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Midterms 2026 : jamais le charcutage électoral n’avait atteint un tel niveau aux États-Unis (et ça en dit long)

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Une « guerre » du redécoupage des circonscriptions a été lancée par Trump avant les élections de mi-mandat, le Républicain voulant conserver à tout prix sa majorité au Congrès.

EN BREF • Le gerrymandering atteint un niveau inédit aux États-Unis avant les midterms 2026, avec des redécoupages massifs de circonscriptions initiés par Donald Trump.
• Plus de 34,8 millions d’Américains sont concernés par ces modifications, favorisant surtout les Républicains.
• Les experts soulignent les risques pour la démocratie et l’inefficacité possible de ces stratégies électorales.

Les États-Unis votent pour renouveler les 435 sièges de la Chambre des représentants lors des midterms, mais l’élection va se jouer… dans une cinquantaine de circonscriptions. D’après la publication de référence The Cook Political Report, plus de 80 % des districts sont considérés comme « solidement » démocrates ou républicains, avec des résultats presque connus d’avance.

Cette écrasante majorité n’a rien d’étonnant. Le redécoupage électoral pour favoriser tel ou tel parti est fréquent outre-Atlantique, même s’il a atteint un niveau inédit depuis un an selon les experts interrogés par Le HuffPost. La pratique porte même un nom : le « gerrymandering ». Si vous êtes un Républicain à la tête d’un État avec des envies de charcutage, deux méthodes s’offrent à vous.

Vous pouvez concentrer tous des comtés démocrates dans un seul district, pour limiter le nombre d’élus qu’ils peuvent porter au Congrès : on parle de « packing » (empaquetage). Sinon, vous pouvez diviser les comtés démocrates pour les répartir entre des circonscriptions nettement républicaines, pour que les voix progressistes se perdent dans la masse : on parle alors de « cracking » (fissure).

« Dans une démocratie normale, les électeurs choisissent leurs élus, mais là, ce sont les élus qui choisissent leurs électeurs », résume au HuffPost Samuel Wang, professeur de neurosciences spécialiste de la sociologie électorale et directeur du Gerrymandering Project de l’université de Princeton, dans le New Jersey.

Une « guerre du gerrymandering » d’une ampleur inédite

La pratique atteint un niveau sans précédent cette année et c’est Donald Trump qui a lancé les hostilités. En juillet 2025, il a assumé face à la presse de pousser les Républicains du Texas au charcutage électoral pour se sécuriser jusqu’à cinq sièges supplémentaires avant les midterms, où il ne peut pas se permettre de perdre la Chambre.

Depuis, six autres États pilotés par les Républicains ont modifié leur carte électorale pour assurer, en théorie, entre un siège (comme en Caroline du Nord, en Louisiane ou dans le Tennessee) et quatre sièges (en Floride) au parti présidentiel. En face, les Démocrates ont répliqué au charcutage au Texas, ouvrant la voie à une « guerre du gerrymandering ».

La Californie a ainsi fait adopter par référendum une nouvelle carte pensée pour rapporter jusqu’à cinq sièges en plus à l’opposition, tandis que l’Utah est censé avoir sécurisé un élu supplémentaire au parti. Ce « gerrymandering de représailles » est inédit, observe auprès du HuffPost David Niven, professeur de science politique à l’Université de Cincinnati, dans l’Ohio.

« La pression nationale bien plus forte qui s’exerce sur le processus » avec des partis qui poussent au charcutage est aussi une nouveauté, d’après ce spécialiste des redécoupages électoraux, qui pointe que « les Républicains se montrent souvent plus combatifs » en la matière. Samuel Wang partage ce constat et estime que « Donald Trump a entraîné tout le monde dans un cercle vicieux », portant un peu plus « atteinte à la Constitution des États-Unis ».

« Un Américain sur cinq » vote dans un district massivement transformé

Le timing de ces charcutages, lui aussi, est inédit. Le nombre d’élus à la Chambre par État étant déterminé par la population, les recensements tous les dix ans – le prochain est pour 2030 – rythmaient habituellement les redécoupages. « Depuis 1970, seuls deux États avaient jamais découpé leurs circonscriptions au milieu de la décennie, souligne Samuel Wang, que neuf États le fassent en une seule année, c’est incroyable. »

Chiffré, le bilan est effarant. Une publication de l’ONG apartisane Protect Democracy publiée en septembre estime que « 34,8 millions de personnes – soit environ un Américain sur dix – ont été réaffectées à une autre circonscription entre 2024 et 2026 ». « Un Américain sur cinq » vote désormais dans un district « qui a considérablement changé » et où « plus d’un quart de l’électorat est nouveau », rapporte l’étude.

Mais comment expliquer que ces pratiques, clairement anti-démocratiques, soient tolérées par la justice américaine ? « La Cour suprême a dit que c’étaient des questions politiques, pas légales » et « en ne s’en emparant pas », elle a « ouvert la porte à du gerrymandering toxique », explique David Niven, qui a déjà planché comme « témoin expert » dans des affaires de redécoupages portées devant la justice.

De quoi faire gagner les Républicains ?

Si on sort la calculette, le charcutage des derniers mois doit rapporter 15 sièges au Républicains et seulement 6 aux Démocrates. Le parti de Donald Trump partirait donc avec 9 sièges d’avance pour renforcer sa maigre majorité au Congrès, à 220 sièges contre 215 à l’issue du scrutin de 2024. De quoi s’assurer une victoire en dépit des sondages catastrophiques ?

Pas vraiment, assurent les spécialistes interrogés par Le HuffPost. David Niven cite l’exemple du district de Cincinnati, où il enseigne, qui a été récemment charcuté pour diluer le vote démocrate de la ville dans un comté conservateur et rural. « Le candidat républicain n’est pas assez fort », analyse le professeur, constatant que le parti « a plus ou moins renoncé au siège ».

Autre problème soulevé par Samuel Yang, les calculs pour le redécoupage s’appuient souvent sur le vote lors du dernier scrutin en 2024, postulant que les électeurs voteront « de la même façon ». Pourtant, ce ne sera probablement pas le cas au vu de l’impopularité de Donald Trump qui reste difficile à endiguer. « Le gerrymandering est comme un barrage destiné à retenir l’eau, illustre le professeur à Princeton, si le niveau monte suffisamment, elle finira quand même par déborder. »

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