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Le Premier ministre droit prononcer une allocution ce mercredi soir, trois semaines après le déclenchement du mouvement social dans les lycées.

IAN LANGSDON / AFP
Mis sous pression par la rue (et Macron), Lecornu se résout à sortir du bois
Objectif : se faire plus soldat que moine. Poussé par Emmanuel Macron à se montrer davantage, le Premier ministre Sébastien Lecornu va s’exprimer, ce mercredi 7 octobre au soir, sur les différentes crises qui bousculent l’action du gouvernement, à commencer par la colère de la jeunesse. Selon son entourage, il doit prononcer une allocution en fin d’après-midi depuis Matignon.
Il aura donc fallu attendre trois semaines après le premier blocus dans le Val-de-Marne, et un recadrage présidentiel, pour voir Sébastien Lecornu sortir du bois. Le chef du gouvernement s’est appliqué à garder le silence jusqu’à ce que le retour des « Questions au gouvernement » à l’Assemblée, mardi, l’oblige à répondre aux critiques de l’opposition sur les enjeux de violences policières. Sa prise de parole, ce mercredi, n’est semble-t-il pas plus spontanée.
Elle survient effectivement après une nouvelle journée de mobilisation massive, marquée par l’intervention directe d’Emmanuel Macron. Actif en coulisse depuis plusieurs jours, le président de la République s’est finalement décidé à reprendre le dossier en main, faisant savoir à la presse qu’il convoquait mardi soir plusieurs ministres au palais. L’occasion d’attribuer les bons, mais surtout les mauvais points.
Macron pas satisfait du gouvernement
Officiellement, l’Élysée s’attache à déminer tout conflit entre le chef de l’État et son Premier ministre, conscient que l’étalage de potentielles dissensions dans la presse n’est pas franchement de bon ton pour sortir d’une pareille crise. Sur le papier, la réunion de mardi soir servait donc uniquement à « suivre la situation, comme le président le fait depuis le début ».
En réalité, différentes sources dessinent un président peu satisfait par l’attitude de son gouvernement et son approche du tout sécuritaire adoptée dans les premières (longues) heures du mouvement social. Selon Laurent Nuñez, ce mercredi matin sur RTL, Emmanuel Macron a ainsi demandé à ses ministres davantage « d’empathie » et de pédagogie dans sa mise en œuvre du maintien de l’ordre. Illustration immédiate avec l’annonce par le locataire de la place Beauvau de la suspension de l’usage de grenades assourdissantes dans les manifestations de jeunes.
Voilà pour les discours policés. En privé, les personnalités familières du palais présidentiel évoquent le retour de la foudre élyséenne. « Il a beaucoup gueulé ces derniers jours, car il considère que la réponse policière était trop dure, sans empathie », atteste par exemple un ministre dans les colonnes du Parisien. Qui évoque aussi la colère d’Emmanuel Macron à l’encontre de la discrétion médiatique de son Premier ministre. Rien de très surprenant de la part de ce président loquace, souvent ardent pour justifier son action.
Plus largement, Emmanuel Macron « pense depuis le début que l’on ne peut pas uniquement répondre à la contestation de la jeunesse par l’envoi de forces de l’ordre », nous expliquait l’un de ses compagnons de route, mardi, jour de l’acte III de la mobilisation des lycéens. « Il faut aussi écouter leurs revendications, sur lesquelles le président ne peut que les rejoindre », estimait encore notre source, jugeant que le chef de l’État a essayé au cours de son mandat de « porter » certains des combats de cette jeunesse, comme les rythmes scolaires ou l’absentéisme des professeurs.
Lecornu attendu au tournant
À n’en pas douter, l’approche du locataire de l’Élysée tranche avec celle endossée par Sébastien Lecornu et le ton martial de Matignon en fin de semaine dernière. Sans jamais s’attarder sur les demandes des lycéens, les services du Premier ministre dénonçaient surtout les « violences urbaines » et la main cachée de La France insoumise derrière les débordements. Six jours plus tard, et une cohorte dramatique de blessés, le ton change.
Outre les menues évolutions sur le maintien de l’ordre, illustrées surtout par l’abandon momentané des grenades assourdissantes, le Premier ministre s’est fendu d’un message sur les réseaux sociaux ce mercredi matin pour expliquer que « la parole lycéenne est précieuse et doit être entendue. » La veille, il avait promis aux jeunes un temps de dialogue au sein de leurs établissements, dans les jours à venir. Un message sensiblement adouci qui devrait être celui de son allocution, ce mercredi soir.
Atone depuis plusieurs semaines et la présentation de son budget, le chef du gouvernement se sait attendu. Au-delà de la fronde des lycéens, il doit également s’exprimer sur la détresse agricole, la situation financière du pays ou encore les prix du carburant. Un temps des crises qui fait la Une de la presse internationale depuis quelques jours, et justifie sans doute la mue (forcée) du moine-soldat.


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