A première vue, l’idée surprend et même choque. Peut-on «dealer» avec le crime organisé? Peut-on conclure des trêves et même espérer à terme la transformation de gangs et d’organisations, qui vivent de la drogue, d’extorsion et de crimes, en mouvements sociaux? Cette politique de dialogue ne conduit-elle pas à légitimer le crime et à affaiblir l’Etat de droit? De la politique de «la main tendue» à celle de «la main de fer», l’Amérique latine teste les différentes approches.
L’année dernière, un réseau de narcotrafiquants en France a annoncé sur des réseaux sociaux son intention d’offrir des fournitures scolaires dans un quartier de la ville d’Orange, juste avant la rentrée des classes. Un arrêté préfectoral a interdit l’événement, mais témoigne du danger «d’une gouvernance criminelle» qui viendrait à remplacer celle de l’Etat, prévient Paolo Campana, professeur de criminologie à l’Université de Cambridge. Selon une étude de l’ONU,entre 2021 et 2025, le crime organisé a tué autant que tous les conflits armés. Il a rapporté aussi plusieurs centaines de milliards de francs à ses auteurs – de 1,5% à 4% du PIB mondial. Ses effets sont délétères: il déstabilise les pays, augmente l’insécurité et amplifie les conflits armés déjà existants, d’autant que les évolutions technologiques, la mondialisation et les réseaux financiers transnationaux renforcent l’imbrication d’une partie des élites politiques et économiques avec des activités illicites.


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