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Le chercheur Hugo Subtil a combiné les données de 18 000 fermetures de bars-tabacs en 20 ans avec les résultats des élections présidentielles et législatives sur 25 ans.

ERIC BERACASSAT / Hans Lucas via AFP
L’enseigne du Café Brasserie, à Neuilly-sur-Seine, Île-de-France, France, le 24 janvier 2026.
« Quand les bars-tabacs ferment. L’érosion du lien social local et la progression du vote d’extrême droite en France » : le nom de l’étude du Centre pour la recherche économique et ses applications, parue vendredi 30 janvier, résume déjà bien son constat. La fermeture de 18 000 bars-tabacs en vingt ans aurait participé à la progression durable du vote en faveur du Rassemblement national.
Pour parvenir à cette analyse, le chercheur en science politique à l’université de Zurich, Hugo Subtil, a combiné les données de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022 avec les résultats des élections présidentielles et législatives sur 25 ans. Là où un bar-tabac ferme, on observe une progression du vote pour le RN au fil du temps, explique l’auteur principal de ces travaux.
Et pour cause. Avec ses jeux à gratter, ses télés, ses tables pour prendre un café et surtout son comptoir, les bars-tabacs sont des lieux de sociabilité et de politisation. Donc, leur disparition diminue automatiquement les occasions d’échanges entre habitants et la vie démocratique locale, d’après cette étude. Les individus « vont se retrouver entre eux, se recentrer sur leur famille, et leurs amis, des personnes avec qui ils partagent déjà beaucoup de caractéristiques sociales et d’opinions ».
Et l’étude abonde : « quand il n’y a plus de lieu pour se parler, la politique devient un face-à-face entre l’individu isolé et les grands récits médiatiques – et dans ce face-à-face, les discours qui offrent des réponses simples ont un avantage structurel ».
La tendance peut être inversée
Le lien entre fermeture des bars-tabacs et progression du RN n’est pas immédiat : il augmente progressivement sur le temps long, à la faveur de plusieurs élections. La fermeture d’une boulangerie ou d’autres commerces des petites communes n’a pas non plus le même effet. Elle n’affecte pas durablement le vote d’extrême droite, car les échanges y sont différents, davantage « transactionnels ».
Étant donné que les commerces sont plus rares dans les villages, l’impact de la fermeture de ces établissements sur le vote RN y est trois fois plus élevé que dans les zones urbaines. D’autant qu’il existe un effet boule de neige : l’étude révèle que dans 22 % des cas, l’année suivant la fermeture du bar-tabac, la commune perd tous ses lieux de rencontres pour les habitants.
Bien évidemment, il existe d’autres facteurs qui favorisent le vote RN, à l’instar de la montée du chômage, de l’incompréhension des politiques sur l’immigration ou du niveau d’éducation. C’est pourquoi Hugo Subtil précise : « Ces fermetures doivent être comprises moins comme une cause directe que comme un marqueur et un accélérateur de la désagrégation des réseaux sociaux locaux ».
Ce constat n’est pas immuable, pointe le chercheur. Dans les communes où de nouveaux bars-tabacs ouvrent, il y a une baisse progressive du vote RN, suggérant que recréer des lieux de sociabilité peut inverser la tendance avec le temps.


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