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Loys de Pampelonne : «Il y a 30 ans, Philippe Séguin annonçait l’ère de l’intelligence artificielle»

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Par Loys de Pampelonne

Le 19 juin 2026 à 12h40

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«Ce qui rend le discours de Séguin unique, c’est qu’il émane d’un responsable politique de premier plan et que cette lucidité n’a produit aucune conséquence stratégique».

«Ce qui rend le discours de Séguin unique, c’est qu’il émane d’un responsable politique de premier plan et que cette lucidité n’a produit aucune conséquence stratégique». Jean-Christophe MARMARA / Le Figaro

FIGAROVOX/TRIBUNE - À l’occasion du salon VivaTech qui se tient à Paris jusqu’au 20 juin, le chercheur associé à l’Institut Thomas More raconte que le président de l’Assemblée nationale avait compris, il y a 30 ans, que la civilisation de demain serait fondée sur la maîtrise de l’intelligence et du savoir.

Loys de Pampelonne est chercheur associé à l’Institut Thomas More.


Nous sommes alors à une époque où Google n’existe pas, où Internet demeure confidentiel, et où les smartphones relèvent de la science-fiction. Philippe Séguin, président de l’Assemblée nationale, prononce pourtant ce soir-là une analyse lucide : la révolution qui vient ne sera pas seulement économique, ce sera une mutation de civilisation, fondée sur la maîtrise de l’intelligence et du savoir. Il voit déjà le risque que cette révolution devienne « la seule propriété d’une élite », construite sans les peuples, subie plutôt que maîtrisée.

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Mais l’intérêt de Séguin n’est pas d’avoir eu raison sur l’intelligence artificielle. D’autres, dans les laboratoires et les universités, avaient aussi vu venir cette révolution. Ce qui rend ce discours unique, c’est qu’il émane d’un responsable politique de premier plan et que cette lucidité n’a produit aucune conséquence stratégique. Séguin est intéressant non parce qu’il anticipait 2026, mais parce qu’il appartient à une génération de responsables politiques qui considéraient encore que gouverner consistait à préparer 2050 plutôt qu’à commenter la semaine suivante. C’est cette génération-là qui a disparu, et cette disparition-là qui nous coûte cher.

La politique contemporaine souffre d’un paradoxe : jamais les responsables publics n’ont autant parlé et jamais la parole politique n’a semblé aussi incapable de décrire le monde qui vient. Le cycle médiatique s’est imposé comme l’horizon principal de la décision publique. Le responsable politique est devenu gestionnaire de l’instant : il réagit davantage qu’il n’anticipe, il commente davantage qu’il ne prépare. La politique est passée d’une culture de la prévision à une culture de la réaction. Or les grandes transformations historiques ne fonctionnent pas au rythme des chaînes d’information continue. L’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, l’informatique quantique, les biotechnologies se déploient sur plusieurs décennies. Ils exigent précisément ce que la politique contemporaine peine à produire, de la continuité, de la patience et de la vision.

Le résultat est visible : nous parlons des batteries lorsque l’Asie contrôle la chaîne de valeur ou des semi-conducteurs lorsque Taïwan et les États-Unis dominent le secteur. Nous parlons de l’intelligence artificielle lorsque les plateformes américaines ont pris une avance considérable. Nous traitons trop souvent la souveraineté comme un problème de réparation plutôt que comme un exercice de prévision.

La souveraineté n’est donc pas seulement la capacité de protéger ce que l’on possède mais d’abord la capacité d’identifier suffisamment tôt ce dont dépendra notre liberté demain.

Loys de Pampelonne

Les puissances qui dominent une époque sont celles qui identifient les ruptures techniques avant les autres. La puissance britannique s’est construite sur la révolution industrielle, la puissance américaine sur le numérique et la puissance chinoise repose sur une stratégie de plusieurs décennies associant industrie, recherche et technologies critiques. Aucune de ces trajectoires n’est née d’une réaction à l’urgence, elles procèdent du temps long. La souveraineté n’est donc pas seulement la capacité de protéger ce que l’on possède mais d’abord la capacité d’identifier suffisamment tôt ce dont dépendra notre liberté demain. À douze mois de la présidentielle, chaque filière revendique la sienne, industrielle, numérique, sanitaire, alimentaire. Mais un mot qui désigne tout ne signifie plus rien. Le vrai débat de 2027 ne sera pas de savoir s’il faut davantage de souveraineté. Il sera de décider lesquelles privilégier quand les ressources sont limitées. Il faudra choisir, et choisir suppose d’anticiper, pas de réagir.

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La France ne manque pas d’experts sur l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou les technologies critiques. Elle manque de responsables politiques capables de transformer ces expertises en décisions stratégiques engageant l’avenir sur dix ou vingt ans. Les élites politiques sont trop souvent focus sur des questions institutionnelles ou budgétaires et insuffisamment sur les ruptures technologiques qui redessinent les rapports de puissance. L’IA, les données, le calcul, la cybersécurité ne sont plus que des sujets techniques mais des sujets politiques majeurs qui exigent des responsables capables de penser à l’échelle d’une génération, pas d’un quinquennat.

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Philippe Séguin n’avait pas accès à des informations que ses contemporains ignoraient. Il avait simplement conservé cette capacité de regarder au-delà de la prochaine élection. C’est cette capacité-là que la démocratie française doit retrouver. Non par nostalgie d’un homme, pas seulement, mais parce que sans elle, aucune souveraineté ne tient, et aucune anticipation n’est possible. Le problème n’est pas que nous manquions de lucidité en 1996, mais que nous en manquons encore aujourd’hui.

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