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Marinvest Energy évite de rencontrer le Bloc québécois

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Marinvest Energy multiplie depuis plus d’un an les démarches auprès des gouvernements du Québec et du Canada, mais aussi d’élus locaux pour faire avancer son mégaprojet de transport et d’exportation de gaz albertain à partir de la Côte-Nord. Le Devoir a toutefois appris que la députée bloquiste de la région, Marilène Gill, a été incapable d’obtenir une seule rencontre avec l’entreprise, malgré trois tentatives.

« C’est un manque de respect envers la population et c’est de mauvais augure pour la suite des choses », déplore celle qui représente les citoyens de la région où serait construite une partie du gazoduc de l’entreprise norvégienne, mais aussi l’usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) et le terminal maritime d’exportation. Ce serait le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec.

Mme Gill, qui a été élue avec une importante longueur d’avance sur le candidat du Parti libéral de Mark Carney aux dernières élections fédérales, a tenté en mars, en avril et en mai d’obtenir une rencontre avec des représentants de Marinvest Energy. Elle a reçu une réponse par l’entremise du cabinet de relations publiques National uniquement pour sa demande du mois de mars, les autres courriels étant demeurés sans réponse.

Dans le courriel de réponse envoyé en mars, l’entreprise « remercie » la députée pour son message. « Marinvest Energy travaille en étroite collaboration avec les Premières Nations au développement de notre projet. Une fois nos discussions avec elles complétées, Marinvest Energy sera heureuse de reprendre contact avec vous afin d’organiser une rencontre », peut-on également lire dans le courriel. Les deux demandes suivantes envoyées par le bureau de la députée sont restées sans réponse.

« On veut voir le projet », explique Marilène Gill. « Je me fais poser des questions et je me fais interpeller sur le dossier. Les gens veulent connaître les détails. Comme élue, j’ai donc la responsabilité de comprendre quel est le projet. Mais, visiblement, ce n’est pas intéressant de me rencontrer, contrairement au cabinet du premier ministre Mark Carney et de plusieurs ministères fédéraux. »

Elle craint d’ailleurs qu’une fois rendu public, le projet ait déjà pour ainsi dire reçu l’aval du fédéral, qui est un partisan avoué du développement pétrolier et gazier. « Mon inquiétude, c’est que, lorsque ce sera dévoilé, tout aura déjà été décidé. Est-ce que c’est le genre de projet qu’on veut développer ? » Selon elle, l’entreprise « passe par-dessus la population » en refusant de présenter son projet, qui est un « GNL Québec 2.0 ».

Rencontres et soutien

L’entreprise, qui veut construire un projet très semblable à GNL Québec, refusé après deux évaluations environnementales, multiplie en effet les démarches de collaboration avec le gouvernement Carney. Des lobbyistes inscrits au registre fédéral ont eu des rencontres avec des membres du cabinet du premier ministre, des représentants de Ressources naturelles Canada et des élus du Parti conservateur du Canada, dont le chef Pierre Poilievre.

Des rencontres ont aussi eu lieu avec des élus du gouvernement du Québec, des représentants de la Ville de Baie-Comeau et du Port de Baie-Comeau. L’entreprise a également participé à une « mission Québec Canada » en Europe, au cours de laquelle elle a présenté son projet.

L’organisme Investir au Canada a, dès mai 2025, organisé des rencontres mensuelles dans le cadre d’un « forum permettant aux ministères de fournir des conseils et un soutien afin de faciliter l’investissement ». L’Agence d’évaluation d’impact du Canada a aussi décidé d’aider Marinvest Energy dans ses démarches auprès des Premières Nations du Québec après avoir eu droit à une présentation détaillée du mégaprojet gazier en mai 2025.

Tous les documents révélant ces rencontres, les nombreux échanges et les présentations du projet ont été obtenus grâce à la Loi sur l’’accès à l’information. Ils ont tous été transmis en bonne partie caviardés, parfois à la demande de l’entreprise. Depuis que Le Devoir a révélé l’existence et les détails du projet, en juillet 2025, aucune présentation publique de celui-ci n’a eu lieu.

Marilène Gill dénonce ce qu’elle qualifie de culture du secret. « Comment est-ce que la population peut se faire une opinion du projet, alors qu’elle n’a même pas accès à l’information ? » demande-t-elle. Elle rappelle que le gouvernement Carney a mis en place des mesures pour faciliter la réalisation de ce genre de projet, quitte à passer outre à certaines lois environnementales.

Ottawa veut d’ailleurs faire bondir les exportations de GNL au cours des prochaines années, notamment vers l’Europe, qui est le marché visé par les promoteurs de Marinvest Energy. Ceux-ci ont évoqué la production de 10 millions de tonnes de GNL par année. C’est un volume semblable à celui que prévoyait GNL Québec.

Québec solidaire a demandé en février que l’entreprise vienne présenter son projet aux élus de l’Assemblée nationale. Cette demande n’a pas eu de suite.

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