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«Les superprofits, ce mot-valise inventé pour justifier une énième taxe»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - L’annonce par TotalEnergies d’un bénéfice de 5,8 milliards de dollars a relancé les appels à taxer les «superprofits», un terme qui n’a pourtant aucun sens en économie, selon Kevin Brookes et Joris Valentini, membres du think-tank libéral Génération Libre.

Kévin Brookes est directeur du think-tank Génération Libre et enseignant à Sciences Po Paris. Joris Valentini est chargé de mission au think-tank Génération Libre.


Le 29 avril, TotalEnergies a annoncé un résultat de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026 (en hausse de 51 %). Une heure plus tard, le mot était lâché : «superprofits». Quarante-huit heures plus tard, des élus exigeaient par réflexe une taxe. Personne n’a attendu les chiffres d’ExxonMobil, Shell ou BP pour conclure. Un communiqué, une indignation, une proposition fiscale : la séquence est rituelle. Finissons-en.

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Commençons par la sémantique, puisque c’est par elle que commence la confiscation. Le «superprofit» n’existe pas dans la théorie économique. Aucun manuel sérieux ne s’en sert. Il existe des profits, plus ou moins élevés, plus ou moins cycliques. Le «superprofit», lui, est un concept fumeux, un mot-valise inventé pour justifier une énième taxe «exceptionnelle» (comprendre définitive…) !

Le Brent est passé de 75 à plus de 110 dollars en un an, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient et de la fermeture du détroit d’Ormuz. Un pétrolier dont les résultats progressent dans ce contexte ne réalise pas un «superprofit». Il réalise simplement son objet social et n’est pas responsable de la conjoncture. TotalEnergies est le seul des cinq majors mondiaux à avoir publié à l’heure qu’il est. ExxonMobil publie le 1er mai, Shell le 7 mai, BP et Chevron dans la foulée. Avec un baril identique pour tous, leurs chiffres seront du même ordre, entre 5 et 9 milliards de dollars. Exxon a d’ailleurs annoncé dès mars un effet positif de 2,9 milliards sur son seul trimestre.

Surtaxer Total, c’est offrir un cadeau à ses concurrents : Exxon, Chevron, Shell et BP. Ils empocheront leur trésorerie pour la réinvestir dans l’exploration, le GNL ou les rachats d’actions.

Mais la différence c’est que personne, à Houston ou à Londres, ne parle de «superprofits». On parle de prix du pétrole. Voilà toute la différence ! La singularité française n’est pas dans les comptes de Total : elle est dans le réflexe qui les accueille. Pire : surtaxer Total, c’est offrir un cadeau à ses concurrents. Pendant qu’à Paris on rognerait sa trésorerie, Exxon, Chevron, Shell et BP empocheraient la leur, pour la réinvestir dans l’exploration, le GNL ou les rachats d’actions. On ne pénalise pas un champion : on le fait décrocher.

Il y a pire encore : malgré ses bonnes marges, permises par l’intégration verticale de ses activités, TotalEnergies est le seul major à avoir plafonné ses prix à la pompe en France. Il vend aujourd’hui l’essence la moins chère du marché. On punit donc un acteur qui a rendu du pouvoir d’achat au consommateur tout en améliorant ses propres marges, comme si réussir à concilier l’intérêt des consommateurs et des actionnaires était une faute. Ce n’est pas de la politique fiscale : c’est une haine de l’argent déguisée en rigueur budgétaire.

Une fois lâché, ce mot devient la porte ouverte à la chasse aux entreprises qui osent faire du profit. Le président de la commission des Finances de l’Assemblée l’a démontré sur BFM, en citant LVMH parmi les cibles potentielles au motif qu’elle figure au CAC 40. Au pifomètre. La maison Arnault a pourtant vu son chiffre d’affaires reculer de 5 % en 2025, plombée par les tarifs douaniers américains. Peu importe : elle a le tort d’être visible. Si l’on peut taxer une entreprise pour ce qu’elle représente plutôt que pour ce qu’elle gagne, il n’existe plus de fiscalité prévisible. Il existe une taxe de ressenti, créée à la louche, votée à l’humeur.

À lire aussi Pétrole : se dirige-t-on vers «une ère de pénurie» d’ici «deux ou trois mois», comme le prévoit le patron de TotalEnergies ?

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Ce raisonnement a un coût qui n’apparaîtra dans aucun tableau de Bercy. Depuis 200 ans, et les travaux de l’économiste Frédéric Bastiat, on sait qu’il y a toujours ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas dans les politiques publiques. Ce que l’on voit, ce sont les interdictions et les gains à court terme. Ce que l’on ne voit pas, ce sont les effets non voulus et inattendus (impossibles à mesurer) des politiques publiques. On voit le chèque encaissé, mais on ne voit pas : l’investissement annulé, le siège délocalisé et l’activité économique empêchée. On voit ce qu’on prend, on ne voit pas ce qu’on perd.

TotalEnergies est coté à New York en actions ordinaires depuis décembre 2025. La part des actionnaires américains est passée de 33 % à 48 % en dix ans. Chaque pulsion fiscale de nos législateurs accélère le mouvement. 
Et pour quel gain ? La taxe «superprofits» votée fin 2022 a rapporté 600 millions d’euros en 2023, là où Bercy en attendait 3 milliards, un cinquième du rendement espéré, de l’aveu du ministre des Comptes publics. Face à un déficit de 152,5 milliards et à une dette de 3.460 milliards en 2025, le calcul est cruel : pas même un demi pour cent du déficit annuel couvert ! La mesure est peut-être payante politiquement, mais absurde sur le plan budgétaire. Aucune taxe d’humeur ne redressera nos comptes : seule une remise en cause du périmètre d’action de l’État le fera.

Il n’y a pas de superprofits. Il y a des profits, des cycles d’affaires, malheureusement perturbé par des hommes politiques belliqueux. Confondre le profit avec du vol conduit nos politiques à faire ce qu’ils font de pire : taxer sans en mesurer les conséquences.

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