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Les lunettes connectées suscitent aussi des peurs : que faire si vous êtes filmé à votre insu ?

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Life 22/07/2026 18:16

Ces lunettes intelligentes permettent de filmer ou de photographier en toute discrétion et donc sans recueillir le consentement des personnes visées. Voici comment les repérer.

L’an dernier, plus de 7 millions de paires de lunettes connectées se sont écoulées dans le monde, soit sept fois plus qu’en 2024, selon l’AFP.

picture alliance / dpa/picture alliance via Getty I

L’an dernier, plus de 7 millions de paires de lunettes connectées se sont écoulées dans le monde, soit sept fois plus qu’en 2024, selon l’AFP.

Dans la rue, dans les transports, en soirée, vous avez peut-être croisé - parfois sans vous en apercevoir - des personnes portant des lunettes Meta.

Timidement apparues sur le marché français en 2022, ces lunettes connectées, reconnaissables à leur monture épaisse signée Ray-Ban ou Oakley, ont longtemps été un accessoire niche, possédé par les seuls geeks ou férus de nouvelles technologies.

En 2026, ce n’est plus le cas. Le nouveau modèle des lunettes Meta a pour égérie Kylie Jenner, et les modèles les plus courants, à commencer par les Wayfarer de Ray-Ban, sont vendus dans des enseignes grand public comme La Fnac, Krys ou Boulanger à moins de 200 euros. L’an dernier, plus de 7 millions de paires de lunettes connectées se sont écoulées dans le monde, soit sept fois plus qu’en 2024, selon l’AFP.

Le rebranding des lunettes connectées en « accessoire de mode premium » par Meta n’y est pas pour rien, et fait même oublier ce qu’elles sont vraiment : un appareil électronique dopé à l’intelligence artificielle. Si elles corrigent bien la vue et protègent les yeux du soleil, les lunettes commercialisées par la multinationale de Mark Zuckerberg servent avant tout à appeler et à envoyer des messages, à écouter de la musique, traduire simultanément, à streamer en direct.

Mais aussi à filmer et à photographier ce que l’on voit, en toute discrétion. Seul signe d’alerte : un porteur et une petite caméra discrète, respectivement dissimulés à gauche et à droite de la monture épaisse, au niveau de la jointure avec les branches des lunettes.

Un objet de surveillance qui peut faciliter les violences

Contrairement au smartphone, qui rend difficile la capture d’images sans être repéré, les lunettes Meta offrent à ses utilisateurs une discrétion totale, puisqu’ils peuvent activer le mode photo ou vidéo en appuyant sur un minuscule bouton, ou directement avec leur voix. De quoi faciliter la saisie illégale d’images et donc la violation du droit à l’image et de la vie privée.

En France et à l’étranger, des témoignages de femmes filmées à leur insu se multiplient. C’est le cas de Zoé, qui a récemment raconté au JT de TF1 avoir découvert une vidéo d’elle capturée par les lunettes Meta et publiée sur les réseaux sociaux. « Je ne connaissais pas du tout cette technologie de pouvoir filmer avec des lunettes, donc je ne me suis doutée de rien », explique la jeune femme, avant d’ajouter être « tombée de mille étages » quand elle a pris connaissance de la captation, qui cumulait déjà 5 millions de vues sur toutes les plateformes.

Dans certains cas, ces lunettes intelligentes peuvent même devenir un objet facilitant les violences sexistes et sexuelles. Sur son compte Instagram, la créatrice de contenus et militante féministe Anna Baldy, alias Grande Bavardeuse, raconte avoir recueilli le témoignage de dizaines de femmes avoir été filmées à leur insu, parfois lorsqu’elles étaient dénudées. Parmi elles, une jeune femme qui assure que son gynécologue portait les fameuses lunettes connectées alors qu’il l’examinait.

En février dernier, une enquête publiée par deux journaux suédois et reprise par Libération pointait ainsi les dérives de ces objets. À Nairobi, au Kenya, les journalistes ont recueilli les témoignages de plusieurs travailleurs de l’Intelligence Artificielle, dont l’emploi consiste à annoter, trier et classer les images recueillies par les lunettes Meta pour « entraîner » l’algorithme. Ils y racontent voir certaines personnes qui semblent filmées à leur insu, mais aussi que l’intimité à laquelle ils ont accès les met mal à l’aise. Actes sexuels, nudité, coordonnées bancaires... « On se dit que si les gens connaissaient l’ampleur de la collecte de données, personne n’oserait utiliser ces lunettes », rapportent-ils.

Comment repérer la captation d’image par les lunettes Meta ?

Comment savoir, alors, si un propriétaire de lunettes Meta est en train de vous filmer sans votre consentement ? Comme le rapporte Futura, le signe le plus évident est le voyant lumineux, situé en haut à droite des lunettes, qui s’allume automatiquement puis clignote lorsque le mode vidéo est activé. Lorsqu’une photographie est prise, il y a également un signal sonore, similaire à celui que peut faire l’obturateur d’un appareil photo.

Le problème, souligne le média, est que le voyant lumineux et ce bruit caractéristique restent trop discrets, en particulier lorsque la personne qui porte les lunettes se trouve dans un environnement bruyant ou très lumineux. Par ailleurs, malgré ce qu’affirme Meta, certains utilisateurs semblent avoir réussi à désactiver le voyant tout en maintenant la fonction vidéo active, ou du moins à le recouvrir pour rendre leur captation invisible.

Alors, pour empêcher d’être filmés ou enregistrés sans leur consentement, certains s’équipent de l’application Nerby Glasses. Disponible uniquement sur Android, elle alerte lorsqu’elle détecte les signaux Bluetooth des lunettes dans un rayon de 3 à 15 mètres.

Que faire si vous avez été filmé par des lunettes Meta ?

Précédemment interrogé par Le HuffPost, Alexandre Blondieau, avocat spécialiste du droit à l’image recommandait d’abord de s’adresser à la personne qui filme pour lui demander ce qu’elle compte faire des images captées, et lui rappeler qu’il est interdit de diffuser votre image sans votre consentement.

Si la vidéo ou les photographies sont diffusées en ligne, et si vous choisissez de porter plainte, c’est surtout leur portée et leur nature qui conditionnera le montant des dommages et intérêts. « Ce n’est pas la même chose d’être exposé sur un compte suivi par des millions de personnes que sur un profil à 300 abonnés », précise l’avocat. En revanche, si l’enregistrement vous montre dans une situation compromettante ou devient viral, le préjudice peut être jugé beaucoup plus grave : vous êtes alors en droit de réclamer des dommages et intérêts plus élevés, souligne maître Blondieau, qui rappelle qu’il vous faudra cependant démontrer qu’un très grand nombre de personnes a vu la publication en question.

Comme le rappelle la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) sur sa page dédiée aux lunettes connectées, l’atteinte à la vie privée d’autrui « en fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé » est une infraction pénale passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende.

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