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Tous les pompiers de la sous-station de Saint-Jean-Baptiste de Restigouche au Nouveau-Brunswick ont remis leur démission en raison d’un mauvais climat de travail. Ils accusent les membres du conseil municipal de Kedgwick de leur rendre la vie difficile.
Mario Boudreau n'est plus chef pompier depuis le 24 juin. La raison : il en a eu assez.
Celui qui a accumulé 42 ans d’expérience dans le domaine croit que les soucis ont commencé quand son service d’incendie a été fusionné avec celui de Kedgwick en raison de la réforme de la gouvernance locale qui a eu lieu en 2023.
Parce qu’on était un DSL avant, [c’est] comme si on était des pompiers inférieurs aux autres pompiers parce qu’on est des communautés.

Mario Boudreau, ex-chef pompier de la brigade des incendies de Saint-Jean-Baptiste
Photo : Radio-Canada / Allyson Dubé
Il allègue qu’un conseiller municipal aurait envoyé une lettre au prévôt des incendies pour se plaindre qu’ils étaient une brigade dysfonctionnelle.
C’en est suivi des visites surprises où il a eu l’impression qu’on essayait de les prendre en défaut.
Quand c’était leurs assemblées du village [...], ben là, ils sortaient ça sur leur grand écran [et disaient] : regarde à Saint-Jean-Baptiste c’est ça, ça, ou ben la toilette est pas flushée.
Tu run, puis c’est comme s’il y avait toujours quelqu’un derrière toi qui regardes si tu fais de quoi de mal ou si tu as pas bien fait.
L’homme s’indigne en disant que, comme les autres pompiers, ils sont formés et certifiés. Il souligne aussi que, lorsqu’ils étaient un DSL, ils répondaient directement au gouvernement provincial pour ce qui est des exigences.
Du matériel vieillissant
Mario Boudreau admet que l’équipement des pompiers de Saint-Jean-Baptiste n’est plus à jour. Par exemple, il explique que la durée de vie de ses camions est de 20 ans.
Lui a 28 ans et l’autre en a 27. Celui-là a lâché, dit-il en pointant vers son plus vieux camion.
En [nous désignant comme] sous-station, ça [ôte à la municipalité] l’obligation de nous fournir des camions neufs [ou] à date.

Les camions des pompiers de Saint-Jean-Baptiste ont dépassé leur durée de vie.
Photo : Radio-Canada / Allyson Dubé
Il croit que la municipalité de Kedgwick voit son équipe comme un fardeau financier. Il dit avoir contacté la municipalité en mars pour obtenir de nouveaux équipements respiratoires, par exemple.
J’ai pas eu de réponse, ça reste mort.
Ça a pris presque un an avant [que la municipalité accepte] de transférer les trucks à leur nom, puis ils ont juste transféré la bâtisse à la fin mars 2026. Ça fait depuis 2024 qu’on est avec eux autres. La bâtisse était au DSL, au gouvernement, parce qu’ils ne voulaient pas l’avoir, ça coûtait trop cher à entretenir.
Il croit que la municipalité n'a éventuellement pas eu le choix que d'en faire l'acquisition.
Tu peux pas claquer contre le gouvernement, mais c’est plus facile de claquer sur une petite brigade qui essaie de se tenir la tête en dehors de l’eau.
La goutte qui a fait déborder le vase
L’équipe de Mario Boudreau a dû intervenir dans un incendie où une personne a perdu la vie récemment.
Selon lui, son équipe était déjà sur le terrain, ainsi que le chef pompier de l’équipe de Kedgwick, quand il est arrivé sur les lieux.
Quand je suis arrivé [l’autre chef pompier] se met à crier : tes pompiers sont incompétents, sont pas sur les machines, raconte-t-il. Et là on a un bris de truck, un bris mécanique.
C’est là qu’il s’est dit qu’il ne pouvait pas continuer à travailler dans ces conditions.
Je serais encore là si ce n’était pas de ça.
Le reste de l’équipe a suivi
Quatre jours après la démission de Mario Boudreau, les 10 pompiers restants de la sous-station ont aussi présenté leur démission.
Gabriel Thompson en fait partie. Il dit qu’ils ont écrit une lettre pour mettre de la pression.
C’est ridicule. Ils disent qu’on est des incompétents, s’indigne-t-il. On a pris des cours pour ça.

Gabriel Thompson affirme que son équipe a présenté sa démission afin de mettre de la pression sur le conseil municipal de Kedgwick.
Photo : Radio-Canada
On fait avec quoi ce qu’on a, dit Jean-François Perron qui est pompier depuis l’âge de 16 ans.

Jean-François Perron est pompier depuis l'âge de 16 ans.
Photo : Radio-Canada
Les conseillers appels et me disent, si tu es un bon leader, tu vas ramener tes pompiers, affirme Mario Boudreau.
Je sais qu’il y a un conseiller municipal qui me reproche souvent de ne pas avoir de leadership, mais je demanderais pas à personne d’autre de faire ce que je ne veux pas faire, a confié Mario Boudreau les larmes aux yeux.
Quelques résidents inquiets
La communauté de Saint-Jean-Baptiste se situe à une vingtaine de kilomètres de Kedgwick.
Le temps de réponse inquiète quelques résidents.

Omer Thériault croit qu'il est important que la communauté conserve une brigade.
Photo : Radio-Canada
On vient de perdre une ferme, se désole Omer Thériault.
Moi l’année passée j’ai eu quelque chose chez nous, un feu, puis les pompiers sont venus pour l’arrêter et, si c’était venu d’une autre place, c’était fini là. On passait au feu, ajoute Nicole Godin.

La résidente Nicole Godin s'inquiète de ces démissions.
Photo : Radio-Canada
Aucun conseiller municipal n’était disponible pour commenter le dossier au moment d’écrire ces lignes.
D’après les informations d’Allyson Dubé


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