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Une ex-voisine d’un couple accusé de meurtre affirme à leur procès qu’elle a entendu une conversation de l’époux dans laquelle il dit souhaiter que la police ne lui reproche rien au sujet de la mort du réalisateur Reeyaz Habib, tué en 2023. Khoa Tran est inculpé pour meurtre non prémédité et son épouse, Quynh Nguyen, pour complicité après les faits et d’outrage à un cadavre.
Reeyaz Habib et les Tran-Nguyen habitaient le même édifice de copropriétés dans le quartier Liberty Village dans l’ouest du centre-ville de Toronto.
Vives tensions entre voisins
La Couronne soutient que Khoa Tran a tué Reeyaz Habib et que Quynh Nguyen l’a aidé à dissimuler le corps du cinéaste. M. Tran, 36 ans, et Mme Nguyen, 30 ans, ont plaidé non coupables à l’ouverture de leur procès devant jury la semaine dernière.
Le corps de la victime de 53 ans a été retrouvé près du compacteur à déchets de leur complexe deux jours après la disparition du réalisateur.
Deux notes avaient été découvertes à proximité du corps emmailloté : Est-ce que quelqu’un peut soulever ce paquet et le mettre aux ordures, c’est très lourd? et SVP, n’ouvrez pas ce paquet, car il contient du verre et des métaux tranchants provenant de travaux de construction à l’intérieur ; ne craignez rien, tout a été enveloppé dans du tissu.

Khoa Tran est accusé de meurtre non prémédité et sa femme, Quynh Nguyen, de complicité et d’outrage à un cadavre concernant la mort du cinéaste Reeyaz Habib.
Photo : Facebook
Pour l’instant, le procès a montré que la fumée du barbecue du couple semblait grandement importuner la victime, qui habitait le logement situé au-dessus du leur.
Selon la Couronne, le cinéaste se plaignait souvent de la fumée du barbecue de ses voisins, parce que les émanations odorantes s’infiltraient même au travers de ses murs et de sa porte-patio.
Les trois résidants avaient tenté de trouver un terrain d’entente pour éviter toute animosité. Khoa Tran envoyait au réalisateur à l’avance un message texte pour le prévenir qu’il comptait utiliser son barbecue. Mais sans succès.
Un témoignage compromettant
Une ancienne voisine, Janine Koutsaris, explique qu’elle a vécu avec son conjoint dans un logement limitrophe à celui de la victime de septembre 2021 à mars 2024. Elle affirme volontiers qu’elle connaissait à la fois le couple d’origine vietnamienne et le cinéaste.
Elle explique que son conjoint et Khoa Tran travaillaient pour la même compagnie informatique, l’un dans les ventes, l’autre dans la programmation.
Je les voyais tous, surtout durant l’été lorsqu’ils étaient sur leur patio respectif, dit-elle en soulignant que le couple aimait faire du jardinage, de la cuisine et de la décoration durant certaines fêtes de l’année.
Janine Koutsaris assure qu’ils étaient tous sympathiques.

Le procès du couple Tran-Nguyen doit durer encore trois semaines devant la Cour supérieure de l’Ontario à Toronto. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Elle mentionne qu’elle a entendu des cris vers 3 h du matin dans la nuit du 6 juin 2023, soit deux jours avant la découverte du cadavre.
Quelqu’un criait à l’aide, cela n’a duré que quelques secondes et je me suis rendormie après quelques minutes, se souvient-elle.
Janine Koutsaris ajoute qu’elle a ensuite entendu une conversation téléphonique sur haut-parleur entre son mari et l’accusé au sujet de la présence policière dans le complexe après la découverte du corps de la victime.
Il lui disait que la situation était chaotique, déclare-t-elle.
Elle se rappelle que Khoa Tran a ensuite dit à son conjoint qu’il avait entendu un bruit et quelqu’un débouler dans les escaliers la même nuit.
Elle explique qu’il lui a ensuite raconté qu’il espérait que les policiers ne lui reprochent rien au sujet de la mort du réalisateur.
J’ai trouvé cela étrange, mais je ne l’ai révélé à la police qu’en février 2025 lors de l’enquête préliminaire, parce que je savais que Khoa Tran avait finalement été arrêté, avoue-t-elle en précisant que ce genre d’information était devenu pertinent.
Des déclarations surprenantes
L’ancienne voisine affirme enfin que Khoa Tran a raconté à son conjoint qu’il avait vu sur la caméra de sa porte deux individus sur le palier du logement du réalisateur cette nuit-là, mais que sa caméra n’avait pas enregistré la scène.
Janine Koutsaris n’est pas la première voisine du complexe à témoigner. D’autres l’ont fait avant elle la semaine dernière. Le témoignage d’une amie du couple en provenance du Vietnam a été particulièrement compromettant.
Lin Hua, qui résidait chez les accusés, a expliqué qu’elle avait elle aussi été réveillée par des cris cette même nuit et qu’elle pensait qu’ils provenaient de l’appartement du dessus.

Des tensions existaient entre le cinéaste et ses voisins dus à la fumée du barbecue du couple qui importunait grandement la victime, qui habitait le logement situé au-dessus du leur.
Photo : Shutterstock / Brett Holmes
Elle a déclaré que Quynh Nguyen l’a rassurée en lui expliquant qu’un réalisateur habitait à l’étage et qu’il était en train de tourner probablement un film et qu’elle pouvait se rendormir.
Lin Hua a par ailleurs mentionné que le couple lui avait ensuite demandé de dire à la police que Khoa Tran était également présent dans la chambre cette nuit-là, alors que ce n’était pas vrai selon la Couronne.
La Couronne avait présenté à l’écran des messages textes que Mme Nguyen avait envoyés à sa visiteuse. Dans l’un d’eux, l’accusée écrivait : Tu dois garder le silence. Ne dis à personne ce dont nous avons parlé.
Une autopsie non concluante
Plus tôt dans la journée, un médecin légiste a indiqué qu’il avait été incapable de déterminer la cause exacte de la mort de la victime.
Le Dr Tyler Hickey a expliqué que le corps avait été enveloppé dans des serviettes, des couvertures et des sacs et qu’il était en état de décomposition.
Il a ajouté que le cadavre portait des blessures infligées avant et après la mort.
Le médecin légiste a suggéré, comme lui suggérait la Couronne, que le réalisateur avait été battu sur le corps et à la tête et qu’il avait possiblement été étranglé, même si son rapport a conclu à une cause indéterminée.
Une suffocation par étranglement peut parfois ne pas laisser de marques de doigt ou d’ongle sur le cou ou la nuque, dit-il.

Le Dr Tyler Hickey a réalisé l’autopsie du corps de Reeyaz Habib.
Photo : compte X du Dr Tyler Hickey
Il reconnaît que la victime ne portait aucune marque de défense sur le corps, ce qui signifie selon lui qu’elle avait peut-être été droguée.
Il admet que la victime avait consommé du Paxil, un médicament que l’on prescrit pour de nombreuses affections, comme l’anxiété, les troubles maniaco-dépressifs, le trouble obsessionnel compulsif ou le trouble de la panique.
Le Dr Hickey affirme cependant qu’il n’a pas reçu à l’époque toutes les données du rapport toxicologique sur la quantité de médicaments absorbée, si bien qu’il est incapable de dire si la dose de Paxil a contribué au décès.
Dans son contre-interrogatoire, la défense de Khoa Tran a laissé entendre que les ecchymoses, les lacérations et les contusions sur le dos et le torse, ou encore les blessures à la tête de la victime auraient pu être causées par une chute dans les escaliers.
Avec les informations de Jasmin Seputis, CBC News


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