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Mary Simon et le français : un manque de considération, selon des Inuit

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Le débat entourant la méconnaissance du français de la gouverneure générale Mary Simon a été perçu dans sa région natale, au Nunavik, comme un manque de considération pour les Inuit, qui rappellent que l’inuktitut était parlé au pays bien avant la colonisation européenne.

Geste historique, la nomination de Mary Simon en 2021 par l’ancien premier ministre Justin Trudeau avait été vue comme une main tendue aux Premières Nations et aux Inuit.

Quand c’est arrivé, c’était incroyable. Personne chez nous ne pouvait y croire, vu les maltraitances historiques que nous avons subies par les établissements et les gouvernements, explique William Tagoona, président de l’Institut culturel Avataq, qui se consacre à la protection de la langue et la culture inuit.

William Tagoona est debout dans la neige.

William Tagoona préside l'Institut culturel Avataq, qui travaille à la protection de la culture inuit. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Mais sa surprise a vite laissé place à une certaine déception, face aux vives réactions liées à son incapacité à parler français. Le Commissariat aux langues officielles avait à l'époque reçu plus de 1300 plaintes de citoyens, qui y voyaient un recul des droits des francophones au pays.

C’était, selon lui, un manque de considération, compte tenu du fait que Mary Simon est issue du Nunavik, une région où on parle majoritairement l’inuktitut et l’anglais.

Des maisons du village de Kangiqsualujjuaq.

Comme les autres villages du Nunavik, les résidents de Kangiqsualujjuaq parlent l'inuktitut et l'anglais. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

On a trouvé que c’était injuste. Nos jeunes étaient insultés et blessés. Ils auraient dû nous soutenir, les Inuit font partie du peuple, tout comme les Premières Nations, explique William Tagoona.

Une réalité historique occultée

Pour les résidents du Nunavik, exiger la maîtrise du français de la part d'une femme de la génération de Mary Simon ignore les réalités coloniales vécues dans le Nord.

Lisa Koperqualuk, ancienne présidente du Conseil circumpolaire inuit du Canada, rappelle que le système d'éducation fédéral imposé dans les années 1950 au Nunavik ne laissait aucune place au français.

Photo d'archives de Kuujjuaq, un homme conduit une motocyclette le long d'une rangée de maisons.

Le Nunavik a d'abord été sous tutelle du gouvernement fédéral, ce qui a favorisé l'utilisation de l'anglais dans la région. (Photo d'archives)

Photo : Biblithèque et archives nationales du Québec / Daniel Lessard

La génération de Mary Simon, la génération de mes parents, ils ont été obligés d’apprendre l’anglais. Dire qu’une personne, qui est déjà bilingue, devrait parler le français, ça, c'est colonial, explique Lisa Koperqualuk.

Portrait de Lisa Koperqualuk près d'une fenêtre.

Lisa Koperqualuk rappelle que le français est une langue qui a été imposée au Nunavik, et qui demeure minoritaire dans la région. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Elle souligne que l'inuktitut ne doit pas être traité comme une langue étrangère, mais comme celle d'un peuple fondateur.

Nous sommes des citoyens canadiens aussi.

Selon elle, les francophones, qui luttent pour protéger leur propre langue, devraient être les premiers à comprendre cette perspective.

L’anglais, c’est une langue seconde que les francophones du Québec ont été obligés d’apprendre à un moment donné. Ils ont décidé de protéger le français pour leur peuple et ils ont raison. Je comprends ça, mais en même temps, cette position devrait leur donner la perspective de comprendre le côté inuit, ajoute Lisa Koperqualuk.

Un sentiment d'exclusion

À Kangiqsualujjuaq, le village natal de la gouverneure générale, la mairesse adjointe Nancy Etok partage ce sentiment de tristesse. Pour elle, l'acharnement sur ce petit détail linguistique a occulté la valeur humaine et le travail de Mary Simon.

C’était triste, parce qu’elle a travaillé pour la réconciliation. Ceux qui ont exprimé ces critiques, cela a montré que la réconciliation n’était pas à leur ordre du jour, déplore-t-elle. Elle insiste sur le fait que la langue ne devrait pas servir de barrière au vivre-ensemble.

Portrait de Nancy Etok, directrice adjointe de l'école de Kangiqsualujjuaq.

Nancy Etok estime que la nomination de Mary Simon est une source de fierté au Nunavik. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

On ne punit pas les francophones qui ne connaissent pas l’inuktitut. On comprend que c’est difficile pour eux aussi, explique Nancy Etok.

La mairesse adjointe estime toutefois que, malgré cette attention médiatique négative, le travail de Mary Simon inspire profondément la jeune génération de Nunavimmiut, qui y voit un exemple de réussite.

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