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Lors des missions Apollo, les astronautes ont laissé sur la Lune près d'une centaine de sacs poubelle contenant des excréments, de l'urine et d'autres déchets biologiques. À l'époque, ce geste répondait à une contrainte très pragmatique : alléger le module lunaire avant le retour vers la Terre. Ces déchets sont toujours là aujourd'hui, sans que cela ne soulève de véritable inquiétude, la Lune étant considérée comme un monde stérile.
Mais les prochaines destinations ne seront pas aussi « inoffensives ». Mars reste par exemple l'une des principales candidates à l'existence d'une vie microbienne passée ; plus loin encore, les lunes glacées Europe (qui orbite autour de Jupiter) et Encelade (qui orbite autour de Saturne) abritent des océans sous leur croûte de glace et figurent parmi les lieux les plus prometteurs du Système solaire pour rechercher une vie extraterrestre.
Quels sont les différents types de microbiote ?
On entend de plus en plus parler du microbiote intestinal. Son équilibre est essentiel au maintien d’un bon état de santé. Saviez-vous qu’il existe d’autres microbiotes dans notre organisme ? Les microbiotes cutanés, vaginaux, buccaux et pulmonaires sont tout aussi indispensables au bon fonctionnement de notre organisme.... Lire la suite
Dans ces environnements, la moindre contamination pourrait compromettre des décennies de recherches car... les astronautes ne voyageront jamais seuls. Chaque être humain est un véritable écosystème, hébergeant des milliers d'espèces de bactéries, de champignons et d'autres micro-organismes sur sa peau, dans sa bouche, ses voies respiratoires ou son intestin. Ce microbiote joue d'ailleurs un rôle essentiel dans notre santé et nous accompagne partout où nous allons, y compris dans l'espace.
Le microbiote intestinal est le plus important microbiote du corps. Il coexiste avec les microbiotes de la sphère nez-bouche-pharynx, de la peau, des poumons ou encore du vagin. À lui seul, il abrite jusqu'à environ cent mille milliards de micro-organismes. © PixScience pour l’Inserm
Lorsque les premiers humains poseront le pied sur Mars, ils n'arriveront donc pas seuls. Avec eux voyageront des milliards de passagers clandestins invisibles. Que deviendront-ils après plusieurs mois passés dans l'espace ? Pourraient-ils contaminer les mondes explorés ou, au contraire, représenter un risque pour les astronautes eux-mêmes ? C'est à ces questions qu'a voulu répondre une nouvelle thèse soutenue à l'université Radboud, aux Pays-Bas.
Des bactéries plus résistantes qu'on ne le pensait ?
L'ambition de la thèse est en fait bien plus large que de simplement chercher à savoir si des bactéries pourraient survivre aux conditions martiennes ; son but est plutôt de comprendre comment les micro-organismes terrestres réagissent aux environnements extrêmes que rencontreront les futures missions spatiales, qu'il s'agisse de la Lune, de Mars ou, à plus long terme, des lunes glacées du Système solaire.
Pour cela, plusieurs contraintes caractéristiques de l'environnement martien ont été reproduites en laboratoire : très faible pression atmosphérique, dessiccation (ou sécheresse intense), froid ou encore rayonnements. Plutôt que de les combiner, ils ont choisi de les étudier séparément afin de mesurer précisément leurs effets sur différentes bactéries. Les résultats montrent que certaines espèces résistent étonnamment bien à plusieurs de ces stress lorsqu'ils sont considérés individuellement. Les auteurs prennent toutefois soin de rappeler que cela ne signifie pas que ces microbes pourraient survivre durablement à la surface de Mars, où tous ces facteurs agissent simultanément et rendent l'environnement bien plus hostile.
La Station spatiale internationale sert de laboratoire pour de nombreuses études sur les microbes et bactéries. L'occasion de voir que ces organismes réagissent étrangement à l'impesanteur, et en deviennent complètement imprévisibles.... Lire la suite
L'un des résultats les plus intrigants concerne leur interaction avec le système immunitaire. Après avoir été exposées à certaines conditions simulant l'environnement martien, plusieurs bactéries semblaient plus difficiles à éliminer par les cellules immunitaires humaines. Elles ne deviennent pas pour autant plus virulentes, mais ces modifications pourraient avoir des conséquences lors de missions de longue durée. La thèse s'intéresse également à un autre danger souvent négligé : les poussières lunaires et martiennes. Des matériaux reproduisant les propriétés de ces poussières ont montré qu'ils pouvaient altérer les cellules des voies respiratoires et favoriser une réponse inflammatoire, un risque supplémentaire à prendre en compte pour les équipages.
Le défi invisible des futures missions spatiales
Au-delà de ces résultats, cette thèse met en lumière un défi encore largement méconnu : l'exploration spatiale est aussi une aventure microbiologique. Quand les spécialistes parlent de protection planétaire, l'objectif est en fait double. Il s'agit d'abord d'éviter que les microbes terrestres ne contaminent des mondes où l'on espère découvrir une vie extraterrestre : sans précautions suffisantes, une bactérie venue de la Terre pourrait être confondue avec un organisme extraterrestre ou modifier durablement un environnement potentiellement habitable.
Cette bactérie a survécu dans l’espace et s'y est même adaptée !
Pendant une année entière, une bactérie a survécu aux conditions extrêmes de l’espace. À l’extérieur de la Station spatiale internationale (ISS). Des chercheurs montrent aujourd’hui qu’elle a même été capable de s’adapter. Une preuve que des micro-organismes peuvent prospérer ailleurs que sur Terre.... Lire la suite
Mais il faut aussi protéger les astronautes. Les missions de plusieurs mois, voire de plusieurs années, modifient déjà le fonctionnement du système immunitaire humain. Si les micro-organismes qui les accompagnent évoluent eux aussi sous l'effet des conditions spatiales, il devient indispensable de mieux comprendre ces interactions avant d'envisager une présence humaine durable sur Mars.
Pour préserver la recherche de vie extraterrestre, la Nasa applique des règles de protection planétaire afin d'éviter toute contamination biologique, aussi bien des autres mondes que de la Terre. © NasaLes recherches présentées dans cette thèse dépassent ainsi largement le seul cas de la planète rouge. Elles concernent également les futures explorations d'Europe, d'Encelade et d'autres mondes susceptibles d'abriter de la vie.
Plus nous nous rapprocherons d'environnements potentiellement habitables, plus une question deviendra essentielle : comment explorer et étudier ces mondes sans y transporter notre propre biosphère ? Avant de découvrir une éventuelle vie extraterrestre, les scientifiques devront peut-être d'abord apprendre à voyager avec la nôtre.
La vie existe-t-elle sur cette lune de Saturne ? De nouveaux éléments de réponse !
La lune glacée de Saturne, nommée Encelade, est peut-être l'endroit le plus prometteur du Système solaire pour des découvertes relevant de l'exobiologie, d'autant plus que contrairement à Europe – autre lune glacée prometteuse, mais autour de Jupiter – elle n'est pas plongée dans un bain de radiations particulièrement dangereux pour une sonde qui l'étudierait en continu. Mais que nous disent aujourd'hui les données de la mission Cassini concernant l'habitabilité de son océan global, sous sa banquise ?... Lire la suite


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