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LFI n’arrive pas à se dépêtrer des accusations après le concert interrompu de Barbara Butch

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La France insoumise fait de nouveau face à des accusations d’antisémitisme. Elle est aussi critiquée à gauche pour avoir ciblé une artiste déjà victime de campagnes de haine.

Manuel Bompard  et Mathilde Panot, ici au siège de LFI en 2025

THOMAS SAMSON / AFP

Manuel Bompard et Mathilde Panot, ici au siège de LFI en 2025

L’indignation ne retombe pas. Plusieurs jours après l’interruption d’un concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble à la suite de l’intervention de militants de la section locale de la France insoumise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon peine à répondre aux critiques. Au-delà des adversaires habituels de LFI, qui ont immédiatement crié à l’antisémitisme, elles viennent aussi, cette fois, de personnalités de gauche, dont certaines qui ne sont pas fâchées avec la France insoumise.

Ce mardi 21 juillet, Barbara Butch s’est longuement exprimée dans Libération pour témoigner de « la violence inouïe » dont elle a été victime. L’artiste y raconte la pression en amont du concert, « la haine dans les yeux » des manifestants et dit s’être « sentie en danger physique » en étant la cible de projectiles.

Le parquet de Grenoble a ouvert le même jour une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés ». La DJ, figure des nuits parisienne LGBTQ+, doit être reçue ce mercredi 22 par la ministre de la Culture Catherine Pégard. « L’antisionisme invoqué n’a été, à Grenoble, que le vêtement de l’antisémitisme », écrit l’artiste dans Le Monde.

Ces accusations en antisémitisme, régulières vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement, ont été partagées par une partie de la classe politique. « L’antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel », a tonné l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, en référence à la formule polémique de Jean-Luc Mélenchon sur « l’antisémitisme (qui) reste résiduel en France ». Aussi candidate à la présidentielle, la cheffe de file de l’extrême droite Marine Le Pen a dénoncé « l’antisémitisme de l’extrême gauche, sa violence récurrente, sa nature et son projet totalitaires ». Barbara Butch « a été ciblée en raison de l’antisémitisme qui sévit particulièrement au sein de LFI », a encore appuyé la ministre déléguée à l’Égalité hommes-femmes Aurore Bergé.

Accusé d’antisémitisme, LFI rappelle son soutien à l’artiste après les JO

En guise de défense, les cadres LFI ont rappelé leur soutien à Barbara Butch après la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris, où elle avait été la cible d’une campagne homophobe et grossophobe. « Lorsque je soutiens Barbara Butch face au cyberharcèlement de l’extrême droite, cela démontre bien que nous ne nous en prenons pas à la personne et encore moins à la judéité de la personne », a insisté Mathilde Panot, nécessairement interrogée sur le sujet ce mercredi à l’occasion d’un passage sur BFMTV.

Quelques jours plus tôt, Manuel Bompard tenait des propos similaires. « Évidemment que signer une tribune pour condamner l’antisémitisme n’a rien de choquant, tout le monde devrait (en) signer », déclarait-il sur franceinfo, alors que les appels au boycott visant Barbara Butch s’appuient en partie sur sa signature d’un texte en soutien à la proposition de loi Yadan.

Censé « lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme », la proposition de loi était contestée par de spécialistes du droit comme par des organisations représentatives de la communauté juive, en France et à l’international. Il lui était reproché une « confusion volontaire » entre « antisémitisme » et « antisionisme », ainsi qu’un flou juridique « dangereux pour les libertés publiques ». Le texte a finalement été retiré par son autrice avant que le gouvernement n’en propose un autre, sensiblement différent.

LFI épinglée sur sa gauche pour ses « méthodes » et son « ciblage »

« Ce qui est reproché à Barbara Butch, c’est la signature d’une tribune pour la loi Yadan (...) et d’avoir été jouer à quelques kilomètres d’un génocide, en août 2025 », a répété Mathilde Panot ce mercredi, en référence à la participation de la DJ à un concert organisée par l’ambassadeur de France en Israël. Dans Libération, Barbara Butch présente l’ambassadeur comme un « ami » dont elle a « honoré l’invitation ». « J’aimerais rappeler que la majorité de ma famille vit en Israël. (...) Et je serais peut-être amenée à y retourner. Personne ne choisit d’où il vient, je n’ai pas choisi d’avoir de la famille là-bas », se justifie-t-elle. Avant de prendre à nouveau ses distances avec la tribune, expliquant n’avoir pas su « lire entre les lignes » que « la loi empêcherait la critique d’Israël ».

Barbara Butch s’était déjà désolidarisée en mai dernier de ce texte. Sans vraiment convaincre La France insoumise. Au lendemain de l’interruption du concert, Manuel Bompard a estimé que sa signature était une « prise de position politique », disant « comprendre des contestations pacifiques ». Le coordinateur national du mouvement mélenchoniste a néanmoins condamné les insultes et les projectiles. Mathilde Panot a également jugé « mauvais » le tract de la section locale pour appeler au rassemblement. Le visuel montrait Barbara Butch éclaboussée de sang sur fond de drapeau LGBTQ ornée d’une étoile de David. La cheffe de file des députés a cependant démenti toute dimension antisémite, arguant que « c’est le drapeau de la pride de Tel-Aviv ».

Reste que la France insoumise est sous pression à gauche. Pas tant sur le prétendu antisémitisme du mouvement que sur la méthode employée à l’encontre d’une artiste déjà visée par de multiples campagnes de haine. Dans une publication sur Instagram, la députée écologiste Sandrine Rousseau a apporté son soutien à Barbara Butch au nom de « l’intersectionnalité de nos luttes ». « De nombreuses autres personnalités ont signé cette pétition sans subir le même traitement. Que la principale cible soit une femme déjà victime de multiples discriminations devrait tous.tes nous interroger », écrit l’élue, qui plaide pourtant pour l’ouverture de discussions entre son parti et les insoumis en vu de 2027. « On peut défendre les droits du peuple palestiniens avec détermination, sans renoncer à des principes essentiels. Refuser les ciblages qui alimentent des discriminations déjà existantes », poursuit-elle. Son discours fait écho à celui de Clémentine Autain, en rupture avec LFI mais qui n’écarte pas non plus un soutien à Jean-Luc Mélenchon. « N’a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s’en prendre à Barbara Butch ? », a-t-elle taclé.

Barbara Butch doit se produire samedi 25 juillet dans un festival dans l’Yonne. Auprès de Libération, elle a déploré la « récupération et l’instrumentalisation » de sa personne, disant vouloir « se concentrer sur son travail » dans « des endroits où on arrive à se retrouver malgré nos différences autour de la musique ».

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