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Les guerres de Trump seront peut-être la goutte qui fera déborder le vase de l’Architecture financiarisée occidentale

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Par Alastair Crooke – Le 22 octobre 2026 – Source Conflicts Forum

Presque partout, il y a un sentiment de plus en plus profond que le projet économique libéral occidental est sur le point de s’effondrer. C’est évident dans les rues de Paris. Mais cela se voit aussi aux États-Unis, où l’adhésion du président Trump à la guerre contre l’Iran nuit apparemment aux chances Républicaines pour les élections de mi-mandat du mois prochain. Personne ne peut deviner comment Trump choisira de gouverner si les électeurs se retournent contre lui ; cependant, une présidence en colère, frustrée et erratique est très probable pour les deux prochaines années.

Peut-être la clé pour comprendre la tourmente française d’aujourd’hui s’est-elle produite en 2024 : le cycle électoral français avait commencé par un vote au Parlement européen, où le Rassemblement national (RN) de droite, dirigé par Le Pen, avait remporté une victoire décisive. Le RN avait remporté 30 sièges (31,37% des voix) et Ensemble (coalition du président Macron) n’avait remporté que 13 sièges (14,6% des voix).

Après la sévère défaite de sa coalition centriste, Macron a immédiatement dissous l’Assemblée nationale française et déclenché des élections législatives anticipées. Ces élections ont abouti à un parlement sans précédent, suspendu, divisé en trois principaux blocs politiques, sans qu’aucun groupe ne remporte à lui seul les 289 sièges requis pour une majorité absolue. C’était et cela reste encore une impasse.

Alors que le Rassemblement national de Le Pen menait le premier tour de scrutin de ces législatives, les abandons tactiques au second tour par les candidats centristes et de gauche ont modifié le paysage final grâce à un « piratage » (légitime) du vote tactique en sièges conçu pour garantir que RN ne gagne pas le tour final, bien qu’en tête au premier tour de scrutin.

Les récents troubles violents à Paris sont liés aux résultats de ces élections françaises de 2024. Les élections ont créé un Parlement fracturé et bloqué que Macron espérait manipuler. Cela a alimenté la colère croissante du public face au refus de l’élite dirigeante européenne d’accepter la responsabilité de ses erreurs, des erreurs qui ont provoqué la crise économique européenne.

Les principaux aspects de la crise française – une immigration incontrôlable, des services publics défaillants et des pressions croissantes sur le coût de la vie – sont communs à pratiquement toutes les grandes économies libérales. En bref, bien que les problèmes économiques associés aux États occidentaux semblent avoir chacun leurs caractéristiques nationales uniques, ils ont tous des racines plus profondes qui se trouvent dans la réponse occidentale à la Grande Crise financière de 2008.

Le fait est maintenant que ces contradictions et tensions atteignent leur apogée avec les conflits interdépendants en Ukraine, en Iran et au Yémen-Arabie saoudite qui risquent maintenant de porter la crise économique à un tout autre niveau de crise, une crise financière qui pourrait aboutir à un effondrement systémique.

Que la crise atteigne son paroxysme maintenant découle de la poursuite de deux objectifs contradictoires menés simultanément : d’une part, le maintien d’un État providence coûteux et d’autre part se livrer à des guerres destinées à maintenir la place occidentale, selon Marco Rubio, à la “tête du monde“. Ce sont ces guerres qui, de manière prévisible, ont provoqué la flambée du coût de la vie et asséché le budget de la plupart des États économiques libéraux.

L’erreur de jugement de Trump en déclenchant sa guerre contre l’Iran a augmenté les pressions sur le coût de la vie de manière nettement plus fortes, par la flambée des prix du carburant et de l’énergie, qui, à leur tour, ont exercé une pression à la hausse soutenue sur les taux d’intérêt et le marché obligataire. Le fait que Trump (bien que vacillant entre le chaud et le froid) soutienne toujours la guerre en Ukraine – malgré le fardeau du financement transféré à l’Europe – a tout simplement dépassé les limites budgétaires européennes.

Les pressions budgétaires sont évidentes partout, en Europe et au-delà, pesant lourdement sur d’autres formes de dépenses publiques, telles que l’éducation et les soins médicaux. Dans le même temps, de vastes pans du cœur industriel de l’Europe ont été dévastés. Le chômage, en particulier chez les jeunes, a explosé. L’Allemagne à elle seule a supprimé près d’un demi-million d’emplois industriels au cours des six dernières années. Ni l’Europe, ni les États-Unis, ne sont aujourd’hui généralement compétitifs en termes de prix. L’inflation énergétique a mis de nombreux marchés d’exportation mondiaux hors de portée.

La classe politique du monde occidental a des sondages de légitimité populaire qui touchent le fond. Le désespoir et la colère populaires augmentent. Le ressentiment bouillonne. Il a d’abord explosé en France, mais d’autres pays en feront l’expérience ensuite.

La crise augmentera un peu plus tard. L’Iran et AnsarAllah ont refermé leur piège énergétique sur Trump. Il n’y a pas d’issues faciles ou évidentes. En fait, si elle est mal gérée et se prolonge par une escalade militaire américaine ou israélienne, cela aggravera considérablement la crise économique occidentale, car l’Iran exercera des représailles contre les infrastructures énergétiques du Golfe. Et étant donné les longs délais impliqués dans toute reconstruction d’infrastructures pétrolières très complexes, il est certain qu’une pénurie structurelle de carburant entraînera une escalade de dommage aux lignes d’approvisionnement mondiales. Il en va de même en ce qui concerne les attaques d’AnsarAllah contre les infrastructures énergétiques saoudiennes.

Dans le cas de l’Ukraine, l’habituelle lecture erronée de la Russie par les Européens a coincé l’Europe dans un piège dans lequel elle est tombée de son plein gré. En 2022, les dirigeants européens ont accueilli l’Ukraine et Zelensky à bras ouverts, considérant l’Ukraine comme un intéressant projet libéral fondé sur des normes, donnant potentiellement à l’Europe le sens et le but qui manquaient à la fois à l’OTAN et à l’UE. Bien sûr, la perspective que les sanctions européennes puissent finalement déloger le président Poutine du pouvoir – bien que mal évalué – offrait la perspective scintillante d’offrir le pétrole et les matériaux rares russes à l’exploitation européenne.

« L’effet matériel de tout cela », écrit Aurélien, « a été que l’Europe est devenue de plus en plus désireuse de coloniser un espace politique qui était historiquement contrôlé par la Russie » qui serait intégré dans « l’espace » libéral en expansion situé à l’Ouest de la Russie. L’hostilité russe à l’égard de ces ambitions européennes explicites a été attribuée de manière tendancieuse comme étant de la nostalgie russe pour son Empire.

Pourtant, comme l’observe Aurélien :

« Les Russes n’ont pas du tout vu la période post mi-1990 comme ça. Ce qu’ils ont vu, c’est la perte de contrôle sur ce qui était auparavant un espace stratégique précieux, sans moyen évident de le récupérer. C’est pourquoi les idées de “cessez-le-feu” et d’une certaine division géographique de l’Ukraine n’ont abouti et n’aboutiront nulle part. Le jeu a évolué et les enjeux sont bien plus importants qu’ils ne l’étaient avant. En 2022, les Russes auraient probablement accepté une Ukraine véritablement neutre, sans forces stationnées et avec des extrémistes nationalistes exclus du gouvernement.

Il n’y a aucune chance que cela se produise maintenant, et j’interprète le bombardement actuel de Kiev comme faisant partie d’une stratégie opérationnelle visant à détruire le pays en tant qu’entité viable – de sorte qu’il ne puisse plus être utilisé à l’avenir comme base pour des opérations militaires. Les ponts, les systèmes de communication, les ports, la production et la distribution d’électricité, les réseaux de transport, les installations industrielles et les aéroports, entre autres, seront détruits … Il n’y a aucun signe montrant que l’Occident comprend cela. Ils ne le comprennent pas parce qu’ils ne réalisent pas que la stratégie russe est allée bien au-delà de l’Ukraine maintenant et consiste à bannir le spectre d’une attaque potentielle de « l’espace » occidental russe pendant au moins une génération, peut-être plus ».

C’est le piège qui relie tous ces conflits apparemment séparés – l’ambition de l’Occident de “maintenir sa place à la tête du monde” alors qu’il est en réalité en phase de déclin et « d’implosion » des budgets fiscaux.

Le projet ukrainien s’est heurté à un mur ; pas seulement sur le champ de bataille, mais parce que l’Europe est financièrement « fauchée ». Il est impossible que l’Europe crache 155 milliards de dollars supplémentaires.

De même, il est impossible que les économies occidentales libérales puissent survivre à une guerre prolongée contre l’Iran et les Houthis. Les Européens regardent fixement l’abîme économique. L’Occident est-il prêt à aggraver le risque d’une révolution domestique violente simplement pour éviter de capituler face à l’Iran ou la Russie ?

Alastair Crooke

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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