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Ils se présentent en sauveurs de l’industrie mais seraient en réalité parmi ses principaux pourfendeurs. Les fonds spéculatifs sont dans le collimateur d’une commission d’enquête parlementaire créée le 16 décembre 2025 à l’initiative du groupe LFI-NFP. Une table ronde avec les organisations syndicales a dressé un constat alarmant sur le terrain ; ensuite le journaliste Mathias Thépot apportait l’éclairage de ses investigations. Un autre journaliste, Cyprien Boganda, complétait ce tableau. Leurs témoignages concordants lèvent le voile sur des mécanismes financiers qui menacent directement notre souveraineté économique et détruisent des milliers d’emplois, ceci avec la complicité du régime Macron.
LES EXEMPLES DE DÉRIVES
Mutares, le fonds allemand aux deux visages
Parmi les dossiers examinés par la commission, celui de Mutares, fonds d’investissement allemand spécialisé dans la reprise d’entreprises en difficulté, a particulièrement retenu l’attention. Selon les travaux de Mathias Thépot, les représentants de ce fonds, auditionnés par la commission, se sont présentés comme des bienfaiteurs de l’industrie française. Une présentation qui contraste fortement avec les témoignages de salariés d’entreprises reprises par Mutares, également entendus par la commission.
Selon les informations révélées par Mediapart, le parquet de Dijon a ouvert une enquête sur Mutares, le fonds étant soupçonné d’avoir contribué à la liquidation de Valti, un fabricant de tubes en acier. La justice s’est donc saisie du dossier, confirmant que les soupçons dépassent désormais le cadre parlementaire.
La santé, nouveau terrain de jeu des fonds anglo-saxons
Autre secteur stratégique passé au crible par les investigations : la pharmacie. Mathias Thépot a notamment enquêté sur la cession d’actifs pharmaceutiques stratégiques à des fonds anglo-saxons. Selon ses travaux, après Opella (producteur du Doliprane), le poids lourd des génériques Biogaran a également été cédé à un fonds d’investissement britannique, sans que l’État intervienne pour s’y opposer.
Ces cessions suscitent des craintes de délocalisation et interrogent sur la préservation de la souveraineté sanitaire française, mise à rude épreuve pendant la pandémie de Covid-19.
LMB Aerospace : un cas emblématique de conflit entre finance et souveraineté
L’exemple de LMB Aerospace, équipementier militaire sous-traitant de Dassault pour les avions Rafale et Falcon, illustre de manière frappante les tensions entre logique financière et intérêt national. Selon l’enquête de Mathias Thépot, cette entreprise stratégique a été vendue au groupe états-unien Loar Group, une opération qui a permis au fonds cédant, Tikehau Capital, de réaliser une plus-value substantielle.
Le ministère des finances a donné son accord à cette cession, malgré son caractère sensible pour la défense nationale. Une décision qui interroge sur la cohérence de la politique industrielle française : alors que les discours officiels insistent sur la nécessité de renforcer notre autonomie stratégique, les actes semblent parfois suivre une tout autre direction.
Ÿnsect ou les dérives de la start-up nation
Le cas Ÿnsect a également été évoqué. Cette entreprise de production de larves d’insectes, présentée comme un fleuron de la French Tech, a bénéficié d’un soutien public massif avant d’être liquidée. Selon les documents obtenus par Mediapart, au moins 170 millions d’euros d’argent public ont été engloutis dans ce projet, porté à bout de bras par Bpifrance.
Cette affaire illustre, selon les travaux du journaliste, les dérives possibles du modèle « start-up nation » et l’insuffisance des mécanismes de contrôle de l’utilisation des fonds publics.
LE PANTOUFLAGE, UNE MALADIE FRANÇAISE
C’est sur ce terrain que l’audition de Cyprien Boganda a apporté un éclairage complémentaire décisif. Devant la commission, le journaliste a analysé ce qu’il présente comme les dérives du pantouflage, c’est-à-dire les passerelles entre hauts fonctionnaires et secteur financier.
Selon ses travaux, ces liens créent une communauté d’intérêts qui peut s’avérer éloignée de l’intérêt général. Il a notamment évoqué le parcours de Bruno Bézard, ancien directeur de l’Agence des participations de l’État (APE), qui a rejoint un fonds d’investissement franco-chinois, Cathay Capital.
Des statistiques citées lors de l’audition indiqueraient qu’environ 75 % des inspecteurs des finances pantouflent au cours de leur carrière, dont un tiers de manière durable ou définitive. Un phénomène qui interroge sur l’indépendance des décisions publiques face aux intérêts financiers.
Cyprien Boganda a illustré son propos par des exemples concrets, montrant comment d’anciens ministres ou hauts fonctionnaires se retrouvent aux manettes de fonds d’investissement, parfois dans les mêmes secteurs qu’ils étaient chargés de réguler.
UN CADRE RÉGLEMENTAIRE PERMÉABLE
Face à ces constats, les deux journalistes ont pointé les faiblesses du dispositif français de contrôle des investissements étrangers. Le « décret Montebourg » de 2014, censé protéger les secteurs stratégiques, montrerait ses limites dans son application concrète.
Parmi les pistes évoquées pour renforcer la protection des intérêts nationaux :
- Un renforcement du contrôle ex ante des acquisitions par des fonds
- L’instauration d’un délai de détention minimal avant revente
- La création d’un mécanisme de droit de préemption pour l’État ou les salariés
- Une obligation accrue de transparence sur les montages financiers
La question de la transparence est centrale : l’opacité des montages financiers, avec des holdings luxembourgeoises ou néerlandaises, rend difficile toute traçabilité réelle des flux financiers et des stratégies d’actionnariat.
L’ARGENT PUBLIC EN QUESTION
Un autre angle des témoignages a concerné l’utilisation de l’argent public. Le cas Ÿnsect n’est pas isolé. Dans un contexte budgétaire tendu, la question de l’efficacité des aides aux entreprises devient cruciale.
Mathias Thépot a souligné le paradoxe : d’un côté, des fonds spéculatifs réalisent des profits considérables en restructurant des entreprises françaises ; de l’autre, l’État continue de soutenir financièrement des projets dont la viabilité économique n’est pas toujours démontrée.
Les syndicats, de leur côté, ont insisté sur la nécessité de conditionner les aides publiques à des engagements précis en matière d’emploi et de maintien des sites. Une proposition qui fait consensus parmi les différents témoins.
VERS UN COMBAT POUR LA SOUVERAINETÉ
Au-delà des cas particuliers, c’est bien un modèle de développement qui est en question. La France peut-elle se permettre de laisser ses actifs stratégiques passer sous contrôle étranger au nom de la liberté des investissements ? Peut-elle accepter que des fonds spéculatifs réalisent des profits sur la restructuration de son tissu industriel, parfois au prix de destructions d’emplois massives et de perte de souveraineté ?
Les travaux de la commission d’enquête, nourris par des témoignages, dessinent les contours d’une réponse possible. Il ne s’agit pas de fermer la France aux investissements étrangers, mais de poser des garde-fous, d’exiger de la transparence, de conditionner les aides publiques à des engagements précis et contrôlables.
Le rapport final, attendu pour l’été 2026, devrait formuler des propositions législatives concrètes. Reste à savoir si la volonté politique sera au rendez-vous pour les mettre en œuvre. Car en face, les intérêts financiers sont puissants et bien organisés.
Jean Lamolie




























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