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Les Nits sur scène à Bruxelles malgré la maladie

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En apparence, tout va bien. En octobre dernier, les Nits ont reçu le prix ­Edison Pop 2025 qui récompense l'accomplissement d'une vie. C'était à l'issue d'un concert au prestigieux Carré d'Amsterdam, entre autres dates d'une tournée applaudie. Les derniers albums sont magnifiques et Henk Hofstede, ­cerveau et cœur du groupe, se penche bientôt sur du nouveau matériel. Il s'est même racheté un vélo ("hollandais, pas du tout électrique, parfaitement démodé"). Henk est sans doute le cycliste le plus créatif de l'univers pop avec David Byrne ("J'ai lu son Journal à bicyclette. Il ne change pas. Je viens de le voir en photo dans une manifestation à New York contre Trump").

L'éternel retour des Nits

Grave maladie

Mais derrière les apparences… Le bâtiment qui abritait leur studio et leurs archives a brûlé en mai 2022. Henk s'est ensuite découvert une myasthénie grave, affection qui perturbe la liaison entre nerfs et ­muscles et provoque des difficultés fluctuantes d'élocution, de déglutition, de vision. Il pouvait marcher, dessiner, probablement plus chanter. ("J'ai pensé que c'était la fin de l'histoire. Et j'étais en paix avec ça. J'ai fait tellement de choses"). Mais si les médicaments ne guérissent pas la maladie, ils la stabilisent et Henk a appris à la contrôler. Les Nits sont repartis en tournée, normalement, si ce terme a du sens pour un groupe qui a toujours démontré une inventivité sans borne, en particulier sur scène. La ­scénographie reposera cette fois sur deux écrans où, comme sur les pages d'un livre, défileront les peintures de Henk.

Vous avez dit que vous ne vous lasseriez jamais de vos hits "Nescio", "In The Dutch Mountains" ou "Adieu Sweet Bahnhof".

C'est toujours vrai. Nous les avons presque toujours joués. Leonard Cohen disait que les chansons, comme les tracteurs, ­peuvent durer éternellement. Sans doute. Mais elles mûrissent ou vieillissent, comme nous (rire). Apporter du plaisir au public est la raison numéro un d'être sur scène. C'est aussi très agréable pour nous. Même si parfois un long concert vous épuise et si, certains soirs, ça nous semble sonner comme un vrai bazar. Un concert est toujours un équilibre entre plaisir et souffrance.

Votre site web affiche "Nits - un bon groupe ("fine" en V.O.) des Pays-Bas depuis 1974". On dirait un slogan d'artisan.

Quelque chose de modeste, oui. Les gens nous connaissent, mais la célébrité n'a jamais été un but. J'aime jouer de la musique, mais pas du tout ce glamour d'être dans un groupe, d'être une rock star.

Quand tout a commencé, il y a 51 ans, quelle était votre ambition?

Nous sommes le plus ancien groupe des Pays-Bas et nous avons la chance d'être encore là. Il y avait tant de choses à résoudre à nos débuts. Le présent était tout: écrire, créer, apprécier le moment. Je n'avais aucune idée que ça durerait et que nous aurions une telle carrière.

Comment vous sentez-vous trois ans après l'incendie de votre studio De Werf?

C'est difficile. Nous louons quelque chose à Amsterdam, rien de comparable à ce que nous avions. À ce stade de notre vie, je ne veux plus trop investir dans des studios et ce genre de choses. Nous avons racheté des instruments, recommencé le travail, mais il nous manque ce chez-nous où nous étions entourés par toute notre histoire. C'est une nostalgie qui reste là, peut-être pour toujours.

Le mini-album "Tree House Fire" qui évoquait ce désastre était introspectif. Mais l'ambitieux "Neon" (2022) n'était déjà plus tout à fait de la pop music.

On ne pouvait pas traiter l'incendie qui a ravagé notre "maison" avec des chansons pop joyeuses. Mais Tree House Fire n'est pas un album déprimant. Il y a de la lumière et de l'espoir. On y traite de la perte de façon poétique, avec une certaine beauté, j'espère. Notre musique va dans cette direction. Nous ne sommes plus les "jeunes nouveaux Beatles hollandais" (rire). J'ai toujours adoré ­Leonard Cohen ou Nick Cave. Dans notre mu­sique, vous retrouverez des échos de cet univers.

A 40 ans, les Nits sont toujours bons pour le service

Il paraît que votre modèle d'élégance est Charlie Watts des Rolling Stones.

Oui, Charlie Watts, l'Anglais typique, ou Ray Davies. Aujourd'hui, Nick Cave s'en sort aussi. Les Nits ont commencé à porter des costumes, des chemises blanches, des trucs comme ça dans les années 80. Mais j'ai toujours été intéressé par les vêtements. J'ai grandi dans les 60's avec des ­groupes très bien habillés. Regardez les photos magnifiques des Small Faces, The Move ou The Who. Aux États-Unis, ils portaient des costumes. Ils ne ressemblaient pas à des stars, mais à des hommes vieux et dignes. J'ai aimé ça.

Comment considérez-vous notre époque? Vous l'évitez?

Non, je regarde, écoute et lis les infos. Tous ces gens qui choisissent un gouvernement de droite… C'est horrible. Depuis mon enfance et comme toute ma famille, je soutiens le Partij van de Arbeid (le parti "travailliste" néerlandais). Il est impensable pour moi de choisir des partis de droite. Personne n'a plus vraiment faim ici aux Pays-Bas, mais des gens se plaignent comme des enragés. Ils veulent revenir en arrière, certains "conservateurs" sont si jeunes qu'ils aspirent à une époque qu'ils n'ont jamais connue. C'est une période très étrange.

Vous vivez ce virage politique comme une défaite?

Oui, c'est une défaite et, dans mon cas, une défaite en tant qu'artiste et musicien, une défaite du goût aussi. Quand on a un gouvernement de droite, avec un public plus orienté à droite, à la radio et à la télévision, le choix des musiques et de films devient médiocre. Et pas très "coloré". Il est très important d'utiliser la musique et l'art contre cet esprit-là. Je suis quelqu'un d'optimiste, mais ­honnêtement, je regarde notre temps et je me dis qu'il faut faire attention.

Le 20/12, Cirque Royal, Bruxelles.

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