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L'impact des tarifs américains imposés le 22 août est déjà bien réel pour des entreprises de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale. L’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens la nuit dernière est généralement vue comme une riposte nécessaire, mais pourrait mener à des pertes s’ils doivent rester en place à long terme, avertissent des dirigeants d'entreprises.
Chez le fabricant de semi-remorques Manac, le président et chef de la direction Charles Dutil estime qu’il n’y a pas de pertes d’emplois en vue, mais il n’exclut pas de voir une diminution des commandes puisque, résume-t-il, l’industrie du transport de la marchandise dépend de l’activité économique au Canada.
Même si y a des contre-tarifs sur les semi-remorques importées des États-Unis maintenant, ce n'est pas une bonne nouvelle pour Manac parce qu’on a besoin de l'économie canadienne active pour que nos clients transporteurs soient actifs, précise M. Dutil.

Charles Dutil est président et chef de la direction de Manac, constructeur de semi-remorques.
Photo : Radio-Canada
Il y a un petit peu de jonglerie à faire entre les usines de production du Québec, situées à Saint-Georges, Laurier-Station et Val-des-Sources, et l’usine d’Oran, au Missouri.
On va diminuer le commerce nord-sud de nos semi-remorques. Il va y avoir moins d'importations et d’exportations dans les deux sens, se résigne Charles Dutil. Manac produira aux États-Unis pour les Américains et au Canada pour les Canadiens.
Francis Prévost, directeur des affaires publiques et gouvernementales chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec, parle de son côté d’imprévisibilité liée à l’imposition des contre-tarifs canadiens.
Ça ajoute à l’incertitude suite aux tarifs américains, explique-t-il, étant donné qu’il y a beaucoup de produits qui traversent plusieurs fois la frontière. M. Prévost expose aussi que les tarifs et contre-tarifs forcent de très nombreuses entreprises à trouver de nouveaux fournisseurs très rapidement. Un processus qui ne se fait pas en quelques semaines en temps normal.

Francis Prévost, directeur des affaires publiques et gouvernementales chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec
Photo : Radio-Canada
Pour les semi-remorques canadiennes, par exemple, un tarif de 25 % est imposé depuis avril. Manac avait donc transféré une partie de la production qui était exportée de l’usine de Saint-Georges vers les États-Unis dans son usine d’Oran.
Mais, depuis minuit cette nuit, il y a de la production qu'on faisait au Missouri qu'on va rapatrier au Canada parce qu'on a certaines lignes de produits qui sont faites des deux bords de la frontière.
Sur les droits de douane actuels, il y a certaines exemptions, explique le président, mais ça va dans les deux sens. L’aluminium utilisé dans la fabrication des semi-remorques est un exemple de produit exempté.
On fait beaucoup d’aluminium au Québec, rappelle M. Dutil, mais pour le rouleau mince d'aluminium qui fait la toiture d'un fourgon. Il n'y a aucun fabricant canadien.
Trouver la bonne façon de soutenir les entreprises
Sur l’aide annoncée aux entreprises par le gouvernement Fréchette lundi soir, Charles Dutil hausse les épaules, avec résignation dans la voix. Toute aide est appréciée, mais aucune aide ne peut soutenir une industrie à long terme.
Francis Prévost, de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, nuance aussi l’aide basée sur les prêts tant du fédéral que du provincial puisqu’ils devront être remboursés et plusieurs entreprises n’ont pas la capacité d’aller chercher plus de dettes.
L'approvisionnement public, du type annoncé par le gouvernement lundi, est cependant un excellent levier de soutien et de développement économique, juge-t-il. Des remises ou des congés de taxes seraient aussi des avenues intéressantes.
Toutes les planifications qui avaient été faites pour les entreprises doivent être jetées à la poubelle, il n’y a plus d'investissement qui est possible, se désole Francis Prévost.

L'intérieur d'une remorque réfrigérée sur la ligne de montage de l'usine Manac à Saint-Georges. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Claude Bernatchez
À la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, on voit les choses du même œil. Son président, Frédérik Boisvert, rappelle que l'organisme a appuyé le gouvernement Carney, mais dans une optique où ça permette d’aboutir à une entente rapidement.
L’aide promise par Québec est bien accueillie, avec réserve tout de même. Les prêts, c’est bien, affirme M. Boisvert, mais essayons de ne pas alourdir trop le fardeau de la dette pour les entreprises.
Si c’est possible, des fois, des prêts non remboursables, ça peut aider également les entreprises. Ça nous apparaît important pour la suite des choses.

Frédérik Boisvert, président et chef de la direction de la Chambre de commerces et d'industrie de Québec
Photo : Radio-Canada / Gabriel Paré-Asatoory
La Chambre de commerce et d'industrie de Québec insiste qu'il faut agir vite. À court terme, si ces mesures-là demeurent pour du court et du moyen terme, on va craindre pour de la perte d’emploi dans la région parce qu’on ne pourra pas supporter ce fardeau tarifaire là très, très longtemps.
Frédérik Boisvert résume les propos de plusieurs intervenants en réitérant que le message pour tout le monde dans la région et dans la province, c’est qu’on ait une entente le plus rapidement possible et que le bon sens prévaut dans toute cette dispute commerciale là avec les États-Unis.
Avec les informations de Gabriel Paré-Asatoory


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