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Les virus « écoutent » les conversations des autres, mais il leur arrive parfois de se faire avoir par des fake news (et l’arnaque est brillante)

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L’art de la manipulation et des fausses informations n’est pas un privilège réservé aux réseaux sociaux. Dans le monde impitoyable de la microbiologie, l’évolution a doté certains des organismes les plus simples de la planète d’une capacité effarante : le mensonge chimique. Une équipe de chercheurs britanniques vient de prouver que les virus ne se contentent pas de communiquer entre eux pour survivre, ils pratiquent l’espionnage industriel et diffusent de faux signaux pour neutraliser leurs rivaux. Une découverte digne d’un roman d’espionnage qui pourrait bien nous offrir l’arme ultime contre l’antibiorésistance.

Le dilemme du squatteur : piller ou hiberner

Pour comprendre cette guerre invisible, il faut s’intéresser aux phages, une catégorie de virus dont la seule raison de vivre est d’infecter des bactéries. Lorsqu’un phage pénètre dans une cellule bactérienne, il fait face à un choix stratégique crucial. Soit il pirate la cellule pour se multiplier frénétiquement jusqu’à la faire exploser (la lyse), soit il opte pour la discrétion absolue, se cachant en dormance en attendant des jours meilleurs (la lysogénie).

Comment un être microscopique dépourvu de cerveau prend-il cette décision ? En « lisant » la pièce. Les phages libèrent de petits messages chimiques, appelés peptides, à chaque fois qu’ils tuent une bactérie. Si la concentration de ces peptides est faible, le virus en déduit que le buffet est plein et lance l’attaque. Si l’environnement est saturé de peptides, c’est le signal d’une hécatombe : la nourriture se fait rare, il est urgent de se mettre en hibernation.

L’espionnage inter-espèces tourne à la manipulation

Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que cette communication, proche du « quorum sensing » bactérien, se limitait à un réseau privé entre virus d’une même souche. Mais les travaux de Rebecca Woodhams et Robyn Manley à l’Université d’Exeter viennent de faire voler cette théorie en éclats. Les phages sont en réalité capables de mettre sur écoute les communications d’autres espèces virales, selon un communiqué.

C’est ici que l’évolution montre son visage le plus machiavélique. Cette écoute n’a rien d’une coopération amicale ; c’est une arme de manipulation massive. Les chercheurs ont découvert que certains virus émettent intentionnellement des signaux de détresse sur les « fréquences » de leurs rivaux. En captant ce message de fausse pénurie, le virus concurrent panique et se met immédiatement en dormance.

Neutraliser le rival pour rafler la mise

Cette technique de brouillage offre un avantage évolutif déloyal et magistral au manipulateur. En forçant un concurrent plus virulent à s’endormir sur la base d’une information trompeuse, le phage émetteur s’assure d’avoir le champ libre pour infecter et dévorer les bactéries restantes en toute impunité. La communication virale devient une véritable arme de dissuasion.

Le phénomène est si puissant que les chercheurs préviennent déjà d’un effet pervers : si une souche abuse trop de cette désinformation, l’évolution poussera inévitablement les virus trompés à muter pour devenir « sourds » à ces signaux.

L’avenir de la médecine se joue dans ces mensonges

Loin d’être une simple curiosité biologique, cette découverte a un enjeu médical colossal. Les phages sont actuellement considérés comme le meilleur espoir de l’humanité pour remplacer les antibiotiques défaillants. Contrairement à nos médicaments statiques, les phages peuvent évoluer en temps réel pour traquer les superbactéries.

Si cette étude s’est concentrée sur des microbes digestifs et agricoles, le mécanisme s’applique aux pathogènes humains. En apprenant à décrypter et à imiter ces « mensonges » viraux, la médecine de demain pourrait pirater le système de communication des phages pour les forcer à attaquer de manière ciblée les infections les plus mortelles.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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