être en fin de vie ? La souffrance obscurcit toujours le discernement et cette prétendue liberté de vouloir mourir n’existe jamais. C’est pourquoi ces situations de fin de vie exigent, non pas l’isolement d’un être social par la mort, auto-administrée ou administrée comme le dit ce texte qui est proposé à votre vote, mais l’aide de l’autre, membre de la famille, ami, soignant, sa compassion, son humanité vivante.
À lire aussi Guillaume Tabard : « Sans consensus au Parlement sur l’aide à mourir, s’en remettre aux Français »
La loi Léonetti qui protège de l’obstination déraisonnable, organise la sédation profonde et donne au malade le droit de refuser un traitement, et la loi du 26 mai 2026, que vous avez votée pour assurer l’égalité de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs, tendent vers cette finalité de protection de la santé et de l’apaisement de la souffrance. La médecine moderne possède tous les moyens pour parvenir à cet apaisement. Ne votez pas pour la mort ; soyez les 63 qui ont choisi la Vie, permettez à vos compatriotes de connaître avec dignité, jusqu’au bout de leur chemin terrestre, ce que le professeur Robert Debré appelait « l’honneur de vivre ».


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