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Un vote municipal à un an de l’élection présidentielle n’est politiquement pas neutre. Les habitants des quelque 35 000 communes qui se rendront aux urnes dimanche prochain pour le premier tour des élections municipales, choisiront leur maire. Mais leur vote aura forcément une incidence sur la campagne présidentielle, qui accélérera dès le second tour passé. La campagne municipale rentre donc dans sa dernière semaine, et elle sera déterminante. La force politique considérée comme gagnante aura le vent dans le dos, treize mois tout juste avant le premier tour de la présidentielle. « C’est un vote local mais avec une interprétation nationale », résume François Hollande.
Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN) et probable candidat pour son parti ne dit pas autre chose pour ces municipales : « Vous aurez l’occasion d’exprimer le rejet de la politique d’Emmanuel Macron, et de dire votre volonté de changement. L’alternance commence maintenant », dit-il dans un message posté sur ses réseaux sociaux. Si le RN gagne au soir du 22 mars, des villes en plus de celles où il apparaît comme favori (Menton, Toulon, etc.), qu’il bat la gauche à Marseille, et que son allié Eric Ciotti remporte Nice , cela apparaîtra comme une poussée de l’extrême droite.
« Ces municipales se résument à trois sujets : l’évolution du RN, le maintien ou pas des villes écologistes, le gagnant de Paris », assure une ministre du gouvernement Lecornu. En 2020 une vague verte avait fait basculer plusieurs grandes villes, parfois à la surprise générale. Quel avenir pour Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Besançon, Poitiers, etc. ? Si les écolos devaient perdre plusieurs villes , Marine Tondelier serait sans doute affaiblie, y compris dans son propre camp.
À gauche, objectif victoire
« Les municipales vont fixer le rapport de force à gauche à un an de la présidentielle », admet Pierre Jouvet, numéro 2 du PS. Le parti à la rose, qui a organisé une grande convention sur les municipales en février, a de grandes ambitions : être considéré comme la force politique gagnante de ces scrutins. Pour cela le PS devra garder Paris et Marseille, ses principales grandes villes (Nantes, Rennes, Lille…) et gagner à Toulouse , Saint-Étienne, Limoges ou Amiens.
Il devra surtout gagner sans accord avec La France insoumise. Le mouvement créé par Jean-Luc Mélenchon, dans la tourmente depuis la mort à Lyon du militant identitaire Quentin Deranque, sera décisif dans plusieurs grandes villes. Ces élections sont surtout l’opportunité pour les insoumis d’élargir leur nombre d’élus locaux pour avoir un groupe au Sénat après les sénatoriales de septembre.
Retour de la droite ?
Au centre de l’échiquier politique, le sort d’Édouard Philippe au Havre sera scruté. Gagner largement le conforterait par rapport à Gabriel Attal qui le talonne dans les sondages pour 2027, mais dont le parti est très peu présent en première ligne pour ces scrutins. À droite, Bruno Retailleau président les Républicains (LR) ne parle plus de « vague bleue ». Son parti pourrait perdre la seule grande ville qu’il gère (Nîmes), mais espère se maintenir dans les villes moyennes dont beaucoup sont acquises à la droite. Mais le nouveau candidat à la présidentielle a besoin d’afficher des conquêtes pour se légitimer.
Pour cela, il compte sur Rachida Dati, qui bien que passée par la macronie, a le soutient de LR. Le parti qui gagnera Paris imprimera pour beaucoup le récit de ses municipales. Si Rachida Dati parvient à redonner à la droite la capitale perdue il y a 25 ans, Bruno Retailleau pourra développer le narratif d’une victoire de la droite, elle qui n’en a pas connu depuis longtemps.
Les batailles à suivre
À Paris
L’ex premier adjoint d’Anne Hidalgo Emmanuel Grégoire (PS) a fait l’union de la gauche (hors LFI) derrière lui et affrontera Rachida Dati (LR, MoDem) qui a le soutien d’une partie du parti présidentiel. Le candidat Horizons, soutenu par Renaissance, Pierre-Yves Bournazel refuse de choisir entre les deux. Un deuxième tour à cinq candidats, avec Sarah Knafo (Reconquête !) et Sophia Chikirou (La France insoumise), n’est pas à exclure et rend l’élection parisienne très incertaine.
À Grenoble
Une page va se tourner puisque le maire écologiste Éric Piolle, élu depuis 2014, ne se représente pas. Désignée pour lui succéder, la cheffe d’entreprise Laurence Ruffin, sœur du député François Ruffin, fait encore figure de favorite. Mais la gauche part divisée et son duel, annoncé, face à l’ancien maire Alain Carignon (LR), qui a été rejoint par l’ex-candidat Renaissance, pourrait être plus indécis qu’envisagé.
À Avignon
La socialiste Cécile Helle ne brigue pas un troisième mandat. La course à sa succession pourrait se résumer à un match à trois entre la liste de gauche (sans LFI, le PCF et Génération. s) de David Fournier, la candidate RN Anne-Sophie Rigault et le nouveau venu, l’ex-présentateur du JT Olivier Galzi, candidat sans étiquette mais largement soutenu à droite et au centre.
À Lyon
On s’attend à un duel entre Jean-Michel Aulas (soutenu par la droite et le centre) et Grégory Doucet (EELV), l’actuel maire, pour le second tour. Un duel qui pourrait être perturbé par Alexandre Dupalais (UDR-RN). Si l’extrême droite n’a jamais été en mesure de se maintenir au second tour dans la capitale des Gaules, ce pourrait être le cas le 15 mars prochain au soir.
Dans cette hypothèse, l’ancien président de l’OL ne disposerait que de très peu de réserve de voix. Et dans le scénario d’une triangulaire – plus probable qu’une quadrangulaire avec LFI - le maire écologiste sortant, qui termine très fort sa campagne, pourrait bien in fine sauver son fauteuil.
À Saint-Étienne
Huit listes sont en lice pour succéder à Gaël Perdriau, maire condamné pour un chantage à la sextape et désormais inéligible. Quatre listes se revendiquent de la droite ou du centre, ce qui fait de Régis Juanico, le candidat PS qui a le soutien des écologistes et des communistes, le favori du scrutin.
À Strasbourg, la gauche divisée
Strasbourg fait partie des villes conquises par les écologistes à la faveur de la vague verte de 2020. Et comme plusieurs de ses homologues, la maire sortante Jeanne Barseghian est en difficulté dans les sondages. Elle est devancée par l’ancienne maire et ministre Catherine Trautmann (PS) qui est donnée favorite du premier tour. Jeanne Barseghian rassemble sur sa liste onze formations de gauche mais se trouve fragilisée par une liste LFI qui, comme celle du RN, vise une qualification au second tour. Le candidat LR Jean-Philippe Vetter se tient en embuscade face à une gauche divisée.
À Marseille
Le maire de gauche Benoît Payan affronte un RN puissant, en mesure de conquérir la deuxième ville de France grâce à Franck Allisio. Cet ancien membre de l’UMP (devenu LR) n’effraye pas la droite locale représentée dans ce scrutin par la présidente de la Métropole Martine Vassal (LR, Horizons, Renaissance). Tout se jouera dans l’entre-deux tours avec les accords ou les désistements. Que fera Martine Vassal à droite et surtout Sébastien Delogu (LFI) ? Ce dernier, en cas de maintien, favoriserait l’élection du RN.
À Toulouse
L’enjeu est de savoir si la Ville rose, qui vote à gauche mais choisit des maires de droite, va changer de bord. Jean-Luc Moudenc, maire depuis 2014 (ex LR) a face à lui le socialiste François Briançon qui aura besoin des voix des électeurs insoumis dans une ville où LFI fait 37 % à la présidentielle. Y aura-t-il un accord local avec le député François Piquemal ? Réponse dans l’entre-deux tours.
À Nice
Christian Estrosi (Horizons) et Eric Ciotti, l’ancien président LR devenu l’allié du RN avec son parti (UDR) se livrent une guerre fratricide dans une ville qui a voté à plus de 40 % extrême droite aux Européennes. Dans cette ville très à droite, c’est paradoxalement la gauche qui a la clé : il faudrait que les deux listes de gauche se désistent au nom du front républicain. À cette heure, elles refusent cette éventualité.
À Bordeaux
L’écologiste Pierre Hurmic, élu en 2020 et soutenu par le PS, est challengé par deux listes de centre droit. Celle du député et ancien ministre Thomas Cazenave et celle de l’économiste et universitaire Philippe Dessertine, qui fait figure de troisième homme, et dont la candidature est en dynamique. La question de leur rassemblement au second tour sera déterminante.
À Besançon
Dans la cité de Victor Hugo, deux visions diamétralement opposées et irréconciliables s’affronteront. À gauche, Anne Vignot, maire écologiste sortante, qui souhaite poursuivre le travail entrepris depuis 2020. Son objectif : « Empêcher que la maison brûle et garantir un avenir prospère tout en répondant aux besoins du quotidien». Son rival, le membre des Républicains Ludovic Fagaut, a de son côté une tout autre vision de la ville et répète à l’envi : « Je serai le maire de la sécurité ». Au moment de glisser leur bulletin dans l’urne, les Bisontins ne choisiront pas seulement un candidat mais une philosophie de vie.


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