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La dernière ligne droite de la campagne des élections municipales, dont le second tour a lieu ce dimanche, est marquée par une multiplication d’incidents visant des candidats, mais aussi leurs équipes. Ce qui est révélateur d’un durcissement du climat politique.
Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 07:00 - Temps de lecture :
La fin de la campagne des municipales n’avait sans doute jamais atteint un tel niveau de tension. Entre insultes, attaques personnelles, rumeurs, fausses informations et même agressions physiques visant militants et colistiers, le climat apparaît particulièrement explosif.
À Paris, la situation est d’autant plus électrique que les deux principaux candidats sont au coude-à-coude. Emmanuel Grégoire a ainsi accusé Rachida Dati, d’être « devenue la candidate de l’extrême droite » depuis le retrait de Sarah Knafo (Reconquête !). Tout en affirmant qu’Emmanuel Macron était intervenu pour « aider au retrait » de cette dernière. De son côté, Rachida Dati aurait traité Emmanuel Grégoire de « connard » après le débat télévisé de jeudi, selon les déclarations de ce dernier. Ce dont s’est défendue l’ancienne ministre de la Culture. Cette semaine, la diffusion de la vidéo du maire LR d’Arcachon, Yves Foulon, insultant et menaçant son principal opposant dimanche avant sa réélection, a aussi marqué les esprits.
« Brutalisation de la vie politique »
Si les campagnes municipales ont souvent été offensives, particulièrement à l’approche du second tour, le niveau d’agressivité semble cette fois franchir un cap. Pour le politologue Pascal Perrineau, cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large : « Depuis deux ans, on assiste à la brutalisation de la vie politique en particulier à l’Assemblée nationale, notamment avec des députés LFI qui usent souvent de la violence verbale. Cela rejaillit sur les campagnes électorales : les adversaires sont traités comme des ennemis qu’on cherche à disqualifier ».
Le changement de mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille jouerait également un rôle, selon Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste en communication politique et enseignant à Sciences Po Paris : « On a présidentialisé les élections municipales en leur donnant une dimension nationale dans ces grandes villes. Du coup, ça exacerbe l’agressivité, les affrontements personnels et les haines ».
Des candidats parfois agressés par les citoyens
Il n’y a pas qu’entre les candidats que le ton monte. Ces derniers ont aussi été la cible d’attaques de la part de militants ou de citoyens. Comme François Piquemal, candidat LFI à Toulouse, qui s’est fait huer jeudi lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes des attentats de mars 2012 dans la Ville rose. « On a été menacés de mort, insultés », a-t-il déclaré ce vendredi, en indiquant qu’il comptait déposer plainte.
À Roubaix, le maire sortant Alexandre Garcin (divers droite) a déposé plainte après qu’une voiture a, selon lui, tenté de le percuter mercredi, sans pouvoir préciser si cet acte est lié aux municipales. « L’agressivité contre les représentants politiques est devenue fréquente en raison d’une défiance croissante des citoyens et des frustrations individuelles », estime Philippe Moreau-Chevrolet. « Certains citoyens ressentent une hostilité à leur égard, même parfois de haine », renchérit Pascal Perrineau.
Les alliances conclues en vue du second tour ont aussi exacerbé l’agacement de certains électeurs. « LFI était présenté comme un parti infréquentable et une semaine plus tard des accords sont conclus avec certains de ses candidats. Ce qui a fait perdre tout crédit à la parole politique. Cela exaspère les électeurs », constate Pascal Perrineau. « La rupture de cohérence, c’est vraiment ce que détestent le plus les électeurs », abonde Philippe Moreau-Chevrolet.
Un climat qui pourrait influer sur la participation ?
Les équipes de campagne ne sont pas épargnées par la violence. La permanence de campagne du candidat LR Foulques Chombart de Lauwe, à Nantes (Loire-Atlantique), a été vandalisée par des individus cagoulés ce jeudi soir. Bertrand Serp, colistier de Jean-Luc Moudenc, maire sortant (DVD) de Toulouse, a raconté sur X avoir été victime « d’une a gression à caractère homophobe » alors qu’il tractait.
Reste à savoir si cette escalade peut faire pencher la balance pour un camp. Pascal Perrineau n’y croit pas. « Une majorité de Français ne sont pas du tout d’accord avec cette libération de la violence physique ou de la violence symbolique sur la scène politique », estime-t-il. Ce climat pourrait-il encourager certains électeurs à s’abstenir pour ne pas avoir l’impression de participer à une foire d’empoigne ? « Ils peuvent se détourner des urnes parce qu’ils trouvent un candidat trop mou ou alors au contraire trop agressif. D’où l’importance du bon dosage », insiste Philippe Moreau-Chevrolet.


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