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Les violences conjugales augmentent-elles pendant la Coupe du monde ? Pour ces expertes, ce n’est pas si simple

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Life 26/06/2026 08:00

Si plusieurs études montrent une corrélation entre compétition de football et hausse des violences conjugales, le sujet nécessite une approche multifactorielle plus complexe.

Une étude britannique publiée en 2014 a démontré que les cas de violence domestique augmentaient de 38 % en cas de défaite et de 26 % lors des victoires ou matchs nuls.

South_agency / Getty Images

Une étude britannique publiée en 2014 a démontré que les cas de violence domestique augmentaient de 38 % en cas de défaite et de 26 % lors des victoires ou matchs nuls.

Depuis le 11 juin, le monde entier vibre pour la Coupe du monde masculine de football. Dans les bars, les fan zones et les salons, les émotions des supporters se succèdent au gré des victoires et des défaites de leur équipe, sans compter sur les séances de tirs au but, qui mettent leurs nerfs à rude épreuve.

Et comme tous les quatre ans, lorsqu’est organisée cette grande compétition sportive, un autre sujet, plus sombre, refait surface : celui d’une possible hausse des violences conjugales les soirs de match.

Cette affirmation s’appuie sur plusieurs études, régulièrement citées lorsqu’a lieu la Coupe du monde de football. Parmi elles, celle menée par l’Université de Lancaster, en Angleterre, et parue en juin 2014 dans le Journal of Research in Crime and Delinquency. Selon ses auteurs, qui ont croisé les chiffres de la police du Lancashire et ceux des matchs de l’équipe d’Angleterre lors des Mondiaux de 2002, 2006 et 2010, les cas de violence domestique ont augmenté de 38 % en cas de défaite et de 26 % lors des victoires ou matchs nuls.

D’autres travaux, plus récents, ont eux établi que les violences survenaient en moyenne dans les 8 à 10 heures suivant la rencontre sportive, et étaient majorées lorsque leur auteur avait consommé de l’alcool.

Des chiffres impossibles à confirmer en France

Mais ces données sont-elles toujours d’actualité et, surtout, comparables à ce que l’on pourrait mesurer en France ? Impossible de le savoir car aucune étude n’a été menée ici sur le sujet, nous apprend Mine Günbay, directrice générale de la Fédération nationale Solidarité femmes, qui gère le 3919, le numéro gratuit et accessible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 destiné aux femmes victimes de violences. « Au niveau de la ligne d’écoute, c’est très difficile d'établir avec précision une corrélation entre Coupe du monde et hausse des violences, tout comme il est impossible aujourd’hui de mesurer le lien entre violences conjugales et canicule », souligne Mine Günbay.

« De plus, ajoute-t-elle, on peut constater que les femmes n’appellent pas forcément le lendemain de coups, et nous rapportent plutôt que leur compagnon est régulièrement violent, parfois lorsqu’il est sous l’emprise de l’alcool. Les violences conjugales ne se limitent pas à un acte isolé un soir de match, c’est tout un système. »

Le football, un prétexte et non un déclencheur

C’est aussi l’analyse faite par Capucine Coudrier. Dans une vidéo publiée le 15 juin dernier sur son compte Instagram Ovairestherainbow, la militante féministe rappelle justement que le football n’est qu’un facteur de risques de passage à l’acte parmi d’autres - la consommation d’alcool, le stress, la chaleur, la virilité -, et non le déclencheur des violences.

Or, pointe-t-elle, c’est tout le biais de ces études, qui font de la Coupe du monde, et plus globalement du football, un facteur causal aux violences. « Et c’est un vrai problème, explique Capucine Coudrier au HuffPost. Car si on associe les violences conjugales au foot, on se dit que c’est ponctuel, pas si grave. Or, les femmes qui vivent un enfer les soirs de match, elles vivent aussi un enfer le reste de l’année. Ce sont les normes viriles, et donc le patriarcat, qui sont à l’origine des comportements violents, pas le foot. »

« Le football n’est qu’un prétexte. Les coups donnés après un match surviennent dans des couples dans laquelle la violence est déjà préexistante et jamais dans ceux où ne s’exerce pas de schéma de domination », la rejoint Mine Günbay.

Un biais classiste et raciste

L’autre écueil de ces études liant Coupe du monde et violences conjugales est qu’elles participent à renforcer les stéréotypes sur la figure du footeux violent. « Mais le foot n’est pas plus un sport de gros virilistes machistes qu’un autre », martèle Mine Günbay, qui dénonce un biais « classiste et raciste » autour des amateurs de ce sport populaire, comme si les auteurs de violences conjugales étaient nécessairement des supporters de foot issus de banlieue, souvent racisés.

C’est aussi le constat que fait Capucine Coudrier dans sa vidéo. Elle en veut pour preuve le traitement médiatique des célébrations qui suivent les victoires, comme début juin avec le sacre du PSG en Ligue des Champions, plus prompts à relayer les « débordements » que les scènes de liesse bon enfant, pourtant majoritaires. « La violence populaire est plus visible que plein d’autres violences qui sont exercées par les catégories socioprofessionnelles plus aisées, mais qui savent mieux la cacher. C’est donc plus facile de la cibler et de la dénoncer », estime la militante.

« On met en exergue la violence commise en marge de cette discipline très visible et, c’est vrai, très masculine. Et il existe évidemment des affaires de footballeurs accusés d’agressions sexuelles ou de viols. Mais les violences existent dans toutes les catégories professionnelles, dans toutes les tranches d’âge », insiste Mine Günbay.

« Les auteurs de violences conjugales sont partout, dans toutes les disciplines », ajoute Capucine Coudrier, qui cite à titre d’exemple Alexander Zverez, sacré à Roland Garros cette année malgré les accusations de violences par deux anciennes compagnes. « La preuve qu’on peut à la fois être riche et violent. La différence, c’est qu’il continue à être acclamé. Cela montre bien le privilège dont bénéficient les personnes puissantes. »

Comment, alors, sensibiliser le public aux risques de violences faites aux femmes sans stigmatiser ? Nos deux expertes le répètent : la prévention est essentielle. « C’est bien de dire aux femmes de faire attention lors des compétitions sportives, mais ce qui serait encore mieux, de défendre des politiques de prévention et de soin envers les petits garçons et les jeunes hommes pour qu’ils n’en viennent pas à commettre ces violences », juge Capucine Coudrier. « Il faut cibler les lieux que fréquentent les supporters, qu’importe la discipline, pour rappeler que le sport n’est pas un prétexte au passage à l’acte », complète Mine Günbay, qui aimerait aussi que les pouvoirs publics remettent enfin à l’ordre du jour la mixité sportive pour « altérer les schémas de pensée virilistes ». Des mesures indispensables, dans un contexte où le 3919 a enregistré une augmentation de 7 % du nombre d’appels ces 12 derniers mois.

Si vous ou une personne proche êtes victime de violences conjugales, vous pouvez obtenir de l’aide en appelant le 3919, la ligne d’écoute gratuite et anonyme, accessible 24h/24 et 7j/7, gérée par la Fédération nationale Solidarité Femmes. Vous pouvez aussi les contacter par tchat anonyme sur leur site.

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