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Les protestations de centaines de personnes ont eu raison d’une demande de lotissement en vue d’un projet de centre de données sur un ancien site sidérurgique de Hamilton. Le comité de dérogation de la Ville a rejeté jeudi la demande du promoteur visant à diviser le terrain sur lequel l’entreprise envisage d’implanter l’installation.
Après de nombreuses années, je n’ai jamais vu une telle mobilisation du public, confirme Robert Reid, membre du comité.
Avant la réunion houleuse, des slogans tels que À bas l’IA! ont retenti dans la salle du conseil municipal de Hamilton, tandis que des dizaines de personnes remplissaient la tribune du public et qu’une centaine patientait dans les couloirs.

Tandis que des dizaines de personnes remplissaient la tribune du public, une centaine d'autres patientait dans les couloirs.
Photo : Radio-Canada / Alexis Raymon
Cette mobilisation fait écho à une pétition lancée par une résidente du secteur, Jesse Whattam, qui réclamait une consultation publique plus approfondie. Sa pétition dénonçait notamment la frénésie de construction de centres de données d’intelligence artificielle (IA), alimentée par la cupidité à courte vue des milliardaires de la tech et le fait que les citoyens ordinaires n’ont actuellement pas voix au chapitre.
Pendant plus de huit heures, des dizaines de citoyens se sont adressés au comité de dérogation chargé de déterminer si la société de développement Slate Asset Management pouvait diviser en deux un terrain d’environ 324 hectares lui appartenant.
Dans sa demande, Slate mentionnait que la plus petite parcelle de terrain pourrait être utilisée pour des centres de données d’entreprises à très grande échelle.
La construction potentielle d’un centre de données suscite une vive opposition de la part de la communauté. Les services municipaux indiquent que 1688 personnes ont soumis des commentaires sur la demande de lotissement, ce qui constitue probablement un record, selon eux.
Quel est le projet proposé à Hamilton?
Slate Asset Management est la société d’investissement immobilier et d’infrastructures à l’origine de Steelport, un projet de lotissement à usage mixte prévu sur un ancien site sidérurgique près du port.
Sur son site web, la société indique qu’elle étudie la possibilité d’y installer un centre de données sur une partie du terrain dans le cadre d’un pôle national d’innovation en IA.
Slate a d’ailleurs confirmé à CBC News sa participation à une proposition de l’Alliance de recherche numérique du Canada (ARNC) au Programme d’infrastructure de calcul souveraine pour l’IA du gouvernement fédéral.
Selon le site web du gouvernement, ce programme comprend un appel à candidatures ouvert pour la construction d’un supercalculateur public souverain d’IA à grande échelle destiné aux chercheurs et innovateurs canadiens .
Des inquiétudes pour le bruit, la pollution, l’eau et l’énergie
Avant la réunion de jeudi, Nick Tsergas, un des résidents contre le centre de données, avait soutenu à CBC News qu’il souhaitait s’assurer que les citoyens peuvent s’exprimer. Il explique que lui et d’autres personnes s’inquiétaient du bruit, de la pollution et des répercussions sur l’eau potable.
À ces craintes s’ajoutent celles de Mme Whattam, qui a déploré le manque criant d’informations mises à la disposition du public.
Selon des données rapportées par CBC News, ces infrastructures peuvent nécessiter jusqu’à 100 mégawatts d’énergie et des millions de litres d’eau par année pour leurs systèmes de refroidissement.
Mme Whattam s’inquiète également de la chaleur que pourrait engendrer un tel centre dans son quartier, à une époque où il est déjà dangereux de laisser sa jeune fille sortir en été.

Des centaines de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville de Hamilton avant l’audience du Comité de dérogation prévue jeudi, afin de faire part à ses membres de leur opinion concernant un éventuel centre de données dans leur ville.
Photo : Radio-Canada / Justin Chandler
De son côté, la militante écologiste et résidente Adeola Egbeyemi a utilisé les médias sociaux pour partager des vidéos sur le projet Steelport, affirmant que les gens veulent pouvoir décider collectivement de leur accès à un air pur, à une eau saine, à une faune préservée et à une alimentation suffisante.
Elle se dit sceptique quant à la capacité de projets similaires à réellement profiter aux communautés ordinaires plutôt qu’à l’élite canadienne.
Partout en Amérique du Nord, la croissance de l’IA a accéléré le développement des infrastructures physiques de stockage, de traitement et d’exécution des données et des logiciels. Le Canada compte déjà cinq centres de données à grande échelle et 96 autres sont en cours de développement.
Lors de la rencontre de jeudi, de nombreux citoyens ont d’ailleurs fait part au comité de leurs inquiétudes quant à l’impact de l’IA sur l’environnement, l’emploi et la créativité, et ont exprimé leurs craintes concernant les effets néfastes de la pollution générée par un centre de données sur leur santé.
La décision influencée par les citoyens
Bien que M. Reid a assuré que le site répond à toutes les exigences réglementaires au moment du vote, ce dernier avoue s’être laissé influencer par la mobilisation citoyenne et par les opinions exprimées. C’est d’ailleurs lui qui a proposé de rejeter la demande de lotissement, une motion appuyée par d’autres membres et applaudie par l’assistance.
CBCNews a demandé à Slate si l’entreprise comptait interjeter appel de la décision du comité auprès de la province, mais n’a reçu aucune réponse avant publication.
Lors de la réunion, Gerry Tchisler, de MHBC Planning Urban Design & Landscape Architecture, représentait l’entreprise. Il a souligné que le détachement de 76 hectares à l’est du terrain favoriserait le développement global du 386, rue Wilcox, mais n’accélérerait pas la création d’un centre de données.
Les promesses de Slate
Malgré sa proposition avec l’ARNC au Programme d’infrastructure de calcul souveraine pour l’IA du gouvernement fédéral, Slate précise que la proposition ne vise pas l’entraînement de l’IA, mais plutôt à garantir au Canada une capacité de stockage de données et un accès au calcul haute performance.
La société précise aussi qu’aucune décision définitive n’a été prise et qu’aucun locataire, pour un centre de données ou pour le site lui-même, n’a encore été confirmé. L’entreprise affirme toutefois que, si elle en construit un, elle est convaincue de pouvoir l’exploiter de manière à apaiser les inquiétudes du public.

Plusieurs citoyens de Hamilton s’inquiètent du bruit, de la pollution et des répercussions sur l’eau potable et l’énergie.
Photo : Radio-Canada / Justin Chandler
Slate soutient que les mêmes préoccupations environnementales ne s’appliquent pas à l’ancien site de Stelco, car celui-ci dispose d’ infrastructures robustes, dont un réseau électrique industriel important, assurant qu’il n’y aurait aucun impact sur les prix locaux de l’électricité.
Concernant la ressource en eau, l’entreprise explique que le centre de données pourrait utiliser un système de refroidissement sans évaporation avec l’eau de la baie. Selon Slate, le volume total d’eau consommé serait une fraction de celui consommé par Stelco lors de ses pics d’activité, et surtout, aucune eau du réseau municipal ne sera utilisée.
De plus, Slate étudie la possibilité de récupérer la chaleur résiduelle générée par les futurs centres de données pour l’utiliser comme source bon marché de chaleur décarbonée pour les locataires de Steelport et du centre-ville de Hamilton.
Malgré ces arguments, les résidents restent sceptiques. M. Tsergas affirme ne pas être rassuré.
Ils ont tout intérêt à dire ce genre de choses. Franchement, je ne les crois pas.
Jesse Whattam partage ce sentiment, indiquant qu’une simple FAQ sur leur site web disant Ne vous inquiétez pas ne la rassure absolument pas et qu’elle souhaite voir des preuves à l’appui de ces affirmations.
Une réglementation demandée
De nombreux résidents qui ont pris la parole devant le comité jeudi ont aussi réclamé un examen plus approfondi de tout projet de centre de données.
Chase Alford, résident de Waterdown et candidat au conseil municipal du quartier 15, souhaitait que le comité impose des conditions au morcellement du terrain, notamment la divulgation obligatoire des données relatives à la consommation d’eau et d’énergie.
Lisa Kearns, conseillère municipale du quartier 2 dans la ville voisine de Burlington, était également présente. Elle qui a grandi près du site, affirme avoir constaté de visu les effets de la pollution.
Mme Kearns, qui a annoncé sa candidature à la mairie de Burlington, a exhorté le comité à rejeter la demande afin de donner aux élus le temps de débloquer de nouveaux outils législatifs pour encadrer les centres de données.
Les centres de données figurant parmi les nombreuses utilisations approuvées sur l’ancien site sidérurgique en vertu de son zonage industriel, Slate pourrait toujours aller de l’avant avec son projet.
L’entreprise soutient d’ailleurs que son projet Steelport pourrait générer plus de 10 milliards de dollars d’investissements privés et créer plus de 30 000 emplois dans la région (dont environ la moitié sur le site même), générant d’importants bénéfices en matière d’éducation, d’approvisionnement local et de développement économique.
Le projet Steelport est situé dans le quartier 3 de Hamilton. Dans une déclaration publique du 27 mai, sa conseillère municipale Nrinder Nann affirme vouloir présenter une motion visant à contribuer à l’élaboration d’un cadre local pour les centres de données.
Problème de la souveraineté des données
Le débat s’inscrit également dans une réflexion sur la souveraineté numérique. Le gouvernement du Canada soutient que son programme d’infrastructure souveraine d’IA améliorera l’accès au calcul de pointe pour les chercheurs, favorisant les découvertes scientifiques tout en renforçant la souveraineté et la résilience du pays.
La conseillère du quartier 4 à la Ville de Hamilton, Tammy Hwang, qui siège au conseil d’administration du fournisseur Hamilton Community Enterprises (partenaire de la proposition ARNC-Slate), abonde dans ce sens. Elle croit qu’il est primordial de sécuriser les données canadiennes pour les protéger contre un accès potentiel d’acteurs américains, une lacune actuelle de l’infrastructure nationale.

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Selon elle, l’ancien site de l’aciérie est parfaitement adapté. Tout en reconnaissant les craintes populaires, elle estime qu’il est possible de faire mieux en comprenant les préoccupations environnementales bien réelles et en écoutant les citoyens.
Hamilton est l’une des nombreuses municipalités, de même que Vancouver et Regina, où des résidents ont manifesté contre des projets de centres de données. Le gouvernement fédéral, pour sa part, continue d’encourager ces infrastructures, mettant en avant leurs retombées économiques et la nécessité de conserver les données canadiennes au pays.
Avec les informations de Justin Chandler, de CBC News


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