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Les États-Unis ont creusé 8 km sous le Nevada pour enfouir 77 000 tonnes de déchets nucléaires : l’arrêt en 2010 fut politique, pas géologique

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Un tunnel de 8 km, creusé dans une crête volcanique du désert de Mojave à environ 90 miles au nord-ouest de Las Vegas. Il devait mener à un stockage définitif pour jusqu’à 77 000 tonnes de combustible nucléaire usé. Le projet, connu sous le nom de Yucca Mountain, a été arrêté entre 2009 et 2011, et le gouvernement américain n’a jamais prétendu que la montagne était en cause.

Le ministère de l’Énergie (DOE) n’a invoqué ni problème technique ni problème de sécurité.

À retenir

  • Un tunnel de 8 km creusé sous Yucca Mountain devait stocker jusqu’à 77 000 tonnes de combustible nucléaire usé.
  • L’arrêt de 2010 s’est fondé sur l’opposition politique et sociale, pas sur des défauts géologiques ou techniques.
  • Le combustible usé s’accumule : 92 000 tonnes en 2024 dépassent la limite légale de 70 000 tonnes.
  • Le projet reste gelé depuis 2011, l’instruction contradictoire suspendue faute de crédits parlementaires.

Sommaire

  1. Un chantier lancé en 1982, une seule montagne dans le viseur
  2. 2009-2011 : l’arrêt, sans argument scientifique
  3. Un dossier gelé, pas enterré

Un chantier lancé en 1982, une seule montagne dans le viseur

Tout commence avec le Nuclear Waste Policy Act de 1982, qui fait du site de Yucca Mountain, dans le Nevada, le seul emplacement examiné par le DOE pour un stockage géologique national. Un amendement de 1987 le désigne ensuite comme site unique. Pour étudier la roche, les ingénieurs forent l’Exploratory Studies Facility, une galerie de 8 km dont le but est de vérifier sur place ce que les modèles annoncent. Le DOE recommande le site au président en 2002, et le Congrès l’approuve.

Le plafond légal de stockage atteint 77 000 tonnes, dont 63 000 tonnes de combustible commercial, d’après la Nuclear Regulatory Commission (NRC). Le reste correspond aux déchets issus des programmes publics. D’autres documents officiels parlent de 70 000 tonnes métriques : la différence viendrait de l’unité, car 70 000 tonnes métriques représentent à peu près 77 000 tonnes américaines (« short tons »).

Juin 2008 : le DOE dépose sa demande de licence de construction auprès de la NRC.

2009-2011 : l’arrêt, sans argument scientifique

En mars 2009, le secrétaire à l’Énergie annonce l’intention de mettre fin au programme et d’étudier d’autres options. Le 3 mars 2010, le DOE demande à la commission d’instruction de la NRC (l’Atomic Safety and Licensing Board) de retirer sa demande « avec préjudice », ce qui exclurait définitivement le site. Son argument tient en une formule : Yucca Mountain ne serait plus une « option viable ». Aucune alternative n’est proposée au même moment, seule une commission d’experts, la Blue Ribbon Commission, est chargée d’en étudier.

Le Government Accountability Office (GAO), l’organe d’audit du Congrès, a examiné cette décision dans un rapport publié en 2011. Il constate que le DOE n’a pas cité de problème technique ni de sécurité. Dans une réponse déposée en mai 2010, le département précise même que le secrétaire ne juge pas le site dangereux et ne relève aucune faille dans la demande de licence.

Le Congressional Research Service arrive à la même lecture : les déclarations ultérieures du DOE répètent que le retrait ne repose sur aucune conclusion scientifique ou technique. Le GAO, de son côté, met en avant l’opposition sociale et politique plutôt que les obstacles techniques. Dans son témoignage de 2011, il mentionne le manque d’acceptation par la population du Nevada.

La suite est une séquence administrative accélérée. Le 29 juin 2010, la commission d’instruction rejette la demande de retrait, estimant que le DOE reste tenu par la loi de poursuivre la procédure. Le DOE démantèle pourtant son programme avant le 30 septembre 2010 : emplois fédéraux supprimés, activités des sous-traitants arrêtées, données conservées. La NRC annule en octobre 2010 la revue technique de son personnel. Faute de crédits (le Congrès n’en vote plus à partir de l’exercice 2012), l’instruction est suspendue le 30 septembre 2011.

Un dossier gelé, pas enterré

En août 2013, la cour d’appel du circuit de Washington ordonne à la NRC de reprendre l’examen avec les fonds déjà alloués. L’agence finit son rapport d’évaluation de sûreté en cinq volumes en janvier 2015, puis publie en mai 2016 un complément à l’étude d’impact environnemental.

L’instruction contradictoire reste, elle, suspendue.

Dire que l’arrêt fut politique ne veut pas dire que le site a été validé. Le président de la NRC a indiqué en mars 2015 qu’il faudrait 330 millions de dollars supplémentaires pour finir la procédure, notamment pour traiter jusqu’à 300 contestations soulevées par l’État du Nevada et d’autres parties. Le GAO a de son côté relevé en 2017 que reprendre la licence exigerait de reconstituer les capacités du DOE et de la NRC, largement dissoutes après 2010.

Pendant ce temps, le combustible usé s’accumule dans les centrales : le GAO le localisait en 2011 sur des sites répartis dans 33 États. Un article du Las Vegas Sun de 2024 estime le stock américain à environ 92 000 tonnes, au-dessus de la limite légale de 70 000 tonnes de Yucca Mountain. Même autorisé demain, le site ne suffirait donc pas, sauf si le Congrès relevait ce plafond, comme certains textes l’ont proposé, de 70 000 à 110 000 tonnes métriques.

Sources : gao.gov | lasvegassun.com

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