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Les caquistes ont changé de frappeurs vedettes, mais ils semblent toujours plus attachés à défendre leur moyenne au bâton qu’à revoir leurs stratégies. Leur entêtement à minimiser les critiques, y compris celles, incisives, émanant du bureau de la vérificatrice générale du Québec (VG) à l’endroit de leur gestion catastrophique de la filière batterie, sonne comme un vieux disque usé dont la mélodie est aujourd’hui égratignée par des accusations de chasse aux sources.
Christine Fréchette a beau dire que les vieux démons qui viennent hanter son gouvernement ne sont pas les siens, mais ceux d’un Pierre Fitzgibbon qui n’en faisait qu’à sa tête, ils parlent une langue qui ne lui est pas parfaitement inconnue. Mme Fréchette n’a peut-être pas tenu le bâton tout du long, mais il est indéniable qu’elle a pris part à l’alignement. Et pas que depuis le banc des joueurs.
Après tout, c’est elle qui a pris le relais du superministre à l’automne 2024 à l’Économie, sans franchement en casser le moule, selon ce qu’on peut lire dans le rapport de la VG déposé mercredi. On y explique que, de 2020 à 2025, les investissements du Québec dans les Northvolt, Lion et autres Nemaska Lithium ont manqué de rigueur, exposant l’argent des Québécois à des « risques importants ». Certes, Mme Fréchette est celle qui aura permis d’établir enfin un premier cadre financier après des années de développement sans balises. C’est un excellent point pour elle, mais il reste que ce dernier demeure largement « insatisfaisant », lit-on.
C’est aussi Mme Fréchette qui a cessé de dévoiler les informations de base relatives aux blocs d’électricité destinés aux nouveaux projets industriels. Ses refus avaient alimenté la rumeur de promesses en l’air ou malavisées et conduit au coulage d’un tableau détaillant les mégawatts accordés ou promis à différentes entreprises devant les caméras par le député libéral Monsef Derraji, à l’Assemblée nationale.
La vidéo a été retirée et une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ouverte en vue de déterminer si la divulgation de cette liste avait pu créer des délits d’initiés en raison de données confidentielles qu’elle aurait pu contenir.
Surtout, c’est sous son règne comme première ministre qu’un fonctionnaire du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE), qui se présente comme un lanceur d’alerte, Olivier Smith-Lauzon, a été congédié la semaine dernière.
Pour ajouter du brouillard à une affaire déjà trouble, l’enquête administrative a conclu que ce n’est pas M. Smith-Lauzon qui a transmis le litigieux document brandi par le député libéral. Elle a cependant trouvé que le fonctionnaire avait transmis à la VG et à des journalistes des informations quant aux risques associés aux sommes engagées dans la filière batterie, ce qui a conduit à son congédiement.
Olivier Smith-Lauzon affirme avoir agi au nom du bien supérieur du public et entend le contester. Qu’une enquête soit menée afin de déterminer que c’était bien là sa seule motivation (et qu’il ne s’agissait pas de favoriser un tiers ou son propre intérêt) va de soi. La ligne est mince entre le devoir de loyauté et l’action de lanceur d’alerte. Elle se franchit lorsque l’intérêt public l’emporte sur l’intérêt privé de l’employeur, mais seulement après qu’ont été épuisés les recours internes.
Tout a-t-il été fait dans les règles ? Il sera primordial que toute la lumière soit faite sur les démarches de M. Smith-Lauzon comme celles du gouvernement, du MEIE et de l’UPAC, appelée en renfort. Le malheur, pour le gouvernement Fréchette, c’est que les informations éventées par le fonctionnaire concordent quasi point pour point avec les observations rendues publiques par la VG.
La seule présence de l’UPAC dans l’équation envoie au surplus un signal délétère. Le chien de garde de l’État québécois a pour mission de coordonner la prévention et la lutte contre la corruption dans le secteur public. Pas de jouer les bras policiers du gouvernement comme le soupçonnent les oppositions.
Mme Fréchette et l’UPAC ont beau démentir toute commande politique, des éléments dérangeants subsistent. À commencer par le fait que la première ministre a elle-même dévoilé publiquement le congédiement de M. Smith-Lauzon alors que l’enquête le concernant n’était pas terminée et qu’il n’avait toujours pas été interrogé par le ministère.
Tout cela risque de déplaire aux Québécois. Ils n’ont pas oublié le mauvais sort réservé à l’agronome Louis Robert après qu’il eut dénoncé l’influence de l’industrie des pesticides sur la recherche financée par le public. La protectrice du citoyen avait non seulement exonéré le lanceur d’alerte, mais poussé François Legault à lui présenter des excuses au nom de l’État québécois. La loi entourant la protection des sources avait aussi été renforcée.
On sait maintenant, merci à la VG, que la microgestion cachottière caquiste de la filière batterie a bel et bien permis un gaspillage massif de fonds publics. S’il fallait qu’on en vienne à conclure hors de tout doute qu’elle a aussi conduit à un congédiement abusif, son prix politique pourrait s’en trouver démultiplié et poursuivre le gouvernement Fréchette jusqu’en campagne électorale.


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