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Médecins formés à l’étranger : faire autre chose

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Après des années d’une lutte qui n’a pas permis de déverrouiller leur accès à la pratique médicale au Canada, des médecins diplômés à l’étranger ont essayé d’autres pistes de reconversion professionnelle.

Le Dr Faustin Yashima a mis une croix sur son souhait d’exercer comme médecin. Après quelques années, vous êtes découragés. Vous dites : "Bon, ça ne sert à rien de continuer." Les enfants doivent aller à l'école, vous avez besoin de moyens pour continuer à vivre.

Portrait d'un homme.

Le Dr Faustin Yashima a été formé en santé publique, toxicologie et médecine du travail en Belgique.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marie Yambayamba

Reprendre les études?

Le Dr Nganda Luki raconte de son côté que, pour se relancer, d’autres médecins et lui ont cherché à reprendre leurs études de médecine.

Mais à ce moment-là, on nous a dit que nous ne pouvions pas prêter le serment d'Hippocrate à deux reprises. Il y a eu très peu d'ouverture et j'ai essayé de chercher une autre voie.

De son côté, le Dr Betu-Kumesu, directeur actuel de l'Association des diplômés à l’étranger au Québec (AMEQ), évoque ceux qui se sont tournés vers des disciplines reliées au travail de médecin.

Lui-même est allé à l’Université de Montréal et y a décroché une maîtrise en toxicologie générale, santé environnementale et santé au travail. Moi, j’étais parmi les gens qui ont choisi d’aller vers les études. Il y en a d’autres qui ont choisi d’aller dans un milieu de travail qui n’était pas un milieu exigeant ou une formation particulière.

Le Dr Nganda Luki est quant à lui retourné à la recherche en microbiologie à l’Université de Montréal, où il a obtenu une maîtrise en microbiologie et immunologie. Pendant un temps, il a travaillé comme assistant de recherche au Québec, comme chef de laboratoire à Moncton et comme chargé de cours au Campus Saint-Jean, à Edmonton.

Or, il n’a jamais pu obtenir un contrat plus durable. Ça ne nous permettait pas de nous épanouir et de subvenir à nos besoins, alors il fallait chercher à faire autre chose.

La médecine préventive

En 2015, le Dr Luki a fondé le Centre de bien-être et de prévention pour les Afro-Canadiens de l’Alberta (CBEP). C'est un organisme de prévention de divers problèmes de santé, dont il est le directeur général.

Alors, je me suis dit : bon, il y a peut-être quelque chose qu'on peut faire : aider les gens de ma communauté à avoir accès aux services de prévention et aux différents services des soins de santé qui existent et que, pour des raisons culturelles, ils n'ont pas accès à ces soins-là. C'est comme ça que j'ai été déterminé à créer [le CBEP].

Le CBEP sensibilise les Afro-Canadiens à prévenir notamment les infections au VIH, les maladies diarrhéiques, le diabète et les accidents cardiovasculaires.

Des lueurs d'espoir, malgré tout

Une décennie plus tard, l’espoir semble renaître.

En décembre, Ottawa a annoncé le lancement, cette année, d’un nouveau programme accéléré de résidence permanente destiné aux médecins formés à l'étranger. Selon la ministre de l'Immigration, Lena Metlege Diab, ce programme concerne les médecins présents au Canada avec un permis de travail temporaire et ayant exercé une profession admissible pendant au moins une des trois dernières années.

L’annonce réjouit le Dr Yashima qui reste convaincu que les médecins formés à l'étranger peuvent être utilisés, notamment en milieu rural. Si on prenait ces gens-là et qu'ils étaient entraînés, on peut les envoyer au nord où ils peuvent aller travailler aussi et ça sera mieux pour la population qui est là et qui n'a pas de médecin.

Le directeur de l’AMEQ, Brice Betu-Kumesu, salue aussi quelques avancées, face à une pénurie persistante.

Il y a ces moments où ils disaient qu’il n'y avait pas un besoin à combler par rapport à l'environnement de santé. Et quelques années après, ils se sont rendu compte qu’il y avait quand même une pénurie de la main-d'œuvre médicale. Alors, nous, on est revenus à la charge pour dire : "Voilà, nous sommes là, nous pouvons offrir nos services pour [pourvoir] les postes."

Selon le Dr Betu-Kumesu, la volonté politique est de plus en plus là, tant au provincial qu’au fédéral.

Même si les explications politiques ne lui semblent pas claires, il dit voir de plus en plus de médecins formés à l'étranger obtenir des postes, et d’autres, être acceptés dans le cadre de collaborations en médecine familiale.

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