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Le détroit d’Ormuz, point de passage névralgique du commerce mondial de pétrole et de gaz, est paralysé en raison de l’escalade militaire au Moyen-Orient. Et l’embrasement pourrait se faire sentir jusqu’ici. Les prix à la pompe à essence et à l’épicerie risquent de grimper si le conflit s’enlise, selon des experts. Explications.
Dans quelle mesure ce conflit déstabilise-t-il l’économie ?
« C’est un conflit à très haut potentiel d’impact », observe Yvan Cliche, spécialiste en énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.
Lundi en fin de journée, l’Iran a annoncé la fermeture complète du détroit d’Ormuz, un passage maritime par lequel transitent près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole et 20 % de la demande mondiale en gaz naturel liquéfié.
Téhéran a prévenu que les navires qui tenteront de franchir le détroit seront attaqués, rapporte l’agence Reuters.
Ce goulot d’étranglement aura des effets importants sur le commerce mondial, explique M. Cliche. « Si vous diminuez l’offre de pétrole face à une demande constante, le baril devient plus précieux et alors son prix augmente. Et comme la consommation de pétrole est très corrélée à la santé de l’économie, ça va certainement entraîner un ralentissement économique et aussi de l’inflation », souligne-t-il.
Jean-Thomas Bernard, économiste et spécialiste des questions énergétiques à l’Université Laval, estime que ce sont les consommateurs qui « vont écoper ». Cela dit, « au Canada, l’économie va en profiter un peu. Si les prix augmentent, c’est bon pour notre économie et le gouvernement va récolter plus de taxes », avance l’expert.
Les prix à la pompe vont-ils grimper ?
Depuis la fin de semaine, les prix du pétrole brut sont en forte hausse. Lundi en après-midi, le baril de Brent de la mer du Nord s’élevait à 79,40 dollars américains (en hausse de près de 9 % depuis le début de journée), soit 58 dollars canadiens, et son équivalent américain, le WTI, à 72,50 dollars américains (en hausse d’environ 8 %), soit 53 dollars canadiens.
Si le conflit perdure, les prix à la pompe vont inévitablement monter eux aussi, concordent Yvan Cliche et Jean-Thomas Bernard.
L’effet pourrait se faire sentir d’ici quelques jours. « Pour le moment, les pays ont des réserves. Mais après quelque temps, on va commencer à avoir beaucoup de nervosité », soulève M. Cliche.
Au Québec, la moitié de l’approvisionnement en pétrole vient de l’Ouest canadien, et l’autre moitié des États-Unis. « En terme d’approvisionnement, on n’a pas de problématique à redouter. Mais c’est un marché extrêmement internationalisé, avec des indices qui sont mondiaux, donc les effets sur les prix se feront sentir ici aussi », rappelle l’expert.
La semaine dernière, le prix moyen affiché à la pompe était de 1,44 $ par litre au Québec, selon le plus récent bulletin de la Régie de l’énergie. Lundi, les prix oscillaient encore dans ces mêmes eaux, d’après le site spécialisé Essence Québec. À titre de comparaison, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le prix de l’essence avait franchi le seuil symbolique des 2 $ par litre.
Notre panier d’épicerie sera-t-il touché ?
« À peu près tous les biens que l’on consomme sont affectés par les fluctuations des prix de l’énergie », indique M. Bernard.
Alimentation, vêtements, appareils électroniques : la quasi-totalité des produits que l’on consomme est transportée à un moment ou à un autre, que ce soit par bateau, par train, par camion ou par avion. En fin de compte, la hausse du coût du transport finit par se refléter dans les prix.
« Il y a certains produits dont on peut se passer. Mais d’autres, comme les produits alimentaires, qui ne sont pas compressibles et qui risquent d’être plus touchés », fait valoir M. Cliche. En tout cas, l’ampleur des conséquences dépendra de la durée du conflit, s’entendent pour dire les deux experts.


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